UN MINOTAURE DE LONDRES
« De même, dit l’auteur de l’enquête que dans le labyrinthe de Crète, il y avait un monstre | connu pour être le Minotaure dévorant les vier- J ges qui étaient abandonnées dans les détours de l’édifice maudit, de même il existe à Londres au moins un monstre qui peut être considéré com- ; me l’incarnation absolue de la luxure brutale. » \
Le tyran du labyrinthe de Crète ne dévorait que ■ | son butin de sept vierges et d’autant de jeunes 'M
garçons tous les neuf ans. « Ici, à Londres, ha- | billé d’un vêtement aussi ample, d’un linge aussi ’ fin, revêtu de dehors aussi respectables que ceux de n’importe quel évêque, sans aucune ignoble enveloppe ou figure de bête immonde pourledistinguer du reste de ses égaux, il y a le Docteur”*, maintenant retiré de sa. profession, qui s’est donné la liberté de consacrer ses loisirs et sa fortune à la corruption des vierges.
C’est là ce « gentleman », ajoute l’auteur de l’enquête, ? dont le nombre de vierges, demandé à ses procureuses, . ' est de trois par quinzaine — toutes biles qui n’aient
pas été séduites encore. Mais sa passion dévastatrice tombe à l’insignifiance en comparaison de M.***, un autre richard dont la vie entière est consacrée à satisfaire la dépravation. Durant mes investigation dans ce cercle infernal, son nom résonnait sans cesse à mes oreilles. Telle procureuse avait trouvé des filles pour —, telle femme faisait la chasse aux vierges pour—, telle fille attendait —, telle maison était le repaire si* gnalé de — Je retrouvais partout ses traces et je commençais à faire relativement à cette redoutable personnalité des recherches dans le monde mystérieux des surnaturels. J’obtins bientôt la preuve qu’il existait réellement, ce moderne Minotaure, ce Tibère anglais dont la Caprée est à Londres.
Mon rôle, dans la commission d’enquête, n’est pas de vouer directement des individus à l’exécration populaire et le nom ou l’adresse de cette créature ne paraîtra pas dans ces colonnes. Mais le fait de son existence doit être retenu comme une éclatante démonstration de tout le pouvoir donné à l’homme riche de flétrir non seulement des centaines, mais des milliers de pauvres femmes.
M... se vante actuellement d’avoir corrompu 2,000 femmes ! 11 n’a j’amais eu affaire aux filles régulièrement prostituées dans les rues, mais il payait largement pour avoir des actrices, des demoiselles de magasin et autres personnes de ce genre. Chez lui, tous les actes sont subordonnés à ce suprême emploi de sa vie. Il a payé ses victimes, sans doute — il ne donne jamais moins de cinq livres sterling à une fille — mais la question est de savoir si la prodigue dépense de 3.00J ;T 5,000 livres pour acheter le consentement de jeunes filles vierges à leur propre déshonneur n’est pas une for-
midable aggravation du mal qu’il lui a été permis, on no sait pour quel but mystérieux, d’infliger à sa race.
La plus aveugle incrédulité doit admettre que nous avons dans ce « gentleman » anglais un Minotaure étrangement plus hideux que celui que vainquit Thésée et qu’Ovide a chanté dans ses fables.