‹ La prostitution et la traite des blanches à Londres et à Paris... -- Dr MinimeChapitre 70 sur 76 · I.A POLICE EST AU COURANT DES CRIMES ET DES VIOLS · texte numérisé non relu

I.A POLICE EST AU COURANT DES CRIMES ET DES VIOLS

Cet argument n’a aucune valeur, encore qu’on l’emploie couramment.

— Ces horreurs n’existent pas ; autrement, il y a longtemps que la police sérait prévenue.

Eh bien ! la police les connaît depuis longtemps et cependant ne peut rien faire pour les empêcher.

Voici un fait, à notre connaissance, dont nous nous portons garant.

Dans le public, généralement on élève des doutes sur l’existence de la maison de Mmes X.. et Z..., procureuses de vierges. Que répondra-ton quand je dirai que, bien loin de s’étre retirées des affaires après les révélations qui font frémir Londres en ce moment, et précisément à l’heure où nos vendeurs criaient la Pall Mail Gazette dans les rues de Londres, ces braves dames faisaient la livraison de deux jeunes vierges et étaient en pourparlers pour en expédier une autre à une maison de l’étranger ?

Eh bien, la police se doute-t-clle des transactions d’hier ? Si elle n’en sait rien après ce que nous avons dit, que devient l’argument qui prétend que les faits n’existent pas parce que la police aurait découvert depuis longtemps ces infamies si elles avalent été vraies ?

LA POLICE ET LA COMMISSION DE LA Pdll Mail.

On m’a souvent demandé, au cours des investigations de notre Commission secrète, qui ont duré six semaines,si jamais la police avaitinquiété un des membres de cette Commission, ou avait essayé d’entraver ces transactions, criminelles en apparence. Non, jamais nous ti’avons éprolivé le plus petit désagrément et la police ne' s’est jamais montrée. Nous avons fait des contrats qui ont été exécutés ; des jeunes filles ont été examinées et envoyées à destination ; des arrangements ont été conclus, analogues presque detous points à ceux qui étaient destines à la perpétration de ces crimes qui soulèvent l’horreur et l’indignation : la police n’a pas bougé.

La seule fois que les membres du comité ont eu affaire avec les officiers du Département des enquêtes criminelles, nous avons pu juger avec quelle facilité un instrument destiné à la protection de l’innocence peut être transformé en Une

arme facile à manier entre les mains de ceux qui ne cherchent que le mal.

Un de nos agents nous apprit qu’une petite Allemande, faible de complexion, d’environ seize ans, amenée récemment de Cologne, par une agence véreuse, avait été jetée dans la rue. On racontait qu’un misérable l’avait saisie dans ses griffes et vivait du profit qu’il en retirait. Elle était, disait-on,épouvantée de la nécéssité qui la forçait à mener une pareille existence, et immédiatement, on résolut de tout faire pouf la tirer des mains du monstre qui l’avait emportée dans le seul but de l’exploiter.

Une entremetteuse française, qui demeure dans une des cours situées aux environs de Leicester- Square, consentit à attirer la petite Allemande 4 un rendez-vous que je lui donnai— sous un prétexte immoral, bien entendu—autrement si nous avions laissé découvrir notre intention, nous n’aurions jamais pu rencontrer la petite fille.

Juste 4 l’heure indiquée, la petite fille arrivait au rendez-vous. Mais, comme il était impossible d’essayer de la sauver sous les yeux de la procureuse, je trouvai une excuse et l’emmenai au restaurant voisin. La malheureuse enfant, qui ne parlait que l’allemand, me raconta une histoire lamentable. Elle était seule au monde, sans le sou, 4 Londres ; elle était poitrinaire et n’avait

pas deux mois à vivre. Elle me raconta qu’elle était restée trois grands jours sans logement et sans nourriture avant de'succomber, et son histoire me fit faire de nouveaux efforts pour la sauver.

Du restaurant, je la conduisis dans un endroit près du Strand, où j’attendis l’arrivée d’une excellente dame suisse qui devait placer la petite fille dans un milieu convenable, si elle y consentait. Mais l’enfant refusa de suivre la dame ce jour-là. Elle reviendrait le lendemain ; elle apporterait sa malle le samedi ; il lui fallait rentrer parce qu’elle devait payer son loyer. Je lui remis la livre convenue et la laissai partir.

Il parait que l’enfant raconta ce qui lui était arrivé, car le misérable qui tenait la maisqn résolut de s’opposera nos projets. Que fit-il ? Il s’adressa à la police et nous dénonça comme voulant attenter à la vertu, à la liberté et même à la vie d’une « petite Anglaise innocente > — qui, en réalité, était une petite prostituée allemande faisant lé trottoir dans le Strand.

La nuit suivante, quand deux membres de notre commission seprésentèrentaü rendez-vous, ils trouvèrent un détective, — et voici ce qui se passa :

Le détective s’assit dans la chambre et se plaça devant mon ami, qui lui demanda :

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— Qui êtes-vous ?

Pour toute réponse, il , 'montra une carte semblable à un billet d’abonnement de chemin de fer portant son nom.

Je suis le sergent détective X...,de la...

division. On m’a envoyé pour examiner l’affaire.

Et il tira de sa poche un rouleau de papier écolier très mince composé de six ou sept feuilles volantes.

On le pria de dire ce qu’il demandait et il se mit à lire son papier bleu en s’adressant à mon ami, qui était assis sur le sofa.

Voici un aperçu de cette lecture.

Il nous informa qu’un vieux gentleman était venu dans cette maison passer un contrat pour acheter une petite fille. On était convenu qu’une jeune Anglaise jouerait lacomédie de l’innocence.

Une jeune Anglaise? fit mon ami; vous savez fort bien que c’est une petite Allemande, qui fait le trottoir dans le Strand.

=* C’est bon, dit il. La petite Allemande et le vieux gentleman se sont rencontrés. Après une courte conversation, le vieux a paru satisfait, et il a été tellement content de l’affaire, qu’il a emmené la petite dîner avec lui au restaurant Gatti. Après avoir dîné avec elle, il l’a conduite dans une maison située dans une rue qui donne sur le Strand. Là,nn l’a fait monter à l’étage supérieur

où elle a rencontré un autre homme. Les deux hommes l’ont engagée à accepter une situation, lui ont offert du café empoisonné et des gâteaux — qu’elle a refusés du reste — et ont causé longtemps avec elle, lui proposant toujours de quitter Londres.

Une femme s’est présentée alors, déguisée en sœur de charité ; elle a parlé à la petite fille, lui a remis une Bible, que l’enfant a déchirée en morceaux, et elle a fait tout son possible pour lui faire accepter les propositions des deux messieurs. Mais tout a été inutile — la petite fille avait deviné les intentions de la femme déguisée en sœur. On l’a laissée partir, après lui avoir donné des bonbons pour sa peine,

Le sergent termina là sa lecture — et il se mit à interroger mon ami.

— Vous n’avez pas besoin de vous compromettre en répondant à mes questions. Dites-moi seulement ce que vous savez. Que vouliez-vous faire de cette petite fille ? Pourquoi vouliez-vous l’emmener d’ici ?

Je songeai qu’il valait mieux ne rien dire atl détective et je refusai absolument de donner aucun renseignement à la police 4

— Voulez-vous nous permettre de nous con*

sulter en particulier pendant cinq minutes ? lui demandai-je. /

— Certainement. Je me retire.

Nous convînmes de donner mon nom avec une adresse où on pouvait me trouver.

Le sergent parut surpris : mon nom n’était pas dans son procès-verbal.

. — Voici mon nom et mon adresse. Nous refusons de rien dire. Mon ami refuse de donner son nom ou son adresse. Maintenant qu’allez-vous faire? Arrétez-noussi vous voulez, — c’est ce que nous demandons.

— En voilà assez. Vous ne voulez pas me donner d’autres renseignements ?

— Non.

Après avoir pris le nom et l’adresse, le sergent X... se retira, évidemment persuadé qu’il avait eu affairé à deux misérables. Je ne le blâme pas; je ferai même l’éloge de sa politesse, car nous avions tout fait pour lasser sa patience. Je lui laissai le tempsde sortir et le suivis pourvoir s’il se laisserait acheter. Il s’était arrêté pour causer avec la bonne :

— Est-ce que vous allez faire votre rapport à M. Dunlop? lui dis je.

— Cela ne vous regarde pas. Je ne regrette qu’une chose, c’est de ne pas pouvoir vous présenter à lui cette nuit,dans son caractère officiel.

— J’ai déjà eu le plaisir de faire connaissance avec M. le surintendant.

1 — Vraiment ! voyez-vous ça !

— Puis-je vous accompagner un petit bout de chemin ?

— Comme il vous plaira. Allez-vous me dire ce que votre ami voulait faire de cette petite fille ?

— Certainement non. Devinez-le vous-même.

Mais supposons que je vous accompagne et vous offre dix livres pour ne rien dire.

— Allons ! ne jouons pas ce jeu-là, s’il vous piait. Vous vous êtes trompé, je ne suis pas votre homme.

Et le sergent continua son chemin.

Depuis lors nous n’avons jamais entendu parler de l’affaire, et c’est avec un vif plaisir que nous déclarons la conduite du détective parfaite de tout point.

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