III. — Musulmans et chrétiens
La question musulmane n’est pas au même degré que la précédente une question de race. L’Islam renferme des éléments ethniques divers. Les Albanais par exemple, qui sont musulinans, ne S’'apparentent ni aux Arabes, ni aux Turcs ; ce sont des autochtones convertis. |
Mais, par son principe, l'Islam diffère si complètement du christianisme, que ce sont moins deux religionsau sens strict du mot, que deux conceptions de la vie, deux civilisations, qui s'affrontent. Le livre du Prophète ou « Koran » ne limite pas son objet aux rapports des hommes avec le Surnaturel; il embrasse loutes les questions sociales : c'est non seulement un « Evangile », c’est un droit public, un Code civil, réglant
1, Max Rosenfeld, Die polnische Judenfrage, p. 56 et 57. Sur les revendications des Juifs ea tant que minorités nationales, et leur influence sur l’origine des traités actuels, voir plus loin 1° partie, ch. V et VI, La genèse d'une idée nouvelle.
les différentes malières de la capacité, du mariage, des successions.
Ecrit par un conquérant, pour un peuple, appelé à la conquête du monde, le «Koran» a prévu la situation à faire aux populations infidèles soumises à la domination des Croyants. Longtemps en effet, la question musulmane ne s'est présentée que sous cette forme : Chréliens en pays musulmans.
Mais, l'Islam, arrêté dans ses progrès au xvue siècle, refoulé au xvirie a dû, au xixe, céder aux Elats chrétiens plusieurs de sesanciennes possessions : Cesont:la conquête de l’Algérie par la France en 1830; les progrès de la Russie au Caucase ; l’indépendance grecque, suivie de celle des autres populations balkaniques ; l'occupation, puis l'annexion par l'Autriche de la Bosnie et Herzégovine, le protectorat français sur la Tunisie, la conquête de la Tripolitaine par l'Italie.
A chaque recul de l'Islam, le problème se présente sous son second aspect : Musulmans en pays chrétiens. Il a fait, nous le verrons, l’objet d'un règlement international à propos de la Thessalie à la Conférence de Constantinople en 1881, avant d'être envisagé dans les traités actuels (°).
Le « Koran » divise les populations infidèles atteintes par la conquête en deux classes : les idolâtres arabes et les apostats n'ont le choix qu’entre la mort et la conversion ; les autres et spécialement ceux dont la religion est contenue dans les deux livres, Bible et Evangile, sont admis, en faisant leur soumission aux Musulmans et moyennant le paiement de tributs annuels, sous le nom de « Zimmis » et plus tard celui de «Rayahs », à conserver leur vie, leurs biens et leur religion; et dans la religion, il faut, par analogie, faire entrer le stalut personnel.
Ces principes furent appliqués, point par point, par Mahommet IT lors de la conquète de Conslantinople. Le surlende-