ÉTUDES MÉDICALES LT SOCIALES SUR LA PROSTITUTION' A PARIS
Il n’est pas sans intérêt, après les remarques général'es que nous venons de faire sur la prostitution en Angleterre, de dire quelques mots de la situation en France. Il serait môme injuste d’agir autrement et de signaler les plaies sociales de nos voisins sans sonder les nôtres. Pour être impartial, il faut convenir que le système français, qui a du reste servi de modèle à plusieurs états européens, est loin d’être parfait et prête aux justes critiques non seulement du médecin et de l’hygiéniste,mais encore et surtout du moraliste.
La législation anglaise abandonne la prostitution à elle-même comme un vice qu’elle ne peut enrayer et qu’il lui répugne à contrôler. La loi française, au contraire, accorde sa haute protection et même ses faveurs, â celles qui, de parti
pris et sans vergogne, acceptent la profession de prostituée.
Un fait semblable est déjà immoral par luiméme ; mais il devient vraiment monstrueux lorsqu’on considère que ses partisans ont pour but avoué de centraliser le commerce de la prostitution au profit d’un certain nombre d’individus. J’entends dire par là que l’administration actuelle surveille, réglemente, encourage la prostitution dans le but d’empécher les individus notoirement adonnés au vice de contracter des maladies vénériennes. Elle se transforme ainsi en une sorte de régie des plaisirs vénériens d'une certaine classe d’individus comparable aux administrations qui surveillaient et entretenaient autrefois le Parc au cerf au service des rois de France.
« Allez et prostituez-vous, dit-elle; vous n’avez rien à craindre ; l’orgie n’est pas dangereuse et je veille à votre sécurité. »
Tel est le langage tenu par l’administration à tous les individus du sexe mâle pour les encourager à la fornication.il est vrai qu’elle s’appuie pour parler ainsi sur un principe scientifique : sur l’hygiène et la santé publique.
Nous verrons plus loin dans quelle mesure.
l'hygiène est protégée. Mais nous pouvons affirmer dès maintenant que la sécurité ainsi offerte
est trompeuse et que la surveillance de l’administration, qui ne s’exerce en réalité que sur les maisons d,e tolérance, ne peut s'étendre sur la prostitution clandestine dont l’importance croit chaque jour et que nulle loi, nulle mesure administrative ne peut enrayer ni contrôler.
Nous avons parlé plus haut des brothels anglais que beaucoup de personnes considèrent comme des maisons de tolérance établies sur le système français. La maison anglaise n’est qu’un hôtel mal famé dans lequel les prostituées habitent et donnent momentanément asile à un individu. Il nous suffira de dire quelques mots des maisons françaises et de leur réglementation pour faire comprendre la différence qui n’est nullement en faveur de la morale administrative.