LE COMMERCE DES VIERGES DANS LE QUARTIER WEST-END
Le prix des vierges est beaucoup plus élevé dans le West-end que lorsqu’elles sont racolées dans le quartier de l’Est ; mais la fourniture de jeunes filles se fait d'une façon assez systématique : Les prix sont cotés comme suit : à la maison de gros de Mmes X et Z, dont je parlerai sous peu, 125 fr., dans un lupanar de l’Est-end 250 fr. et dans le West-end 500 fr.
Ces cours sont réels et m’ont été fournis par des personnes qui sont parfaitement prêtes à remplir leurs engagements. Dans tous les cas, ils comprennent le salaire de la jeune fille en même temps que la commission payée à la procureuse.
Dans aucun cas on n’a fait d’objection â ce' que la virginité de la petite fille soit certifiée par un médecin avant la livraison ; ce fait détruit complètement le bruit d’après lequel ou ne fait des affaires qu'en femmes ( haslops) retapées en vierges pour chaque cas spécial.
J’ai eu une très bonne occasion de jeter un coup d'œil dans le rouage môme du racolage, tel qu’il est pratique dans les maisons les plus comme il faut(wosi select) et respectables. Dans le West end, j'avais chargé la maîtresse de me procurer une jeune fille à 500 fr. Elle me dit naturellement — comme elles font toutes — qu’elle ne faisait jamais de choses semblables, que jamais de sa vie aucune jeune fille n’avait été flétrie chez elle, que pour rien au monde, même pour son plus ancien client, elle ne consentirait à ce que sa maison servit à cet usage. Elle allait môme si loin, qu'elle dit que si une jeune fille était séduite dans sa maison, elle se croirait obligée d’en avoir soin pour toute la vie.
On va juger de ce que valaient ces préliminaires. Elle se chargea ensuite de me procurer une jeune fille et m’offrit le choix d’une chambre dans sa maison pour la séduire. Incidemment elle donna le signalement d’un «ombre considérable de petites filles qui avaient été séduites dans sa maison et, finalement, elle poussa ses confidences au point de me dire qu’elle avait trois procureuses attachées à sa maison et ayant pour mission de racoler des petites filles pour ses clients.
On m’offrit le choix entre une institutrice, une
bonne d’enfant et une autre petite fille. Je choisis l’institutrice, que l’on me dit avoir une bonne place dans la famille d’un propriétaire, près de la gare Victoria. Malheureusement, le jour où nous devions nous rencontrer, sa maîtresse l’envoya avec les enfants- à Huslingham, de sorte qu’elle ne put pas être au rendez-vous, à la grande déception de la procureuse, qui avait fait jusqu’à trois visites chez elle.
Un autre rendez-vous fut prié, mais on amena une bonne au lieu de l’institutrice. Je la vis en présence de la procureuse, une vieille dame, ayant l’air d’une mère de famille, et femme de ménage de son état. 'J’eus avec elle une longue et intéressante conversation qu’il est inutile de rapporter ici en détail. Le côté caractéristique en était la fatuité avec laquelle la brave femme envisageait son métier de procureuse.
D’abord elle avait l’excuse de la pauvreté.
Elle était veuve avec une grande famille et devait faire quelque chose pour ses enfants. Sa seconde justification était la conviction que les petites filles qu’elle procurait seraient inévitablement séduites un jour ou l’autre, et elle disait naïvement puisqu’une petite fille doit être séduite, il vaut mieux qu’elle le soit par un monsieur pour en obtenir quelque chose que de la laisser séduire par un gamin ou un jeune cama-
rade qui ne lui donne rien ! Ces deux excuses non seulement tranquillisaient la conscience de la vieille femme, mais encore lui faisaient croire qu’elle était une bienfaitrice envers son sexe.
La petite fdle qu’elle me procura (bien que je ne puisse pas parler d’une façon positive de sa virginité, parce que, par suite d’une dépêche remise trop tard, mon médecin manqua au rendez-vous) était une jolie petite fille, ayant environ quinze ans, une figure très douce et aux formes non développées.
Elle avait pleuré, car M me .... l’avait grondée parce qu’elle s’était mise comme un papillon au lieu de s’être habillée de noir. Elle racontait que sa mère était malade, ce qui, comme je l’ai découvert depuis, était la vérité, et qu’elle avait besoin de se procurer 250 fr. pour la sortir d'embarras. Elle était parfaitement prête à être visitée par un médecin, car, comme disait la vieille, puisqu’elle devait être séduite, qu’est-ce que cela pouvait lui faire de Voir le médecin, et sa promptitude à vouloir se soumettre à la visite était au moins, à première vue, une preuve de la véracité de sa prétention d’être encore vierge.
La scène avec la racoleuse et la petite fdle était réellement saisissante. La vieille la fit trot ter , se lever, sourire et enfin lui fit prendre toutes ses allures en en faisant valoir les qualités. La
façon maternelle dont elle passait le bras autour du cou de la petite et la couvrait de baisers en l’exhortant à ne pas être timide mais à plaire au monsieur était répugnante au delà de toute expression.
Il me fut extrêmement difficile d’obtenir quelques instants d’entretien avec la petite, seule. « Pourquoi voulez vous être séduite? lui demandai-je, dites-moi la vérité. — A cause de l’argent, répondit-elle simplement. — Est-ce que vous préféreriez avoir 125 fr. sans être séduite, ou les 250 fr. et être séduite ? — Oh, pour sûr, les 125 fr. sans être séduite ». dit-elle. La vieille procureuse revint. La petite fille paraissait timide, mais je ne sais pas si elle était réellement vierge ou non. Lorsque le médecin vint, à un autre rendezvous, elle ne parut pas et j’ai des raisons pour craindre qu’elle ne soit plus en état de subir l’épreuve d’une visite.
Dans le cours de la conversation j’appris que les femmes de ménage sont considérées comme d’excellentes procureuses. Elles ont accès dans les maisons particulières et dans les magasins où l’on emploie beaucoup de jeunes filles. En venant tous les jours, de bonne heure le matin, avant que la maîtresse ou le chef soit levé, elles ont beaucoup d’occasions dont elles font leur profit pour conduire les jeunes filles à leurpeert.
Elles s’efforcent d’atténuer les craintes des jeunes filles quant aux conséquences delà séduction. La vieille était très éloquente et positive en m’affirmant qu’une petite fille n’avait aucunement à craindre d’avoir un enfant comme résultat de la première séduction. C’est de cette façon que le descensus Averni est aplani.
La phrase « la première fois il n’y a pas de mal i contribue à obtenir le consentement de la petite fille, et une fois qu’elle a perdu sa virginité l’argument est celui-ci: «Vous pouvez y çonsentir une deuxième fois », ou : « il n'y a que le premier pas qui coûte », et ainsi la petite fille est amenée insensiblement à une existence immorale. Mais je dois rendre la justice à cet établissement que l’on refusa de me livrer la petite fille tout à fait. « Je dois la ramener dans les bras de sa mère », dit la vieille qui, cette foisci, s’était munie d’un certificat, par écrit, de la mère, constatant qu’elle consentait à la séduction de sa fille.