‹ La prostitution et la traite des blanches à Londres et à Paris... -- Dr MinimeChapitre 55 sur 76 · LES RECRUES EN PROVINCE · texte numérisé non relu

LES RECRUES EN PROVINCE

Si quelques personnes croient que le trafic pour l’étranger a cessé, elles se trompent.

Pas plus tard que la semaine passée un lot de trois « colis » est parti des environs de Leicestersquare pour la Belgique. Deuxsontactuellement à Anvers, l’autre est à Bruxelles. Sous peu on attend une consignation bien plus considérable.

Les courtiers de ce trafic international se trouvent maintenant en province. Ils disent que les jeunes filles à Londres ont été effrayées par les révélations récentes sur ce qui se passe à l’étranger. Us en ont obtenu trois avec difficulté.

En province, ils les attraperont plus facilement.

A Londres, ils n’ont pu en avoir que trois ; en province, ils espèrent en cueillir trois douzaines. Us sont actuellement occupés à les recruter.

Il se peut que la prochaine expédition parte demain soir ; mais je n’ai pas de renseignements positifs à cet égard.

Ce travail, pour pénétrer dans les ramifications

decette nouvelle traite des esclaves, formait la partie la plus dangereuse des recherches. Le trafic se trouve presque entièrement entre les mains d’anciens forçats qui connaissent trop bien l’absence de confort dans les maisons de correction pour se laisser arrêter par une bagatelle quelconque, lorsqu’il s’agit de faire disparaître un témoin gênant ou d’échapper é une condamnation.

La première fois, ce fut une sensation nouvelle pour moi de me trouver assis, fumant et buvant avec des hommes qui venaient de sortir de prison, dans le « coin réservé » d’un palais de gin, et m’informant du prix qu’il me coûterait d’envoyer une jeune fille aux lupanars étrangers.

Un trafiquant, excellent Homme, qui jouit d’une odeur de sainteté en rapport avec la circonstance qu’il a établi son quartier général dans l’ombre d’un archevêché, se chargea de disposer d’une maîtresse dçnt j’étais censé vouloir me débarrasser avant mon prochain mariage, en la déposant sans esclandre dans une maison mal famée à Bruxelles.

Pour ce précieux service, il ne me prendrait que 250 francs.

Un autre agent s’empressa de lui faire concurrence, et se déclarait prêt à faire l’affaire tout de suite si l’autre venait à se dédire.

Avec un héroïsme et une abnégation dignes des saintes martyres, une jeune fille noble et pure s’offrit spontanément pour affronter les risques effrayants d’être placée dans le lupanar belge, si c’était jugé nécessaire pour compléter l’expérience.

— Dieuaété avec moi jusqu’à présent, dit-elle, comment m’abandonnerait-il, si, pour sa sainte cause, je m’expose au danger ? Certainement, il veillera sur moi, là aussi bien qu’ici. .

Je ne voulus pas sanctionner une expérience aussi terrible. Mais le fait qu’il y a des femmes capables d’un dévouement aussi sublime à la cause de leurs Sœurs outragées et dégradées, tend à percer comme un rayon de la lumière céleste dans les ténèbres de cet horrible enfer.

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