LE VICE EST LIBRE. LE CRIME SEULEMENT DOIT ÊTRE PROTÉGÉ
Pour éviter tout malentendu quant au but que je me propose en dévoilant les particularités horribles et criminelles de ce trafic infernal, je tiens à déclarer expressément dès à présent que, quelque importance que je reconnaisse au besoin impérieux de moralité et de chasteté, je ne demande en aucune façon que la police entrave la liberté du vice. Je demande seulement la répression du crime. L’immoralité sexuelle, quelque danger qu’elle offre en elle-même ou dans ses conséquences, n’est pas l’affaire de la police, mais bien celle du moraliste, tant que les personnes en question sont majeures, parfaitement maîtresses de leurs actes, et qu’elles n’outragent pas la morale publique.
Appliquons, dans tous les cas, les principes sacrés de la liberté du commerce au commerce des vices, et réglons les rapports des sexes par
l’intervention du marché et par la liberté du contrat privé.
Quelle que puisse être mon appréciation personnelle quant à la réalité et à l’importance d’une théorie transcendante de la pureté dans les relations sexuelles, c’est l’affaire du moraliste et non celle du législateur. Loin de demander une augmentation des pouvoirs de la police, je serais plutôt disposé à les restreindre toutes les fois qu’elle se mêle arbitrairement des opérations ordinaires du marché du vice.
Mais plus nous accordons de liberté absolue aux adultes pour disposer de leurs personnes conformément aux principes du contrat privé et du commerce libre, plus nos mesures devront être sévères contre les crimes innombrables qui sont la résultante du vice, comme le vice luiméme est la résultante des visions impures de l’esprit humain. Ces crimes fleurissent.de toute part, ignorés et sans entraves — si, après tout, ils ne sont pas absolument encouragés par la loi — car il est certain qu’ils sont commis par plusieurs législateurs et tolérés par de nombreux fonctionnaires chargés d’appliquer la loi.
Il est impossible d’extirper le vice par un acte du Parlement; mais si nous sommes forcés de laisser le vice libre, ce n’est pas une raison pour
que nous assistions impassiblement à la perpétration de crimes.
Et je suis à même de prouver par mon expérience personnelle — expérience acquise à un prix dont je préfère ne pas parler — que des crimes de la nature la plus atroce et la plus abominable sont commis à Londres, constamment et systématiquement, sans obstacle ni entraves.
Ces crimes peuvent être classés sommairement comme suit :
La vente et l’achat et viol d’enfants ;
La livraison de vierges ;
La tromperie et la perte de femmes ;
La traite internationale des jeunes filles ;
Les atrocités, les brutalités et les crimes contre nature.
Voilà ce que j’appelle la criminalité sexuelle par opposition à l’immoralité sexuelle. Elle fleurit dans toutes ses branches, de tous côtés, à un degré dont même ceux qui sont chargés spécialement de la répression n’ont qu’une faible idée. Naturellement ceux qui pratiquent constamment cette criminalité nient son existence. Mais je parle de ce que j’ai appris,non par ouï-dire ou par la rumeur publique, mais par mon expérience personnelle.