COMMENT LA. LOI ANGLAISE FACILITE LE RAPT
On dit souvent que les parents doivent euxmêmes veiller au danger couru par de telles enfants ; mais on oublie ce disant que la loi favorise les ravisseurs. Supposez qu’une enfant de treize ans, prise d’un transport sensuel ou alléchée par les cadeaux d’uneprocureuse, franchisse le vestibule d’une maison publique. Que fera le père ou la mère ? La directrice de la maison n’a qu’à tenir sa porte fermée. Si cette femme lui avait volé le moindre objet, le père pourrait obtenir un mandat de recherche pour vol, mais il ne s’agit que de sa fille et il reste impuissant. Le recours à la loi de 1’ « Habeas Corpus » entraîne de trop longues complications et coûterait trop de frais. Cette législation spéciale n’est pas à l’usage du pauvre. Le séducteur d’un « boy » consultait récemment un avocat sur les mesures à prendre pour empêcher un père de reprendre possession de son dis. La réponse fut ^Empêchez le père d’entrer ; vous garderez le fils jusqu’à ce que Y Habeas Corpus ait été obtenu ;cela
ne se peut qu’après vingt-quatre heures et coûtera, à l’issue de l’instruction, 30 à 50 livres sterling. »
I ' A quoi serviraient ces mesures dilatoires, même gratis , alors qu’une fdle peut être impunément flétrie en dix minutes ?
Voici un autre cas : -
En août dernier, à Hall, un individu avait pris la direction d’une « maison » d’enfants connue dans la localité sous le nom de « l’Ecole d’enfanls » ; il n’avait pas racolé moins de quatorze enfants, la plus âgée de quinze ans,’la plupart n’ayant que douze ans. Les mères voulurent ravoir leurs enfants ; elles furent repoussées leplus brutalement possible par l’individu et n’obtinrent même pas de voir leurs filles. Par chance, le misérable avait vendu des boissons sans «licence ». La police fit irruption chez lui et le fit condamner pour ce dernier délit et non parce qu’il avait volé des enfants. D’après la loi, l’enlèvement n’est pas un crime, à moins que la fille ne soit sous la garde de son père au moment du rapt.
Le compte rendu suivant d’un procès devant le tribunal de police de Hammersmith montre combien il est facile à un homme de séduire impunément une mineure :
Walter Franklin, domicilié dans North-Avenue, Fulham, était assigné pour avoir abusé illégalement d’Annie Summers, fille non mariée de moins de seize ans, détournée de l’autorité de son patron, et contre le gré de son père. M. Grégory déclara qu’il se présentait au
nom de la Société de protection des jeunes filles pour soutenir l’accusation.
La fille, qui était âgée de quatorze ans, était en service et rencontra l’accusé pendant qu’elle se rendait chez son père. 11 l’invita à le suivre chez lui, où il la retint toute la nuit et la renvoya le lendemain matin. Elle fut trouvée par son père à Chelsea. Le magistrat, s’en rapportant à un procès précédent du même genre, estima qu’aucune charge n’était établie, puisque l’enfant n’était pas sous la garde de son père. Dansle procès auquel il était fait allusion, il s’agissait d’une fille qui venait de quitter son père pour se rendre chez sa patronne. M. Grégory : « Vous croyez dès lors qu’elle n’était sous la garde d’aucun des deux? » Le magistrat répondit affirmativement à cette question, et l’accusation fut abandonnée.