‹ La prostitution et la traite des blanches à Londres et à Paris... -- Dr MinimeChapitre 64 sur 76 · LES FILLES COMPLICES. — LEURS STRATAGÈMES · texte numérisé non relu

LES FILLES COMPLICES. — LEURS STRATAGÈMES

Les Irlandaises ne sont pas la seule proie des procureuses.

Des Anglaises et des Ecossaises sont embauchées avec tout autant de facilité. Il y ades filles employées comme complices sur tous les parcours fréquentés. Ces agents femelles des procureuses se rencontrent à presque toutes les gares. Les enfants allant et venant pour l’école quotidienne ou les classes du dimanche subissent l’examen attentif de ces rôdeuses. On les surveille et on guette le moment venu de les entraîner.

|f Nombre de petites filles respectables de la classe moyenne sont souvent accostées, pendant qu’elles regardent les étalages des magasins, par des « ladies » bien habillées et belles parleuses qui leur offrent un objet à leur gré, afin de gagner leur confiance et de les entraîner. Une jolie fillette de quatorze ans, dans « Brompton-Road » reçut ainsi « d’une jolie petite dame » la promesse de chevaucher tant qu’il lui plairait sur le poney

bien tranquille de cette dame, si seulement elle voulait l’accompagner. Cespièges se tendent avec lenteur et prudence ; ils assurent de gros profits avec peu de danger. De 3,000 cas d’entraînement recueillis par l’enquête, 30 p. 100 ont été l’œuvre de filles complices.

Lorsque l’enfant a été prise au piège, elle a honte de retourner chez elle, et quand elle le désirerait on use de toutes les mesures pour la retenir dans les filets. On retrouverait, d’ailleurs, plus facilement une aiguille dans une botte de foin qu’une fille parmi les 4 millions d’habitants de Londres.

Il y a six ans une vieille procureuse enleva la fille d’un missionnaire de la cité. L’enfant disparut pendant six semaines ; la police fut mise sur pied, on distribua des annonces, tout fut tenté en pure perte. La mère en devint presque folle et tout espoir semblait perdu quand 1 enfant arriva certain jour dans un refuge. On découvrit, alors, qu’elle n’avait jamais quitté Londres, que pendant un temps elle avait été au « Workhouse » et qu’elle n’avait jamais essayé de se mettre à l’abri des recherches. Elle était simplement perdue dans le labyrinthe de Babylone.

LES CAMPAGNARDES ENJOLEES.

Les filles de la campagne sont une proie irrésistible. L’époque où les jeunes filles des environs viennent à Londres ponr chercher une place la grande battue est ouverte par les procureuses.Les choses en sont à tel pointque lorsqu’une affiliée de la « Société amicale des filles » (1) arrive à Londres pour chercher une place, la société juge indispensable d’envoyer quelqu’un au devant d’elle pour empêcher qu’elle tombe aux mains de ces misérables. Lorsqu’il s’agit de demoiselles anglaises, la procureuse adopte souvent le costume de diaconesse au lieu de celui de sœur de charité. Lorsqu’elles échappent dans la gare, elles sont souvent attrapées dans la rue. Le chapelain de la prison de Westminster raconte le fait suivant :

• Une villageoise arriva parle Northern Railway à King’s Cross. Elle laissa son bagage au dépôt et, comme des milliers de gens l’ont fait avant elle, elle sortit de la gare pour voir l’aspect de Londres. Fatiguée, après un certain temps, et pressée par la faim elle défi) Société de bienfaisance et de secours mutuels;

manda à une dame d’apparence respectable où elle pourrait trouver quelque chose à manger. Cette dame l’emmena dans un restaurant où un repas fut servi. Les boissons étaient évidemment droguées, car la tille ne se souvint plus de rien pendant plusieurs heures, jusqu’à ce qu’elle revînt à elle dans un poste de police. Gn l’avait ramassée ivre dans la rue. Elle s’aperçut alors que sa bourse avait été dérobée, ses billets de bagages enlevés, ainsi que la plus grande partie de ses vêtements de dessous ; elle avait de plus de douloureuses écorchures aux jambes. Apparemment dérangés avant d’avoir pu commettre les derniers outrages, les bandits l’avaient recouverte à la hâte de sa robe et l’avaient déposée dans la rue où les policemen l’avaient retrouvée encore évanouie. Au dépôt des bagages on ne put préciser l’individu qui avait présenté ie3 tickets : on n’en trouva jamais trace. Cette fille, grâce à un accident fortuit, ne fut pas déshonorée jusqu’au bout. D’autres, moins heureuses, peuplent aujourd’hui les rues après une aventure analogue.

Voici un autre cas dont l’authenticité est assurée par une dame de charité de Pimlico :

Une jeune fille de seize ou dix-sept ans arrivait de la campagne pour rendre visite à son oncle, un riche commerçant. Elle veillait à ses bagages à la station lorsqu’une femme, l’appelant par son nom, lui demanda où elle allait. « Chez mon oncle,qui demeure-à... ». La femme répliqua : « J’ai été envoyée pour vous prendre.» Elle plaça la demoiselle dans un cab et l’emmena dans une maison de prostitution, d’où l’on ne put*l’enlevor de longtemps. La femme avait lu le nom sur l’adresge de la malle.

Ces ignobles pratiques ne sont nullement la spécialité exclusive de Londres. Voici un récit dont on a les moyens de prouver l’absolue exactitude :

Une jeune lady s’adressait à un directeur de salle de concert en province pour un engagement, et comme la photographie représentait une très jolie personne d’environ dix-huit printemps, on envoya une réponse favorable, et un logement respectable (?) fut procuré à la demoiselle. Le directeur la laissa chanter un soir; mais, avant que la seconde nuit fût passée, il l’avait droguée, f^ée et lui avait communiqué une ignoble maladie. Le narrateur de cette aventure rencontra la malheureuse littéralement gangrenée sur un tas de paille, dans un hangar, où l’imprésario la laissait mourir de faim. On désespéra d’abord de la guérir, mais elle eut la vie sauve au prix de sa beauté disparue et de sa vue presque entièrement détruite.

M. Fairbairn, un ecclésiastique, dit dans un rapport daté de 1883 sur la situation sociale â Edimbourg :

Certaines « maisons qui sont nominalement des hôtels de tempérance »(l)sont, en réalité, des maisons publiques. (Elles prennent le nom d’hôtels de tempérance parce qu’elles sont ainsi ouvertes au public et évitent en même temps la surveillance de la police quoique dispensées de payer patente). Dans ces maisons, où les filles sont enrôlées comme servantes, elles sont (i) On désigne sous le nom de <c Tempérance hôtels » ceux dans lesquels on ne débite aucune boisson spiritueuse.

enivrées et narcotisées, puis elles sont séduites ou poussées à la prostitution. Deux « directrices » seulement furent condamnées à la prison pour ces sortes de crimes. Dans une célèbre maison publique deLiverpool, des jeunes filles de la campagne sont souvent enjôlées. On s’attaque de préférence aux excursionnistes et aux voyageuses de trains de plaisir à bon marché.

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