‹ La prostitution et la traite des blanches à Londres et à Paris... -- Dr MinimeChapitre 46 sur 76 · LA SPÉCIALITÉ DE LA MAISON · texte numérisé non relu

LA SPÉCIALITÉ DE LA MAISON

Est-ce que vous faites quelque chose pour l’exportation ? demandai-je.

— Oh ! non, dit-elle, nous faisons commerce de virginités, mais non de vierges. Mon amie prend les jeunes filles qu’il s’agit de séduire et les ramène chez elle après qu’elles ont été séduites, et puis c’est fini pour ce qui nous regarde. Nous ne travaillons qu’en premières séductions ; une jeune fille ne passe par nos mains qu’une fois, et c’est fini. Nos clients demandent des vierges, des articles non avariés, et généralement ils ne les voient qu’une seule fois.

— Que deviennent les articles avariés ?

— Ils retournent tous à leur emploi ou place. Mais,— i dit la racoleuse pensive, — toutes finissent par faire le trottoir. Une fois qu’une jeune fille est tombée, elle y revient toujours, et elle finit par faire comme les autres. Il y a rarement quelques exceptions. Est-ce que tu t’en rappelles quelques-unes?

La cadette se souvint d’une ou deux, mais elle convint qu’il était fort rare que des jeunes fdles reprissent le droit chemin après avoir été une fois séduites.

— Est-ce qu’elles ont parfois des enfants ?

— Pas très souvent la première fois. Naturellement, nous leur disons que cela n’arrive jamais. Les enfants sont si bêtes ; elles croient tout. Par exemple, la petite sotte que nous vous avons amenée croyait avoir été séduite lorsque la sage-femme l’a touchée. Mais naturellement elles deviennent mères, quelquefois dès la première fois.

— Et alors, dis-je, je suppose qu’elles font reconnaître leur enfant ?

— Et, comment cela, je vous prie, dit l’aînée, en riant.

Nous faisons une spécialité de notre maison de ne leur jamais faire connaître leur séducteur, et dans la plupart des cas elles ne connaissent pas même son adresse. Comment parviendraientelles à la savoir ? ■

Par exemple, dimanche prochain, je dois amener une cuisinière pendant l’office, à M.

qui a un domicile à Bedford-square et ti’ois autres domiciles, au moins, où sont livrées les vierges. Je fais monter la petite fille dans une voiture de place. Nous suivons une rue après

l’autre. Nous arrêtons devant une porte et nous entrons. La cuisinière verra un monsieur avec lequel elle restera quelques minutes, mettons une demi-heure.

Pendant ce laps de temps, elle est naturellement tant soit peu surexcitée et souffre plus- ou •moins. Aussitôt qu’elle est habillée, je la ramène en voiture et elle ne revoit jamais le monsieur. Même si elle remarquait la maison, ce qui est douteux, elle ne sait jamais le nom du propriétaire. Que voulez-vous alors quelle fasse? »

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