‹ La Protection des Minorités de Race, de Langue et de ReligionChapitre 6 sur 195 · C. — La RELIGION · texte numérisé non relu

C. — La RELIGION

Entre la langue et la religion, l’on a souvent tenté d'établir une paralièle. Comme ja langue tend à le devenir depuis l'application du principe des nationalités, la Religion fut dans les Temps Modernes, le fondement de l’unilé morale de l'Etat (‘). Comme la langue encore et pour les mêmes raisons, la religion a joué un rôle prépondérant dans la formation de la conscience collective de certaines nationalités,

Cependant, le parallèle n’est point parfait. La différence de religion peut, dans certains cas, ne pas avoir d'influence sur le régime juridique des individus, de même qu’elle peut, dans d'autres, nécessiter une différenciation beaucoup plus profonde que la différence de langue. Ses conséquences ont varié suivant les époques, et varient suivant les religions envisagées. Pour les saisir, il est nécessaire de distinguer suivant qu'il S’agit des religions chrétiennes entre elles, dela religion juive ou de la religion musulmane.

IL — Les religions chrétiennes

Dans l’époque qui vadela RéformeàlaRévolution Française, et que l’on est convenu d'appeler « Les Temps Modernes » a religion fut le caractère essentiel, on pourrait dire unique, qui distingua les uns des autres les sujets d’un même Etat.

En vertu du principe, unanimement admis alors, « Cujus « regio, ejus religio », un seul culte était officiellement reconnu par l'Etat. Les cultes dissidents n'avaient qu’unesituation légale incertaine, tantôt tolérés, tantôt persécutés. L'arbitraire s’étendait aux personnes et aux biens des fidèles de ces cultes. Pour les ramener à la religion d'Etat, tousles moyens furent à peu près employés. L'unité religieuse daus l'Etat apparaissait aux contemporains comme un bien supérieur

1. L'on a même opposé les formules caljuées sur le même type : & Cuyus regio, éjus religio », « Cujus regio, ejus natio » (formule de l'Etat national).

J. Fouques-Duparc 2

à la liberté individuelle. « Elle élait au xvir, écrit Oechsli, la « condition absolue de la prospérité d’un Etat. »

Les dissidents religieux constituaient des minorités du fait de l'exclusive prononcée contre eux. Ils en coustituaient en second lieu par suite de la confusion existant -entre les attribütions de l'Etat, et celles de l'Eglise d'Etat. Des fonctions intéressant tous les habitants du ‘territoire étaient dévolues au Clergé. Lors donc que, renonçant à appliquer les prin- -cipes.dans leur rigueur, l'Etat reconnaissail aux dissidents le droit de vivre et d'exercer leur culte, il devait aussi instituer enleur faveur, dans tout le domaine où la confusion d'attributions s'était produite, un régime d'exception. Ainsi,i Edit de Nantes en France prévoit pour les protestants un élat-civil, des écoles et une assistance... °

Les principes de liberté de conscience, proclamés à la fin du xviue siècle par la Constitution américaine et la Révolution Française se sont étendus au début du xix° à toute l'Europe Occidentale. Sous leur influence, tous les cultes ont élé autorisés dans la mesure où ils ne sont pas contraires à l’ordre public; les restrictions légales, qui pesaient sur les adhérents des cultes dissidents, ont peu à peu disparu ; enfin l'Etat, de plus en plus, assure par ses propres organes les fonclions qui intéressent également tous ses sujets.

À mesure qu’il a évolué vers la laïcité, la notion de minorité graduellement s’est effacée. En France, l’on peut dire qu’il n’y à plus, au sens juridique du terme, de minorités religiduses.

Gette notion subsiste encore, atténuée, dans certains pays, soit que des privilèges demeurent attachés à une église (religion d'Etat), soit que l’enseignement public ait gardé un caractère confessionnel.

Au point de vue de la formation des nationalités, la religion a joué le plus grand rôle dans l'Europe Orientale. L'église bulgare, l’église russe, les différentes églises chrétiennes de Turquie sont des églises nationales. Sans parler même d'églises nationales la religion dans certaines régions revêt un caractère national ; en Transylvanie, par exemple, la délimitation se fait de même entre confessions religieuses et. nationalités ; les Saxons sont évangéliques, les Szeckler unitaires, les Roumains orthodoxes. C'est la religion qui a ‘empêché la fusion de ces races,et permis à chacune d'elles de conserver intactes ses coutumes, ses traditions, sa langue. Teutsch, l'historien des Saxons a pu écrire : « Le peuple ne serait pas resté allemand, s’il n’était devenu évangélique (1). »

Dans d'autres cas, la religion a contribué à différencier les populations d’une même race. Croates, Slovènes et Serbes appartiennent également à la famille des Slaves du sud ou Jeunes Slaves (Yougo-Slaves). Mais les Croates sont catholiques, tandis que les Slovènes et les Serbes sont orthodoxes. Toute leur formation intellectuelle et morale s’en estressentie. Catholiques, les Croates ont élé plus ouverts aux influences occidentales. Un trait indique les répercussions lointaines que peut avoir la religion. La différence d’alphabet entre Uroates ét Slovènes est d’origine religieuse. Catholiques, les Croates ont conservé l'alphabet latin, tandis que les Slovènes orthodoxes prenaient l'alphabet Cyrillique (°).

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