ÉPOQUE RÉSERVÉE
C’est un crime de tuer un coq de bruyère avant le 14 août; les perdreaux sont interdits jusqu’au premier septembre, la chasse des faisans est encore plus reculée. En admettant que les femmes soient une chasse aussi agréable que celle des faisans et des perdreaux, pourquoi, dit l’auteur de l’enquête, ne fixons-nous pas une époque réservée pour les bipèdes en jupons comme pour les bipèdes emplumés?
Cette limite est, jusqu’à présent, absurdement restreinte. Dès treize ans plus un jour, une fille peut disposer d’elle librement au profit du premier venu. Un cornet de bonbons, un bon dîner, une soirée au théâtre suffisent pour qu’elle s’abandonne à cette faute irréparable. C’en est trop > aucune chance n’est laissée au gibier femelle contre le chasseur.
L’époque interdite devrait s’étendre jusqu’à ce que les filles atteignent, au moins, la maturité physique. Ce n’est pas là une question de sentiment : le poisson hors de saison n’est pas bon
à manger ; les filles, avant la puberté, ne sont pas en état d’être séduites. La loi devrait être aussi sévère pour une existence d’enfant que pour celle d’un saumon ou d’une carpe. Or, quel est l’âge de puberté pour les Anglaises ?
Le docteur Lowndes, un des médecins les plus distingués de Liverpool, disait à l’auteur de l’enquête :
Très peu de jeunes filles sont physiquement et médicalement aptœ viro si ce n’est longtemps après treize ans. Un de nos collègues traite dans un hôpital une jeune fille de dix-neuf ans, qui exerce la prostitution depuis quelque temps et qui vient seulement d’atteindre la puberté. Tous les cas de précocité anormale dont on nous parle, tels que filles mères à onze ans; etc., sont absolument exceptionnels, et je suis persuadé que la connaissance charnelle d’une fille avant la puberté est un acte de barbarie.
Cet acte n’est pas défendu par la loi ; on peut le commettre quotidiennement avecd’effroyables conséquences pour la femme. Il est, de plus, reconnu que de telles enfants sont plus aptes à répandre les maladies honteuses que les femmes faites (1). Il y a donc nécessité scientifique de prolonger jusqu’âseize ans la limite d’âge où les filles disposent légalement d’elles-mêmes.
(i) Cette assertion de l’auteur de la Pall Mail Galette est inexacte et ne soutient pas l’examen.