INFLUENCE DES BUREAUX DE PLACEMENT
Quand un homme tue un mouton pour avoir sa toison, c’est déjà un mal suffisant; mais que dire quand on n’égorge l’animal que pour avoir ses oreilles ? C’est cependant ce qui arrive avec les jeunes filles qui ne sont pas sacrifiées seulement pour obtenir la possession de la victime, mais bien pour faire toucher une commission à l’intermédiaire qui leur fait embrasser une position dont elles ne peuvent plus sortir qu’en menant une vie de débauche.
Il y a des agences respectables, mais les meilleures peuvent servir à des hommes sans principes et aux femmes qu’ils emploient comme agents — et il est malheureusement prouvé qu’une pareille agence ne vaut guère mieux qu’une maison de procureuse.
Quand une femme connue pour tenir une maison suspecte se met à offrir des places aux servantes, il y a des chances pour que le but soit immoral.
Une personne criminelle, sortie de prison à respiration de sa peine, serait aussi apte à dirige!' un bureau de placement qu’une ancienne maîtresse de maison publique. Quelques-uns de ces bureaux connus par leurs scandaleuses né-' gociations sont cités parmi les plus respectables. On y amène des jeunes filles de très loin, quelquefois de l’étranger, sous prétexte dé leur procurer des situations honorables qui n’existent pas.
Elles déposent une certaine somme et vivent dans des chambres fournies par l’agence jusqu’à ce que la somme déposée soit épuisée.
Elles commencent à faire des dettes, se voient saisir leurs malles comme sécurité, et quand elles ont perdu tout espoir de sortir d’embarras, l’agent qui les a amenées à Londres leur offre de les présenter à des « gentlemen » ou à des patrons qui ont toujours l’œil ouvert sur les jeunes filles respectables.
Cette semaine même, une agence de Londres qui place des gouvernantes, m’a offert un assortiment de pauvres filles, parlant français et allemand, pour y choisir une compagne de voyage intime, — trop intime, — sur le continent.
On ne cherchait pas à Cacher l’emploi réservé à la jeune fille. Elle devait être jeune, — pas plus de vingt-deux ans, —gentille, aimable, avec un
visage gracieux, et consentir à voyager seule avec un gentleman.
Le nombre des jeunes filles ainsi jetées par cétte maison sur le pavé de Londres, qui autrement auraient mené une vie tranquille en Belgique, en France, en Allemagne et en Suisse, dans leurs familles, est incalculable.
D’autres agences font le même commerce de temps en temps. Elles touchent leurs bénéfices. Cela suffit.