‹ La prostitution et la traite des blanches à Londres et à Paris... -- Dr MinimeChapitre 11 sur 76 · X LV · texte numérisé non relu

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observer, en dehors de tout autre argument, que le seul avantage que l’on prétende avoir gagné par cette réglementation, c’est-à-dire une légère amélioration dans la santé de .l’armée,“-ne nous fournit pas une compensation suffisante au scandale de l’agitation actuelle. Depuis treize ans, une propagande énergique a été soutenue dans tous les comtés de l’Angleterfe et les efforts des propagandistes ont surtout tendu à provoquer l’intérêt des femmes les plus honorables et à diriger leur attention vers une question dont on suppose à peu près partout que les femmes honnêtes ne doivent pas entendre parler. Depuis 1870, plus de deux millions deux cent cinquante mille signatures ont été apposées à des pétitions demandant au Parlement l’abrogation de la loi, et une seule de ces pétitions portait la signature de deux cent cinquante mille femmes.

« C’est en vain que la presse a fait la conspiration du silence et que la haute société a, de son côté, fait tout son possible pour empêcher de porter le débat dans le grand public et de familiariser les femmes d'Angleterre avec un des problèmes les plus pénibles et les plus répugnants de la société moderne. L’agitation n’a cessé de grandir tous les ans jusqu’à ce que les comités organisés pour l’abrogation de la loi soient arri • vés à leurs ramifications dans toutes les parties

de l’Angleterre ; en ce moment ils mettent, il est vrai, un frein à leur activité; ils attendent quel sera le résultat de la motion de M. Stansfeld. Si cette motion échoue, l’agitation éclatera de nouveau avec un redoublement d’énergie et elle sera soutenue sans interruption jusqu’à ce que les élections générales permettent aux agitateurs d’en appeler de la décision du Parlement au verdict du pays.

« Les agitateurs prennent leur œuvre très au sériéux. Ils ont l’approbation de tous les nonconformistes et aussi celle des ministres les plus actifs de l’Eglise établie. Leur opposition aux Acls est la conséquence naturelle et logique des croyances sociales et religieuses d u peuple an-: glais. Renoncer à l’agitation, ce serait pour eux acquiescer en pratique à la négation de tous les principes dont ils essaient de faire la règle de leur vie, et sur lesquels ils s’appuient pour diriger le monde.

« Les choses étant ainsi, le gouvernement doit se poser à lui-même une question très sérieuse : doit-il encourir la grave responsabilité qui pèserait sur lui s’il contribuait à renouveler l’agitation pour le gain presque imperceptible qui résùlte de l’application des Acis?

« Lord Hartington fera bien de se demander si le jeu en vaut la chandelle (en français dans le

texte). Bien, entendu, si l’armée y avait gagné un avantage considérable ou même appréciable,' cet argument perdrait beaucoup de son poids ; mais lorsque les avocats les plus déterminés d’une police des mœurs, en s’appuyant uniquement sur l’argument d epost hoc propter hoc, en sont réduits à invoquer qu’un tel système préserve de l’hôpital 258 hommes sur une force militaire totale de 50,000 soldats, et cela au prix de 30,000 livres sterling (750,000 fr.) par an, il est évident que lès avantages que l’on présente comme un résultat des Acfs sont insignifiants, si on les compare aux inconvénients, aux abus énormes et reconnus que causerait le maintien de ces lois.

« Encore est-il que ce très léger avantage dans l’armée ne peut pas être invoqué pour la marine et que la faible décroissance de maladies, d’un côté, est plus que compensé par l’augmentation rapide et surprenante de maladies de l’autre côté.

« L’exemple de Glasgow fournit quelques motifs de croire que la plaie sociale dont il s’agit peut être maintenue dans des limites raisonnables Sans que l’on soit obligé d’avoir aucun recours au système si arbitraire et si attaquable d’une police des mœurs.

«Personnen’hésiterait à voter le crédit annuel si ôn l’appliquait à ouvrir de nouveaux hôpitaux libres et des établissements destinés à recevoir

et à moraliser les femmes tombées. Mais ou lie saurait trop clairement comprendre que lacontïnuationdu système actuel provoquera une opposition qui,' après une lutte longue et difficile, est §ûre du succès final.

« Tout ce qu’il y a de plus énergique et de plus ardent, tous les idéals (sic) auxquels les grandes forces des classes ouvrières sont le plus profondément attachées, enfin l’idéal de la partie la plus sincèrement religieuse de la bourgeoisie sont rangés en bataille contre cette législation ; donc, tout considéré, nous avons quelque raison d'espérer que les ministres trouveront un moyen d’accepter la motion de M. Stansfield, sans plus de bruit, et qu’ainsi ils se débarrasseront et débarrasseront en même temps le public d’une question qu’il répugne de traiter. »

Enfin, le 21 avril 1883, la fameuse loi établissant la visite obligatoire pour les prostituées a été abrogée par les communes. 11 n’est pas sans intérêt de reproduire une analyse de la discussion qui eut lieu à ce propos.

Voici l’opinion de Lord Ilartington, qui occupait à cette époque (1883) le ministère de la guerre :

En 1872, dit cet orateur, le cabinet libéral proposa une mesure abrogeant une grande partie des Acts et leur substituant une atténuation de

la loi spéciale existante.Aux élections générales, un grand nombre des membres du gouvernement actuel était absolument opposé aux acts. Une commission nommée peu de temps après, présenta un rapport en faveur des Acts sans aucune proposition d’atténuation ou de changement: la minorité de la commission en demanda l’abrogation entière dans un rapport qu’elle présenta.

Il est clair que ceux qui sont à la tète de l’agitation ne seront satisfaits que par la complète abrogation des Acts.

Le rapport de la majorité de la commission n’a fourni au gouvernement aucun argument sur lequel il pùt, avec quelque espérance de succès, appuyer une proposition de transaction.

Il appartient au Parlement de décider s’il veut maintenir les Acts dans la forme actuelle, soit les abandonner entièrement, soit en abandonner les clauses les plus essentielles.

Son opinion personnelle, comme secrétaire à la guerre, celle du Lord de l’Amirauté, ainsi que celle du secrétaire de l’Intérieur sont en faveur de la loi. Les autres membres du gouvernement ne voient pas bien le moyen (sic) d’accepter la responsabilité du maintien de mesures qu’ils ont combattues dans l’opposition.

Par conséquent, pour ce qui concerne le"minis-

1ère, il est disposé à traiter la question comme une question ouverte, c’est-à-dire à s’en désintéresser.

Sir S. Nortlicote s’étonne de cette déclaration du ministre; il raille le désintéressement du gouvernement qui, avec une aussi forte majorité, trouve moyen de commettre un acte de faiblesse. Il rappelle que le ministère prend, depuis quelque temps, trop souvent cette habitude de laisser les questions ouvertes ; il espère que la Chambre demandera une indication.

Le chancelier de l’Echiquier dit qu’ayant déclaré, en 1875, que l’on pourrait se passer de la visite d’office sans complètement abroger les Acts, son opinion s’est fort peu modifiée depuis lors ; il pense toujours que si les Acts ont produit un résultat avantageux, ces avantages ne sont pas dus à la visite obligatoire. Il n’est pas disposé à abroger les Acts, mais il accepterait volontiers la motion de M. Stansfeld. (La chambre désapprouve la manière dont les Acts ont fonctionné.)

Ori comprend qu’un simple blâme ne pouvait donner satisfaction à l’opinion publique et à la majorité dont les engagements étaient précis vis-à-vis du corps électoral. Aussi, sur une autre motion de M. Stansfeld, les Acts furent définitivement abrogés par 182 voix contre 110.

Depuis cette époque les villes de garnison où la réglementation existait ont cessé d’étre l’objet d’aucune mesure répressive. Quelle sera l’influence de cette abrogation sur la santé de l’armée ? Le peu de temps écoulé depuis la suppression ne permet de fournir à cet égard aucun renseignement précis. Ce qui est certain c’est que l’abrogation a donné satisfaction à tous et qu’aucune réclamation ne s’est produite en faveur d’es Acts. On peut donc affirmer qu’aucun gouvernement ne se souciera de proposerde semblables mesures au Parlement anglais et que cette nation, qui a cependant marché si avant dans la voie du progrès sanitaire, semble impro pre à l’application des mesures de nature â compromettre la liberté individuelle sans présenter des compensations suffisantes en faveur de la santé publique.

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