‹ La Protection des Minorités de Race, de Langue et de ReligionChapitre 9 sur 195 · Voir [T° partie, ch. Il, les Juifs Roumains · texte numérisé non relu

Voir [T° partie, ch. Il, les Juifs Roumains

Animé du désir d'étendre à la péninsule des Balkans lesprincipes d'égalité et de liberté religieuse qui avaient prévalæ en Occident, le Congrès fut conduit à envisager la situation des Juifs en Serbie et en Roumanie. Gortchakoîf, plénipotentiaire du tzar, s’y opposa. IL ne voyait pas d’inconvénient à ceque la liberté religieuse füt stipulée. « Mais s'il s’agit de droits civils et politiques, ajoulait-il, S. A. S. demande à ne pas confondre les Israélites de Berlin, Paris, Londres ou Vienne, auxquels on ne saurait assurément refuser aucun droit politique ou civil, avec les Juifs de la Serbie, de la Roumanie et de quelques provinces russes qui sont, à son avis, un vérilable fléau pour les populations indigènes (”). »

La lhèse de Gortchakoîf a été fréquemment reprise depuis. . par les Roumains, les Polonais et les Russes : le problème juif, a-t-on soutenu, n’est pas de même nature dans l'Europe Orientale qu’en Occident. En Occident, l'assimilation n’a été. que l'aboutissant d'un long travail de rapprochement qui Fa préparée. Arrivée à son heure, elle a entrainé une assimilation réelle. Dans l’Europe Orientale où une évolution semblable ne s’est pas produite, l'assimilation est impossible (*).

De fait, à considérer l’histoire de ces trente dernières années,

c'est bien plutôt vers une désassimilation plus complète que

1. Séance du 28 juin. Bismarck opposa à Gortchakoff l'exemple de l’assimilation des Juifs allemands depuis 1815. Gortchakoff répondit qu'en Russie, le Gouvernement avait dû, dans certaines provinces, soumettre les Juifs à un régime d'exception pour sauvegarder les autres populations.

2. « En Roumanie, écrit M. Cogilniceano (Moniteur Roumain du 20 janvier & 1870), la question des fsraélites n’est pas une question religieuse ; elle est « d’une toute autre nature ; c'est une question nationale et en même temps « économique... En Roumanie, les Juifs ne constituent pas une communauté «, religieuse séparée ; ils constituent, dans toute la force du terme, une natio— « nalité étrangère aux Roumains par l'origine, la langue, les mœurs et le senti- « ment. En Roumanie, les Israélites ne sont pas ce qu'ils sont dans les autres & pays civilisés, Français en France, Anglais en Angleterre, Italiens en ftalie, « Allemands en Allemagne, ne se distinguant que par la religion, mais d'ail- « leurs étant assimilés de tous points aux autres classes de la population, et « cela bien avant qu’ils eussent acquis ces droits qu’ils revendiquent en Rou- « manie. Gouvernement et nation, nous avons le droit de nous enquérir des- « progrès de celte nation étrangère, qui demeure au milieu de nous... »

vers une assimilation progressive que semble évoluer le problème.

Aux environs de 1890, se produit en Pologne, en Autriche, en Russie, le réveil du nationalisme juit. Des revendications nationales sont formulées : les Juifs se déclarent une nationalité, réclament une autonomie plus complète, el la reconnaissance de leur langue par l’'Eiat.

Ce mouvement patioual s’est développé depuis, encouragé et soulenu par le sionisme. La nationalité juive, qui longtemps. n'avait vécu que des souvenirs d'un passé lointain, a trouvé daus la formule de Herzl, la pensée d'avenir, quilui était néces- Saire pour rassembler ses énergies. Maintenant elle demande ses droits comme collectivité. « Les Juifs se sentent en Pologne « un groupe national et réclament leurs droits comme mino- « rité nationale », écrit dans son livre sur La Question juive en Pologne M. Rosenfeld... « La question juive doit et peut « être traitée au Congrès de la Paix dans le sens du droit des « peuples à disposer d'eux-mêmes ('). »

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