II
la prostitution. Us portaient dans leurs bras un phallus en or, « l’effigie vénérable de la respectable déesse », dit Apulée. Dès que la troupe entière était entrée dans l’intérieur, commençait l’initiation aux mystères d’Isis, c est-à-dire les scènes d’effroyables orgies sensuelles, analogues à celles des Florales dont nous venons de parler.
C’étaient encore ces mêmes prêtres d’Isis, mendiants et proxénètes, d’une saleté repoussante, qui présidaient aux autres fêtes de la prostitution en l’honneur de Bacchus, célébrées sous le nom de Bacchanales ou de Dionysiaques , parce qu’on voyait dans Bacchus une des incarnations d’Osiris. Les lieux que l’on choisissait de préférence pour la célébration des Dionysiaques étaient les plus solitaires, tant parce que la solitude encourageait les bacchantes que parce quelle était plus propre aux retentissements de la voix.. Evohc\ Evohe ! tel était b cri par lequel, disait-on, Jupiter encourageait ^on fils, Bacchus, à vaincre les obstacles que lui suscitait la jalouse Junon.
La statue du dieu était ordinairement peinte avec du cinabre. L/ hiérophante, ou prêtre chargé de révéler les choses sacrées, représentait le créateur, le Duniourgos. Ceux qui portaient des flambeaux se nommaient Lampadophores', leur chef ou le Daduclie figurait le soleil.
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Les principales cérémonies consistaient rn processions où l’on portait des vases remplis de vins et couronnés de pampre. Des jeunes femmes chargées de corbeilles pleines de fruits et de fleurs venaient ensuite : c’étaient les Cénéphores . Derrière celles-ci, on voyait des joueuses de flûte et des cymbalistes, et après des troupes d’hommes et de femmes masqués en satyres, en pans, en faunes, en sylènes. en nymphes et en bacchantes ; tous couronnés de violettes et de feuilles de lierre, les cheveux en désordre, le teint animé par les vapeurs du vin ; les vêtements disposés avec un art impudique de manière à laisser à découvert tout ce qu’il eut fallu cacher, et tous chantant les phallica, chansons obscènes en l’honneur de Bacchus.
Les Phallophores et les ltyplialles suivaient cette cohue .
les premiers présentant effrontément au>: regards des spectateurs des priapes postiches attachés sur les hanches à 1 aide de courroies, les seconds portant les mêmes objets, avec des proportions plus gigantesques, au bout d’une longue perche. Enfin, la marche était fermée par les quatorze prêtresses chargées par Parchonte-roi, ou président de la fête, de tous les préparatifs.
Arrivés au lieu du rendez-vous, soit dans ie milieu d’une forêt silencieuse, soit au sein d’une vallée profonde entourée de rochers, cette multitude de gens débauchés et fanatiques tiraient du coffre, appelé par les latins area ineffabilis . l’image de Bacchus, la plaçaient sur un Hermès et lui offraient un pourceau en holocauste. Les vins et les fruits étaient ensuite distribués avec largesse. En peu de temps, l’abondance des libations, les cris redoublés, la joie immodérée et le mélange des sexes portaient le trouble dans tous les sens et frappaient de démence les prêtres de cette infâme divinité. Chacun alors agissait en présence de tous comme s’il eût été isolé du monde entier, et les plus honteuses débauches avaient pour témoins plusieurs centaines de spectateurs. Les femmes nues couraient ça et là, provocant les hommes par les gestes et les propos obscènes ; et ceux-ci songeaient peu, à ce moment, à ce que faisaient, dans cette cohue, leurs femmes, leurs sœurs ou leurs filles ; le déshonneur leur paraissait peu de chose parce qu'il était réciproque ; et il n’est sorte de débauches, en un mot, qui ne trouvât en cette occasion, un nouveau raffinement.
Quand enfin la nuit, qui avait étendu ses voiles sur ce théâtre d’abominations, fuyait devant les blanches lueurs de l’Orient, le dieu alors était renfermé dans Y area ineffabilis. Les hommes gorgés de vin et énervés par les plaisirs, regagnaient en chancelant leur logis solitaire, ou revenaient successivement avec les femmes et les enfants... mais flétris et déshonorés!
Ces turpitudes devinrent tellement ignobles que le Sénat les proscrivit souvent, mais sans pouvoir jamais arriver à les détruire. L’honneur de les faire disparaître définitivement des mœurs romaines devait revenir à l’empereur Dioclétien-
Mais il n’y avait pas que dans ces sortes de fêtes que les
LA PROSTITUTION DANS l’aNTIQUITE