‹ La prostitution et la traite des blanches à Londres et à Paris... -- Dr MinimeChapitre 61 sur 76 · PROSTITUTION JUVÉNILE DANS L’EST ET DANS L’OUEST DE LONDRES · texte numérisé non relu

PROSTITUTION JUVÉNILE DANS L’EST ET DANS L’OUEST DE LONDRES

Dans l’Est de Londres, le vice est beaucoup plus « naturel s que dans l’Ouest. Parmi les nombreuses prostituées observées dans la première région par l’auteur de l’enquête, il n’y en avait guère de moins de quinze ans, et le goût de « l’extrême jeunesse » ne semble pas s’être développé dans l’agglomération de l’Est.

Dans les maisons publiques les plus fashionables, comme celles de Mme Jefferies et de Mlles B..., J..., et autres, un inconnu demandant de jeunes enfants d’àge très tendre serait regardé de travers. Ce privilège du fruit vert se réserve aux clients intimes. Dans Edgware-Road, deux propriétaires de maisons de rendez-vous eurent vertu derefuser l’entrée à une fille de quatorze ans et à son accompagnateur, mais elles se savaient spécialement surveillées.

On avait demandé, dans une des maisons élégantes de Park-Lane, si rien ne s’opposerait à l’admission d’une jeune, très jeune fille, qui de- 11*

vait venir avec un vieux « gentleman ». La réponse fut affirmative, et l’on ajouta : « Croyezvous quenous demandons l’acte de naissance de | toutes les « ladies » qui entrent chez nous ? »

Aux alentours de Regent-Street, l’auteur de l’enquête a eu toute facilité de faire entrer dans les maisons de rendez-vous, des fillettes de treize ans et plus, rencontrées dans la rue.

Les directrices ne faisaient jamais d’objections.

Ces enfants, cependant, ne sont mûres à aucun point de vue. Elles prétendent habituellement avoir quinze ans, mais n’en paraissent pas treize.

Elles vont par couples et partagent leurs bénéfices. Il est de règle que l’enfant soit accompagnée d’une amie plus âgée qu’elle. Leurs « histoires » sont presque toujours pareilles : « Elles étaient pauvres, l’ouvrage allait mal, chaque miette de pain était comptée ; elles avaient quelque amie « gaie » ; puis un « gentleman » les avait entraînées chez lui et mises à mal, avec dédommagement, etc., etc. » Beaucoup d’entre elles sont « protégées » par des vieillards, et sont initiées de bonne heure aux pires pratiques du vice raffiné.

La plupart travaillentlejour et doivent rentrer le soir à dix ou onze heures... Ppur qu’aucun doute ne subsiste quant à la réalité de ce trafic, l’auteur de l’enquête rapporte qu’une directrice

de l’une des « maisons » prèsde « RegentStreet» s’est engagée à lui fournir, à volonté, quelques heures après avis donné, une fdle au-dessous de quatorze ans.

i.’engeance corrompue.

Les chefs de Sociétés d'é"protection et de Maisons de refuge s’accordent à déclarer que les enfants, aifisi flétries avant que le sens moral ait pu se former dans leur pensée, ne peuvent presque jamais être ramenées à la chasteté si naturelle chez la femme. La stupide passion va de l’homme à la victime qui ne reconquiert jamais sa pureté d’âme. Les conséquences physiques sont souvent terribles. Voici, d’aprèsun médecin, l’histoire d’une enfant prostituée qui, à l’âge de onze ans, vivait, depuis déjà deux ans, des profits du vice dans les quartiers de l’Est, àLondres.

Emily, petite pour son âge, carrée et robuste, avec une figure agréable, d’expression mobile ; parfois l’air affreusement vieille et parfois le visage de l’enfance. Elle raconta qu’elle n’avait jamais eu un jouet et n’était allée, de sa vie, dans un jardin. Elle était gravement souffrante et fut envoyée à l’infirmerie, où elle resta six semaines. Elle en sortit grasse et bien portante, mais bizarre dans ses manières, l’esprit déplorablement corrompu par la vie qu’elle avait menée et qu’elle désirait continuer. On la surnomma « le démon-enfant », et c’était le nom qui lui convenait. A la moindre offense

die criait comme si on la meurtrissait, alors que personne ne la touchait. Nul ne parvenait à la calmer. Quand c’était possible, elle s’écartait de tout le monde et se couchait près d’un plant de résédas, cachant sa tête dans les fleurs et redevenait calme.

« Une bonne excuse pour la paresse et la méchanceté», dira-t-on ; mais je la vis se comporter ainsi une douzaine de fois et je donnai des instructions pour qu’on ne l’empêchât pas d’aller dans le jardin. Un jour, je la vis, pleurant et criant comme d’habitude et courant jusque dans le clos. Elle s’assit sous un pommier et s’enfouit le visage dans l’herbe ; ses vociférations se changeaient alors en sanglots et en cris sourds, puis elle redevint d’un calme parfait. Je m’approchai d’elle et lui dis: « Pourquoi vous réfugiez-vous dans ce coin, petite ? Est-ce que le réséda vous fait du bien et vous guérit d’être méchante ? — « C’est le diable qui me fait si mauvaise, répondit-elle, et je crois que la bonne odeur le fait s’en aller. » Et sa tête s’abaissa de nouveau.

Il est étrange que le parfum des résédas pût calmer les nerfs harassés du « Démon-Enfant » qui, jusque-là sans doute, n’avait jamais respiré le parfum d’une fleur.

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