IV. — Les oBJECTIONS De L'ETAT
A mesure que l’on s'élève par une pente insensible dans cette échelle de revendications toujours croissantes, on seat l’objection prendre corps.
Les « droits de l'homme » ont été, nous l'avons vu, parfois refusés aux Juifs. Ils l'ont été, plus pour maintenir les privilèges de la population majoritaire, que par crainte d'un danger sérieux qu'ils pourraient faire courir à l'Etat.
Déjà, lorsqu'ils ont pour conséquence l'introduction de la langue minoritaire dans la justice et l'administration, ils compliquent le fonctionnement des rouages des orgauvs
publics. Dans le cas où les minorités conservent leur langue, cette complication, de transitoire qu’elle pourrait être, devient définitive ; des tribunaux et de l'administration, elle pénètre dans l’école.
Mais, si l’on rétablit la langue dans sa vraie signification, si l’on y voit, avec la minorité, le facteur d’une unité morale, le nœud d’une vie collective, le problème apparait sous un journouveau. Get élément d'organisation, la langue le constitue pour l'Etat national comme pour la minorité : La langue minoritaire n’est donc plus seulement pour lui une cause de complication matérielle ; elle est un facteur Ge résistance et, de dissociation: une barrière dressée entre lui et certains de ses sujets en même temps, le plus souvent, qu'un lien entretenu entre ces sujets et un Etat voisin.
Dans son cadre, les minorités, en conservant leur langue, resteront des corps étrangers. Etrangères par le sentiment dans le cas d'un régime centraliste et libéral, elles le seront par leur organisation même dans le cas de l'autonomie. Ce seront alors tous les liens politiqueset administratifs relâchés, le contrôle rendu plusdifficile.… Avant que les nouveaux Etats nationaux fussent constitués, le$ centralistes autrichiens avaient déjà signalé le danger... « Etats dans l'Etat », disaientils. Ce mot a été assez illustré par l’histoire, pour se passer de commentaires (‘).
1. À cette thèse, l’on peut, il est vrai, objecter, qu’un autre danger pour l'Etat serait l’irrédentisme que ses tentalives d’assimilation, en cas d’échec, ne manqueratent pas de faire naître. Organisées en corps autonomes, dotées d’une personnalité morale et, en contre-partie, d’une responsabilité équivalente, les minorités peuvent être moins dangereuses pour l'Etat qu’inorganisées et irresponsables. «La dynastie, la race, la langue, écrit M. Renner, n'ont pas conservé Cuba à la mère patrie. Une modération rendue plus circonspecte par la guerre de l'Indépendance a assuré, jusqu'ici, à l'Angleterre, le Dominion du Canada bien que la nation dotée du sens national le plus dévelopré, la fran-
çaise, compose presque la moilié de Ja population, Dans la vie des Etats, c’est. la sagesse ou la folie des institutions qui est le facteur dominant ».