LA PROSTITUTION SACRÉE EN ITALIE
Le culte de Priape et de Vénus
L’Italie méridionale, ce que les Anciens appelaient la grande Grèce, avait été colonisée, bien avant la fondation de Rome, par les Phéniciens, les Egyptiens et les Grecs. Ceuxci avaient apporté avec eux leur religion et leurs mœurs, et? par conséquent, la prostitution sacrée, qui était la base du culte des Vénus orientales.
Au nord de la grande Grèce, se trouvait l’Ecrurie dont les habitants, d’après les historiens, descendaient des Pélasges, mais que des découvertes archéologiques récentes feraient venir de la Lydie. Cependant, ce furent les Cor yb an tes , prêtres de Cy belle, qui, nous raconte Héraclite, apportèrent le culte du Phallus et de Bacchus en Italie. Ces Corybantes, appelés aussi Cabires, venaient de Phrygie, où ils s’étaient rendus coupables de deux fratricides, lorsqu'ils enlevèrent la corbeille sacrée dans laquelle était placé le phallus du dieu Bacchus. Ils la transportèrent en Etrurie ; et, comme ils étaient chassés de leur pays, ils fixèrent leur demeure chez les Etrusques, prêchèrent leur doctrine et recommandèrent à ces peuples d’adorer Phallus et la corbeille sacrée.
Les Etrusques communiquèrent bientôt aux Romains cette nouvelle institution religieuse, ainsi que les cérémonies et pratiques qui en dépendaient. L’époque de l’introduction de ce culte à Rome ne paraît pas remonter très haut, car ces habitants ne connaissaient pas, du temps de leurs rois, le culte de V enus. Gelui de Bacchus et de Priape devait leur être également ignoré.
IûS LA PROSTITUTION DANS l’aNTIQUITE
Ce qui prouve bien d'ailleurs que le culte de Priaoe s’était, pendant un certain temps, localise en Etrurie, c’est que Athæneus avait déjà dit que les Etrusques menaient une vie impudique ; que les Messapiens, les Samnues et les Locriens, autres peuples du Latium, prostituaient leurs filles, mais il ne parle pas des Romains.
Dans les cimetières étrusques et italo-grecs, on a retrouvé en effet une multitude de vases peints, qui représentent differentes scènes de la prostitution sacrée, comme on le verra dans le chapitre sur les Monuments figurés de l'hisloire delà prostitution. Ce sont toujours les mêmes offrandes que celles que les vierges apportaient dans les temples de Babylone et de fyr, de Bubastis et de Naucratès, de Corinthe et d’Athènes. La consacrée vient s’asseoir dans le sanctuaire près de la statue de la déesse ; l’étranger marchande le prix de sa pudeur et elle dépose ce prix sur l’autel, qui s’enrichit de ce honteux commerce, auquel le prêtre est seul intéressé. Telle est, d’après les vases funéraires, la forme presqu’invariable que devait affecter la prostitution dans les colonies phéniciennes et grecques de l’Italie...
Les peintures des vases étrusques ne nous laissent pasignorer la corruption déjà raffinée, qui avait pénétré chez ces peuples aborigènes, esclaves aveugles et grossiers de leurs sens et de leurs passions. La bestialité et la pédérastie étaient leurs vices ordinaires, et ces abominations, naïvement familières à tous les âges et à tous les rangs de la société, n avaient pas d autres remèdes que les cérémonies d expiation et de purification, qui en suspendaient parfois la libre pratique. Comme chez tous les anciens peuples, la promiscuité des sexes rendait hommage à la loi de nature, et la femme soumise aux brutales aspirations de l’homme n’était d’ordinaire que le patient instrument de ses jouissances : elle appartenait à quiconque avait la lorce. La conformation physique de ces sauvages ancêtres des Romains justifie, d’ailleurs, tout ce qu’on devait attendre de leur sensualité impudique : ils avaient les parties viriles analogues à celles du taureau; ils ressemblaient à des boucs, et ils portaient au bas des reins une espèce de touffe de poils roux, qu il est
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impossible de regarder comme un signe de convention, dans les dessins qui représentent cette bai biche postérieure, cette excroissance charnue et poilue a la fois, ce rudiment d une véritable queue d’animal. On serait fort en peine de dire à quelle époque disparut tout à -fait un si étrange symptôme du tempérament bestial, mais on le conserva dans 1 iconologie allégorique, comme le caractère distinctif du satyre et du faune (i).
Nous retrouvons encore la prostitution sacrée en Sicile dans le temple de Vénus-Erycine. A ce temple étaient attachées des femmes esclaves qui se prostituaient, comme à Corinthe et comme en Asie, moitié au profit des autels et moitié au leur, jusqu’à ce qu’elles aient acquis la rançon de leur liberté. Le culte de Vénus-Erycine fut célèbre ; mais sous Tibère, son temple était désert et tombait en ruine. Cet empereur le fit restaurer et le peupla de filles esclaves chargées des fonctions de prêtresses de Vénus.
Il y avait encore en Etrurie un culte analogue à celui du Lingam indien et du Phallou asiatique. Il servait au même but : celui de déflorer le* vierges avant le mariage, et comme tel il appartenait à la prostitution sacrée. Ce dieu étrusque, que nous connaissons non seulement par les monuments figurés de l’histoire, mais encore par les écrits d’Arnobe et de Saint-Augustin, s’appelait Mutiinus et Mutuna ; car il y avait le dieu mâle et le dieu femelle. Ses temples n’étaient que d’infimes édicules entourés de bosquets dans lesquels se tenait assise la figure du dieu.
Quand le culte de la prostitution sacrée se répandit à Rome et dans le sud de l’Italie, Priape et Mutunus étaient toujours considérés comme des divinités sacrées présidant à la fécondation des femmes et à la vigueur des époux, éloignant les charmes nuisibles à l’accomplissement du mariage, et à la grossesse des femmes. C’est à ces vertus supposées qu’il faut attribuer cette pratique de prostitution religieuse, qui consistait à amener les jeunes épousées vers l’idole de
(i) Histoire de la prostitution. Dufour.
I riape (i), à les faire asseoir sur la forme siillante que présentait cette figure. « G est une coutume considérée comme très honnête et très religieuse, dit saint Augustin, parmi les dames romaines, d’obliger les jeunes mariées à venir s’asseoir sur la masculinité monstrueuse et surabondante de Priape. Se J quid hoc dicam , cum ibi sit et Priapus nimius mascnlus, super ciijus inimamssimiim et turpissiminn fascinum , seclere nova nupta jubeatur , more honestissimo et religio sissimo matronarum (2). »
De^ son côté, Lactance dit : « Parlerais- je de ce Mutunus sui 1 extrémité duquel les nouvelles mariées viennent s’asseoir, afin que le dieu paraisse avoir, le premier, reçu le sacrifice de leur pudeur. Et Mutunus in cujus sinu pudendo nubentes pi œsident ; ut illarum puditiam pvio deus délitasse videatur (3) ».
Il est visible que ces cérémonies avaient été apportées de l’Inde et de l’Asie occidentale, qui furent le berceau de la prostitution sacrée.
Les femmes stériles avaient recours aux mêmes divinités pour chasser les charmes qui s’opposaient à leur fécondation, comme Ta dit Arnold à ses compatriotes : « Ne conduisezvous pas, même avec empressement, vos femmes près de Mutunus ? Et, pour détruire de prétendus ensorcellements, ne les faites-vous pas enjamber l’horrible et immense Phallus de cette idole 1 Etiamne Mutunus , cujus immanibus puden dis horrentique fascino , v est ras inequitare matronas , et auspicabile ducitiset optalis ? (4)
Autant les classes inférieures avaient pour leur Priape un culte fervent [et profondément superstitieux, autant les hommes des classes élevées méprisaient cette stupide idole asiatique. Les premiers .législateurs avaient compris l’avantage de reconnaître un culte qui favorisait considérablement k
(1) Le Phallus isolé prenait le nom de Mutunus ; quand il était adhérent aux Hermès ou Termes, il s’appelait Priape.
(2) Cwit. Dei , lib. 6, cap. 9.
(3) De falsa religione. Ibib. 1.
(4) Lib. IV, p. 1 3 1.
développement de la* population. Mais, intérieurement, ils n’en faisaient pas plus de cas qir Horace lorsqu’il écrivait à un ami qu’un figuier qu’il venait d’abattre devait servir a lui faire un banc ou un Priape, ad libitum.
Dans les statues qu’on lui éleva dans les temples, 1 riape était représente' sous la forme d’un homme velu, a\ecdes jambes et des cornes de bouc, tenant à la main une baguette, et pourvu d'un membre viril formidable, sur lequel étaient prononcés quelquefois des serments solennels. Dans les premiers temps de la civilisation latine, les femmes romaines, les matrones et les jeunes filles, lui rendaient spécialement hommage et délaissaient pour lui Vénus elle-même. Elles portaient à ses pieds des offrandes nombreuses et lui faisaient des sacrifices, non seulement dans ses temples publics, mais dans les chapelles qu’elles élevaient dans le foyer domestique, Elles avaient pour ce dieu ridicule un faible très marqué, tout en conservant leur honnêteté de femme. Il personnifiait à leurs yeux le principe de la procréation ; il était l’emblème de la fécondation universelle, comme le Lingam de 1 Inde et l’Osiris des Egyptiens. Elles le couronnaient de feuillages, l’ornaient de guirlandes de fleurs et de fruits. Et la fille d’Auguste, notamment, mettait chaque matin autant de couronnes sur son image qu’elle lui avait offert de saciilices pendant la nuit. A certains jours, les femmes mariées allumaient des feux de joie devant ses statues et dansaient aux sons de la flûte autour de son piédestal. Il est vrai que c était après le soleil couché ou le matin avant l’aurore qu’elles venaient, pudiquement voilées, demander au dieu de Lampsaque de protéger leurs amours et de bannir de leurs flancs la honteuse stérilité. Mais elles n’étaient nullement scandalisées de sa nudité.
Le culte de Priape, ainsi compris et pratiqué, pouvait avoir quelques apparences de superstition religieuse, mais il avait surtout le tort de mettre en contact, dans les cérémonies d’une chasteté douteuse, des femmes honnêtes et des jeunes filles avec toutes les prostituées de la ville. Ces fêtes priapi-
LA PROSTITUTION DANS l’aNTIQÜITÉ
ques furent donc certainement un des éléments de corruption pour les femmes romaines.
Considéré comme l’emblème de la vie conjugale et de la force procréatrice. Priape se retrouvait, sous 1 apparence de 1 organe viril, comme le motif dominant, dans toutes les circonstances de la vie ordinaire. On le voyait dans la forme des pains, des verres et des ustensiles nécessaires de la table, dans les objets de toilette, les bijoux, les lampes et les flambeaux. On en faisait en métal précieux, en corne, en ivoire, en bronze, en argile. De même que les P h a 1 1 i et les Lingams, il servait ainsi d’amulette pour les femmes et les enfants. On le voyait, en un mot, partout, (les nombreux dessins trouvés dans les ruines de Pompéï l’attestent), et il finissait même, par sa banalité, a perdre une grande partie de son caractère obscène, comme on le voit encore en 1 urquie et dans quelques villes de l’Algérie, sous le nom de Garagenss. Les paysans de la Pouille l’appellent encore aujourd’hui : Il membre) santo.
Quant aux hommes, ils avaient conservé la tradition des habitants de Lampsaque, et ne voyaient en lui que la divinité protectrice de l’appareil externe de la génération, le dieu qui guérissait les affections contagieuses, les maladies secrètes. Un poème des Priapèes nous fait connaître l’histoire d’un malheureux dont le pénis était gravement affecté. Mais craignant le couteau du chirurgien, honteux d’avouer la cause de son mal, il eut recours à un vœu adressé cà Priape, et eut la chance de guérir sans 1 assistance de 1 ait (i). U est un véritable document pour Thistoire des maladies vénériennes.
(I) VOTl SOLUTIO
Cur pictum memori sit in tabella Membrum quæritis undc procrcamur V Cum pénis mihi forte lœsus esset,
Chirurgique manum miser timerem,
Diis me legitimis, nimisque magnis Ut l’hœbo puta, fïlioque Phœbi Curatam dare mentulam verebar,
Unie dixi : fer opem, Priape, parti,
Cujus tu, pater, ipse par videris :
Qua salva sine sectionc facta,
Ponetur tibi picta, quam levaris,
LA PROSTITUTION DANS l’aNTIQUIT#
La théogonie des peuples de l’Antiquité se prêtait merveilleusement à toutes leurs passions. Les Romains, comme les Grecs, eurent leur déesse de l’amour, qui protégeait leurs plaisirs, à laquelle les femmes demandaient, en lui offrant l’encens et le myrte, l’art de plaire et de séduire.
Il y eut donc à Rome deux Vénus, comme à Athènes : une Vénus honnête, qui présidait aux chastes amours, mais qui comptait peu de fidèles, et la Vénus des courtisanes, qui avait plus de succès que la première. Son culte, il est vrai, ne fut jamais assez fervent pour lui attirer des prêtresses fanatiques, faisant à son profit le commerce de la prostitution. Et si quelques prêtres essayèrent quelquefois d’importer à Rome les traditions sacrées des temples de Corinthe, ils échouèrent presque toujours, en raison du scepticisme religieux du peuple romain.
Nous savons que les temples de Vénus à Rome étaient très nombreux, nous citerons parmi les principaux, ceux de Vénus victrix , de Vénus-genitrix , Vénus-erycine , Vénus-volupia , Vénus-s al acid, de Vénus-myrtea , de Vénus-lubentia , etc.
Mais le culte de la prostitution sacrée ne s’y pratiquait point. Cependant, si les courtisanes, moins désintéressées, ne se vendaient pas dans l’intérieur des temples, au profit de la déesse et des prêtres, elles consentaient quelquefois à se •livrer a ceux-ci pour obtenir de Vénus de protéger le commerce de leuis amours ^ mais c était tout. Les temples de la déesse étaient principalement des lieux de rendez-vous pour les amants, et la Bourse des marchandes d’amours. Ils étaient remplis d ' ex-voto, de miroirs et autres objets de toilette, de lampes et surtout de priapes votifs. On sacrifiait sur ses autels des colombes, des chèvres et des boucs. Ses principales fêtes avaient lieu au printemps et se traduisaient par des danses, des soupers et des orgies analogues à celles de notre carnaval. Tout cela se passait la nuit, en dehors des temples, et ces
Parque, consimilisque, concolorque.
Promisit forte : mcntulam movit Pro nutu deus et rogata fecit.
Pnapeïa, sive diversonnn pœtarum in Priapum lusus, n° 3y F. DUPOUY.
débauches portaient le nom de Veillées de Vénus. Le mois d’avril était ainsi consacré à la déesse des amours, qui était fêtée par les jeunes gens et les courtisanes, avec plus ou moins d’indécence et de pratiques licencieuses, suivant le degré d’éducation des acteurs, qui prenaient part à ces réjouissances printanières. Sous ce rapport, on peut donc dire: Nihil nom sub sole.
Les fêtes de la Prostitution religieuse
On sait ce qu’étaient les premiers habitants de Rome : Un ramassis de voleurs, de gens sans aveu, de femmes ne valant guère plus que les hommes. Avant que leur premier législateur ait institué le mariage, il n’y avait chez eux aucune moralité, et la vie sexuelle, comme l’a dit Tite Live,ne s'élevait pas au-dessus de la bestialité. Aussi trouvait-on déjà desfemmes publiques à Rome avant qu il y eut une histoire. A la prostituée du Tibre, on avait donné le surnom de louve, lupa, de même qu’on désignait les misérables dictériades des faubourgs d'Athènes sous le nom de La nourrice de
Romulus, Acca Laurentia, n’était qu’une louve de cette espèce, une des prostituées favorites des bergers de Faustulus. Sa demeure avait pris le nom de lupanar , et les fêtes célébrées en son honneur, après sa mort, s appelèrent les lupercale s, que le Sénat supprima à cause des désordres qu’elles engendraient.
Malgré cela, on peut dire que ce fut sous les premiers rois que commença le beau temps de la Rome antique, des magistrats austères donnaient l’exemple des vertus. « Les censeurs, dit Sabatier, étaient investis du pouvoir de corriger les abus que les lois n’avaient point prévus, de réformer les désordres publics et domestiques, et la débauche trouvait un frein»
LA PROSTITUTION DANS l’aNTIQUITK
salutaire dans le respect qu’avaient en général les citoyeis pour l'honnêteté et la décence.
« A cette époque, les guerres lointaines, les richesses de 17. sie et les principes de la secte d’Epicure, que Fabricius avait souhaité de voir adopter par tous les ennemis de sa patrie, n’avaient pas encore corrompu les Romains.
« Plus tard, le luxe, la mollesse, Pamour de l’or et des voluptés gagnèrent et pervertirent toutes les classes. Leurs vices, après avoir eu l’occasion d’éclater dans le tumulte et au milieu des horreurs des guerres civiles, se montrèrent sans crainte dans le calme et les délices de la paix. La fréquence des adultères, un célibat scandaleux, un libertinage effréné, suivirent de près les dépouilles qu'apporta la victoire et contribuèrent à venger les maux de l’univers . »
Ce fut alors qu'on vit une autre louve, du nom de Flora, se faire épouser par Tarutius, un des plus riches patriciens de Rome, à laquelle cette prostituée légua, en mourant, son immense fortune. En acceptant l’or de la courtisane, la ville crut devoir lui témoigner sa reconnaissance, en instituant des fêtes en son honneur : Ce furent les Florales , qui se célébraient dans les cirques, sous le patronage des prostituées et des édiles, (i ) .
Ces fêtes impudiques que Juvénal a dénoncées dans ses vers immortels, sous le nom de pana et circences , datent déjà du sixième siècle de lafondation de Rome. Peut-être faut-il les confondre avec les Jeux floraux, qui venaient des Sabins, jeux institués en l’honneur de Flore, la déesse des jardins? Quoi qu’il en soit, ces fêtes étaient extrêmement licencieuses ; elles ont été décrites par Lactance, dans les termes suivants :
« Les courtisanes sortaient de leurs maisons en cortège,
(i) Flora, cum magnas opes ex arte meretncia quæsivisset, populum scripsit hæredem, certamque pecuniam reliquit, cujus ex annuo fœnere suus natalis dies celebraretur editione ludorum, quos appellant Floralia. Celebrantur cum omni lascivia. Nam præter verborutn lic.mtiam , quibus obscœmtas omnis elTunditur, exuuntur etiam vesiibus populo flagitante merctrices, quæ tune mimarum funguntur ofbcio et in conspectu pop „.li , u que ad satLtatem impudicorum hominumeum pudendis motibus de.i îentur. Laitance. Lnstit divin.
précédées de trompettes et enveloppées de vêtements très amples, sous lesquels elles étaient nues et parées de tous leurs bijoux; elles se rassemblaient dans le cirque, sous les yeux du peuple qui se pressait à l’entour, et là elles se dépouillaient de leurs habits et se montraient dans la nudité la plus indécente, étalant avec complaisance tout ce que les spectateurs voulaient voir, accompagnant de mouvements infâmes cette impudique exhibition. Elles couraient, dansaient, luttaient, sautaient comme des athlètes et des baladins, et chacune de leur posture lascive arrachait des cris et des applaudissements à ce peuple en délire. Tout a coup, des hommes également nus s’élancaient dans l’arène, aux sons des trompettes, et une effroyable mêlée de prostitution s accomplissait publiquement, avec de nouveaux transports de la multitude. Un jour, Caton, l’austère Caton, parut dans le cirque au moment où les édiles allaient donner le signal des jeux; mais la présence de ce grand citoyen empêcha l’orgie d’éclater. Les courtisanes restaient vêtues, les trompettes faisaient silence , le peuple attendait. On fit observer a Caton que lui seul était un obstacle a la célébration des jeux; il se leva, ramenant a pan de sa toge, sur son visage et sortit du cirque. Le peuple battit des mains, les courtisanes se déshabillèrent, les trompettes sonnèrent, et le spectacle commença. »
Pour retrouver d’autres exemples de prostitution publique, en l'honneur d’une déesse, qui n était qu une coui tisane déifiée, il faut se reporter aux scènes de folie érotique, qui se passaient autour de la statue de Moloch, et à certaines fêtes d’Isis que les Romains n’oublièrent pas d'emprunter aux Egyptiens.
Ces fêtes, connues sous le nom d Isiagues, ont été racontées par Apulée’ dans Y Ane d’or. Elles se passaient en partie dans les rues et les voies publiques, dans lesquelles on voyait les initiés, hommes et femmes, accourir de tous les points de iu ville, tous vêtus de robes blanches en étolîes transparentes, agitant leurs sistres de métal. Us se rendaient processionnelïementau temple de la déesse à la suite des prêtres d Isis, les plus ignobles et les plus méprisables personnages du culte de