‹ La prostitution et la traite des blanches à Londres et à Paris... -- Dr MinimeChapitre 56 sur 76 · UNE ENTREVUE AVEC UN MARCHAND D’ESCLAVES · texte numérisé non relu

UNE ENTREVUE AVEC UN MARCHAND D’ESCLAVES

Cette semaine, j’ai eu une longue entrevue avec John, le S..., qui, une de ces semaines dornières, était rentré à Londres après un séjour prolongé *— involontaire — en Belgique, son pays natal.

Ce digne homme a joui pendant longtemps d’une grande réputation parmi les exportateurs de jeunes filles anglaises, non seulement à cause de ses propres exploits, mais encore plus à cause de ceux de sa femme, une Irlandaise, qui opère maintenant comme procureuse pour les lupanars étrangers dans la ville de Manchester.

En avril 1881, John, le S..., fut déclaré coupai ble par les tribunaux belges d’escroquerie et d’excitation à la débauche et condamné à six ans de prison à faire dans la maison correctionnelle de Gand. Il fut relâché au mois d’avril dernier, ayant obtenu une remise d’un an pour sa bonne conduite.

John est un homme qui, bien nourri et soigné, serait d’une prestance remarquable et môme imposante. A présent il est un peu cassé, mais sa

contenance frappe et ses cheveux gris lui donnent un air intéressant.

Nous nous sommes trouvés avec lui dans un restaurant du Strand, où nous eûmes une longue conversation confidentielle au sujet du trafic des jeunes filles anglaises, métier auquel il jura avoir renoncé à tout jamais. Il dit qu’il a eu trop de lit de planches, de pain et d’eau, et comme il était retiré des affaires, il n’y avait aucun inconvénient à lui parler tout franchement au sujet du commerce d’exportation.

— Quel est, à votre avis, lui demandai-je, le nombre de jeunes filles Anglaises qui quittent notre pays pour les maisons de prostitution à l’étranger ?

John ne répondit pas tout de suite. 11 entreprit un travail laborieux quant au nombre de maisons publiques à Bruxelles, Anvers, Lille, Boulogne et Ostende, où à sa connaissance personnelle, des jeunes filles anglaises avaient été placées. Après un moment, il dit :

— Je ne peux parler que de la Belgique et du Nord de la France. Je ne sais rien quant à l’ap • provisionnement de Bordeaux, de Paris, de la Hollande et du reste du continent. Mais je pense qu’en général une vingtaine de jeunes filles anglaises partent chaque mois pour les villes que je viens de nommer.

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— C’est-à-dire environ 250 par an ! C’est un gros chiffre. Combien de ces filles sont des prostituées avant leur départ ?

— Environ une sur trois, je pense. Les deux tiers croient qu’elles vont entrer en place, et n’apprennent leur sort qu’une fois rendues saines et sauves dans les lupanars. Môme, alors, on ne leur apprend la vérité que peu à peu. On place la jeune fille anglaise seule au milieu de femmes étrangères auxquelles il est recommandé avec soin de ne pas exciter ses soupçons jusqu’à ce qu’elle se soit apprivoisée. Alors on lui fait comprendre peu à peu où elle se trouve, et elle finit par accepter son sort comme inévitable, et elle se soumet.

— Ne pensez-vous pas qu’une exportation de 250 jeunes filles par an soit un gros chiffre, lorsqu’on tient compte du domaine restreint auquel elles sont fournies ?

— Non, dit-il, je ne pense pas. Généralement les filles ne restent pas longtemps dans la même maison. Elles sont constamment échangées en passant d’un lupanar à l’autre, de sorte que l’on ne sait pas jusqu’à quel point de l’intérieur du continent elles finissent par arriver. Elles commencent enBelgique et dans le nord de laFrance et sont expédiées au fur et à mesure.

— Quel nombre de jeunes filles anglaises con-

sidérez-Vous comme le contingent Ordinaire des maisons que vous aviez l’habitude d’approvisionner ?

Une ou deux, c’est la quantité ordinaire. Je vous dirai que le nombre normal de jeunes filles anglaises à Bruxelles va de vingt à trente. A Anvers, elles sont beaucoup plus nombreuses ; c’est-à-dire qu’il ne vous serait pas difficile de trouver quatre ou cinq filles anglaises dans vingt maisons d’Anvers. Il y a peut-être en ce momentci une centaine dé filles anglaises en tout dans les maisons mai famées beiges. Naturellement ce n’ést qu’une conjecture plus oü moins exacte de ma part. Je n’ai pas de données statistiques, mais voilà le chiffre que je peux supposer, d’après ce que je sais de ces maisons et de leurs habitudes.

— Comment l’approvisionnement de ces maisons se fait-il ?

— C’est un commerce régulier. Je ne m’en suis occupé que pendant peu de temps. En effet, je. n’ai exporté que onze filles en tout, sans compter celles envoyées par ma femme. Sur ce nombre, j’en ai amené cinq à Bruxelles, trois à Anvers, deux à Boulogne et Une à Lille. Mais mon expérience sert d’échelle exacte par rapport aux trafiquants en gros. La maîtresse de la maison me payait tant pour une fille, à la con

dition qu’à son arrivée elle fut trouvée en bonne santé à la visite. Si elle était malade et qu’il fallût l’envoyer à l’hôpital je perdais mon argent. Les maîtresses de maison promettaient toujours que, si elles sortaient guéries de l’hôpital et entraient chez elles, elles me payeraient ma commission ; mais elles n’en faisaient jamais rien, dit-il en poussant un soupir sur la malhonnêteté des maîtresses de lupanars.

— Quelle était d’habitude votre commission ?

— J’ai reçu jusqu’à 250 fr. Sur cette somme, j’avais à payer les frais de racolage et de livraison.

— Est-ce que ces frais sont considérables ?

— Oh ! non* dit-il : le voyage en chemin de fer, en bateaux à vapeur et quelques débours. Ma femme allait dans la rue et ramassait des filles — soit des prostituées désireuses de changer, des bonnes sans ouvrage ou des demoiselles de magasin. Je leur disais toujours où elles allaient ; mais d’autres, j’ose le dire, étaient moins scrupuleux. D’ailleurs, c’est bien simple : vous entrez en conversation avec les filles, et vous leur faites accroire ce que vous voulez, Si elles n’étaient pas si bêtes qu’elles le sont, elles ne vous croiraient jamais, mais elles avalent tout. Vous leur dites qu’elles vont avoir de bonnes places, de belles robes, la liberté d’aller au théâtre, de forts appointements, et toutes sortes

de séductions qui feraient comprendre à une fille dégourdie que cela sent l’oignon. Mais, voilà, ce ne sont pas des filles dégourdies : elles avalent l’appât comme un goujon, et les voilà parties.

— Comment voyagent-elles ?

— Pour la plupart du temps par Douvres à Ostende. Quelquefois la maîtresse de maison vient les chercher à Douvres. Elle les surveille bien une fois qu’elle les a en son pouvoir.

— Quelles sont les difficultés dans la pratique du commerce ?

— 1° La possibilité qu’une femme de service ou une Anglaise, à bord du steamer d’Ostende, entre en conversation avec les filles et leur donne l’éveil quant à l’endroit où on les mène. Si les jeunes filles apprenaient cela à bord, le consignataire prendrait peur et le lot n’arriverait jamais à destination ;

2° Lorsqu’elles sont débarquées sans incident et sans que leurs soupçons aient été éveillés, il y a à craindre quelles ne s’alarment après avoir mis pied à terre, et alors elles peuvent nous eau ser de grands ennuis en se mettant en rapport avec la police. La police belge prendrait toujours le parti des jeunes filles ; mais, voilà, la police belge ne parle pas anglais et les jeunes filles ne parlent pas français. Généralement, c’est la

maîtresse de la maison qui fait l’interprète ; elle s’arrange de laçon â s’en tirer à son avantage.

3° Après avoir été livrées à destination, les filles peuvent être retirées si un ami a recours au procureur du roi. Les consuls anglais ne sont pas très bons, mais le procureur du roi est tenu, suivant la loi, de délivrer toute fille anglaise, détenue malgré elle dans un lupanar, même lorsqu’elle n’a pas payé ses dettes...

— Alors, pourquoi ces jeunes filles restent-elles ?

— Il ne leur est pas facile de sommer le procureur du roi, et puis, lorsque par hasard cela arrive, il est si facile de tromper une jeune fille, de la griser ou de lui enlever d'une autre façon le moyen d’échapper. Quelquofois les jeunes filles se plaignent très amèrement, surtout lors de la visite du médecin chirurgien. Les filles anglaises n’aiment pas cela, et il y a eu des cas où elles ont résisté violemment. Vous savez qu’en Angleterre les filles ont tant de liberté. La Belgique n’est pas aussi libre que l’Angleterre, mais elle est meilleure que la France. Dans les lupanars de province, en France, il y a très peu de liberté. Des Allés y sont changées constamment.

Quelquefois une Aile fait trois ou quatre maisons en une année.

*=-, Quels sont les principaux exportateurs actuels ?

-F.., est allé à Liverpool, un champ fertile pour cueillir des filles. Ma femme est à Manchester, Alfred « les Belles dents ? et unedemL douzaine d’autres sont à Londres, K..., P..., G,.,, G... et R..des Belges, sont tous dans ce commerce. L’exportation de petites filles de treize ou quatorze ans pour les lupanars du continent se trouve principalement entre les mains d’une certaine Kate. Je ne sais pas qui fournit l§s enfants de huit et neuf ans. La plupart de ces agents placeraient n’importe quelle petite fille qu’on! eur confierait dans un lupanar étranger; mais moi, non, pas pour mille livres t Si vous voulez arrêter ce trafic, placez une personne de confiance à bord des steamers et ayez quelqu’un qui veille à ce que le procureur du Roi fasse SOU devoir, Cela couperait le trafic dans ses racines en tant qu’il concerne les filles rayiqs malgré elles,

UNE ENTREVUE AVEC UN « LOT » EXPEDIE gUR BORDEAUX.

Ce qui suit est l’histoire d’une femme qui, non pour un motif d’ordre supérieur, mais seulement pousséepar le sort contraires été condamnée à séjourner pendant trois ans et neuf mois dans un lupanar étranger.

Cette personne avait passé près de quatre ans dans une maison mal famjée à Bordeaux, dans laquelle elle avait été placée par une canaille de Grec qui, dans le temps, tenait un magasin de tabac dans une des rues qui avoisinent Regent Street et qui l’avait emmenée de Londres, elle et trois autres filles, sur la promesse qu’il leur trouverait de bonnes places, soit comme filles de comptoir, soit dans des familles riches. Son histoire, qui a été confirmée su? beaucoup de points par son mari qu’elle est venue rejoins dre après un séjour prolongé dans le midi de la France, est tout à fait typique quant à la façon dont se pratique la traite pour l’étranger.

« Il y a maintenant près de six ans, (dit Mme

M...), après qu’une longue maladie de mon mari eût mené notre petit avoir à deux doigts de la ruine, que je le quittai pour chercher à gagner ma vie.

« Une de mes amies une jeune fille anglaise, ayant un emploi honorable, me dit qu’un certain Grec, dont elle indiqua l’adresse, désirait l’emmener, elle et trois autres jeunes filles, à Bordeaux, où il pourrait leur procurer des emplois superbes dès leur arrivée.

« J’étais malheureuse par suite de querelles avec mon mari, et je saisis l’idée d’aller avec elle à Bordeaux, comme un moyen d’échapper aux relations et aux. ennuis dont j’avais tant souffert à Londres. Je vis le Grec; il me persuada qu’il était parfaitement à même de remplir sa promesse et de me placer dans un bon emploi si je voulais seulement me fier à lui.

« Imprudemment — car les pénibles expériences que j’avais faites ne m’avaient pas donné la sagesse — je consentis à partir avec mon amie et deux autres. Voici nos noms.-: Mary Hamon, âgée de vingt ans ; Rosina Marks, dont je ne me rappelle pas l’âge ; Anna Giffard, une couturière, âgée de vingt cinq ans et moi-méme Amélie M... Mais je partis sous le nom d’Amélie Powell. Nous fûmes toutes amenées à St-

Katharine’s Dock et embarquées à bord d’un steamer à destination de Bordeaux.

; « Nous quittâmes Londres un jeudi soir, au,

mois de février ou mars 1879, et nous arrivâmes à Bordeaux le dimanche, vers sept heures du soir. Du steamer nous fûmes, sans nous douter de rien, menées directement à la maison de Mme ..., 38, rue ..., que nous prenions pour un hôtel ou pour la maison de l’amie à laquelle le Grec devait nous présenter. Quoi qu’il en soit, la maîtresse de la m aison fut très aimable et nous fûmes convaincus que le Grec était homme de parole.

« Cependant, le lundi, un réveil cruel nous attendait : nos robes avaient été enlevées et nous fûmes affublées, de robes en soie et d’autres colifichets. Mais auparavant nous avions été amenées chez le médecin. Cela nous alarmait et nous protestâmes ; mais malheureusement nous ne savions pas parler français et le docteur ne savait presque pasun mot d’anglais. Que pouvionsnous faire ? Nous étions seulesen pays étranger ; l’homme qui nous avait amenées avait disparu. Nous étions absolument à la merci des maîtres de la maison.

« Après la visite, la patronne nous donna les belles robes dont je viens de vous parler et insista, après nous avoir fait boire du champagne.

pour que cette nuit même nous vissions des messieurs. Je protestai et déclarai que j’allais m’en aller.

— Vous ne pouvez pas, dit la patronne, car vous me devez dix-huit cents francs.

— Comment cela, il n’y a pas deux jours que je suis dans la maison ?

— Oh ! vous oubliez, dit-elle, que vous devez payer la commission pour avoir été amenée ici et le prix de la robe de soie que vous avez sur vous.

« J’appris plus tard que cela se passait généralement ainsi. Les jeunes filles sont amenées d’Angleterre dans la croyance qu’elles vont prendre un emploi agréable et puis elles sont livrées à une de ces maisons à tant de livres par tète. Ces prix d’achat ou cette commission, qui varie entre 10 £ et plus, est portée par la maîtresse de la maison au débit de la fille. Mais cela n’est pas le pis. Elles vous affublent de robes ri • ches qu’elles vous contraignent à mettre, et puis vous débitent du double de la valeur, en faisant monter ainsi la dette à environ 1.800 francs.

« On me dit qu’il fallait être gentille et faire Selon leur désir ; que bientôt je gagnerais assez d’argent pour aller retrouver mon mari, mais que, dans le cas contraire, je ne le reverrais jaïnais.

« Je vous ferai remarquer que j’avais dit au médecin que j’étais une femme mariée. »

— Où est donc votre mari ? dit-il.

« Et, sans plus de façons, il procéda à la visite. « Je fus quelque temps avant de pouvoir me faire à l’idée de recevoir des messieurs ; mais ce qui me pesait, c’est que, si je n’y consentais pas, je ne gagnerais jamais assez d’argent pour payer mes dettes et pour retourner à Londres.

« Donc, pour réunir les fonds, je me soumis, et comme alors j’étais jeune et attrayante je gagnai mon argent en moins de six mois.

« Par exemple, vous ne voyez en réalité rien de cet argent. Il est porté à votre crédit sur les livres de l’établissement. En théorie, une fois votre dette payée par votre travail, vous êtes libre de partir ; mais la patronne a bien soin de vous empêcher d’éteindre jamais votre dette (1).

« Lorsque les comptes indiquent que vous ne devez plus que quatre ou cinq cents francs la patronne s’efforce de vous amener par duperies, cajoleries ou fraude manifeste à accepter d’autres effets d’habillements. Ainsi vous continuez d’un mois à l’autre. »

— Combien de temps êtes-vous restée là ?

— Trois ans et neuf mois.

protégés par l'administration française.

— Et pourquoi, au nom du ciel, ne correspondiez-vous avec votre mari ?

— On ne nous permettait jamais d’envoyer de lettres au dehors. On permettait de recevoir des lettres après qu’elles avaient été lues par la maîtresse, mais jamais on ne permettait de répondre.

c Quelquefois nous cherchions à envoyer des messages par l’entremise des matelots anglais qui avaient l’habitude de venir nous voir, mais jamais nous ne reçûmes de réponse.

« Il y avait dix-sept jeunes filles dans la maison, qui était très grande, et l’entrée était de trois francs. Notre maison était de second ordre et se distinguait des maisons de basse classe, où l’entrée était de un franc et de la maison élégante de la rue..., où l’entrée coûte dix francs et où il n’y a que quatre filles.

Pendant que j’y étais, une fille anglaise, nommée S..., que l’on disait être la fille d’un fabricant de voitures d’Edgware Road, mourut. Sur le livre figurait une certaine somme comme étant due par elle à la maison, et, quand un de ses frères vint de Londres pour ramener le corps au pays pour le faire enterrer, la patronne refusa de le livrer, à moins que la dette ne fût payée d’abord.

«Elle avait été amenée d’Angleterre en Espagne, et puis avait ôté vendue ou échangée par la

maison d’Espagne pour celle de Bordeaux où elle est morte. Une des filles Anglaises qui étaiént venues avec moi, — Mary Hanson, — fut vendue pour l’Amérique du Sud. Si je dis vendue, je veux dire par là qu’un agent, qui venait chercher des filles, s’arrangea pour payer ses dettes et l’emmena avec lui au Nouveau Monde. Elle y consentit, comme les filles font toujours lorsqu’elles ont été longtemps dans la même maison sans avoir l’espoir de payer leurs dettes, car ceux qui désirent les emmener font valoir les promesses que, dans leur nouvelle place, elles seront beaucoup plus tôt à môme d’acheter leur liberté.

— Connaissez-vous des filles qui aient jamais racheté leur liberté ?

— Non. Noüs essayons toujours et toujours mais nous n’y parvenons jamais, môme lorsque nous avons gagné de l’argent plus que suffisamment pour payer tout ce que l’on a jamais payé pour nous, car les patronnes emploient toutes sortes d’artifices, comme je vous l’ai expliqué, pour nous garder en leur pouvoir. La boisson est un agent puissant, et aussi on s’en sert fréquemment.

— Combien de filles anglaises y avait-il dans la maison de Mme... ?

— Deux ; mais nous nous rencontrions souvent avec d’autres, qui étaient dans d’autres 10*

maisons de là ville, àlautsiïe, quand iiOüs allions Voir le docteur officiel dans la rue Graffe, les mardis, jeudis et samedis. Mary Hanson vint nous faire ses adieux avant de partir pour l’A* mériqUe du Sud.

— Est-ce qu’elle n’aurait fias pu s’échapper à l’occasion de cette visite ?

Elle n’était paë seule, On ne nous permettait jamais de sortir, sinon ên compagnie delà patronne.

** Comment se fait-il alors que vous vôus soyez libérée?

—- Un monsieur de TouloüSé eut un caprice pour moi ; il paya toutes mes dettes et me donna de l’argentpour payer mon passage pour,Londres. Autrement, j'y serais encore aujourd’hui,

-*■ Quelle est la fille anglaise que vous avez laissée dans la maison ?

— La pauvre Rosina Marks, qui pleurait amèrement lorsque je partis. « Que tu es heureuse, « Amélie, dit-elië ; quant moi, je ne serai jamais < à même dé payer mes dettes et je mourrai ici. »

“ Est-ce que Rosiha y est encore ?

— Autant que je sache ; mais naturellement on fie iui permet jamais d’écrire, et tout cè que je sais, c’est qu’elle y était il y a deux ans et que je n’ai jamais appris qu’elle fût morte.

i Sa famille tenait un cabaret â Southampton

et son père était employé a Squire, près de cette ville.

« Rosina est une fille très timide, et Madame avait l’habitude de la malmener atrocement. J’ai souvent désiré qu’on pût faire quelque chose pour la libérer, mais il me semble qu’il n’y a pas de chance pour cela.

« Quelqu’un devrait faire quelque chose pour la pauvre Rosina, si elle vit encore et si elle est toujours à Bordeaux. Mais qui sait ? Elle est peut-être morte ou été vendue pour l'Espagne ou ailleurs, ou bien comme tant d’autres, elle aura noyé sa raison et son intelligence dans la boisson. Il y en a des masses qui suivent ce chemin. »

Nous tous, nous entendons parler de temps en temps de la disparition mystérieuse de jeunes filles. Les jeunes garçons et même les hommes, beaucoup plus aventureux, ne disparaissent pas de cette façon. La conclusion est claire.

Tels ont été les cas de West Ham, le cas de là fille Hearmpen, à Folkestone, le cas de la petite fille d’une de nos correspondantes sur la côte du Sud, qui nous a écrit en nous implorant de lui dire si nous pouvons l’aider à obtenir des nouvelles de son enfant disparue. Maintenant que le silence est rompu, nousapprendrons beaucoup de cas semblables, et nous regrettons de voir qu’ils se répètent sans cesse.

La seule sauvegarde, c’est la publicité, la publicité, la publicité !

Et quiconque cherche à étouffer le cri d’alarme doit partager la culpabilité des auteurs de ces crimes, sur une portion desquels nous avons été. assez privilégiés pour jeter un peu de lumière.

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