‹ La Protection des Minorités de Race, de Langue et de ReligionChapitre 7 sur 195 · I. — Les Juifs · texte numérisé non relu

I. — Les Juifs

Au Moyen Age et dans les Temps Modernes, les Juifs furent soumis à un régime tout différent de celui des autres minorités religieuses. Dans l'Etat, ils furent des étrangers. Loin de chercher à les amener à sa foi, comme il faisait pour les dissidents, le souverain à peu près partout, leur reconnut, contre paiement d'un tribut annuel, le droit de

1, Voir Il°partie, ch. VI, l'autonomie (Les Saxons de Siebenbürgen). 2. Voir Louis Leger, & La liquidation de l'Autriche-Hongrie, p. 34 et suiv.

pratiquer leur culte, et même une autonomie assez étendue en matière religieuse, scolaire, charitable et judiciaire. Mais il s’efforçca de limiter leur nombre, et il les cantonna dans certains quartiers des villes et dans certaines fonctions de l& vie sociale (!). |

Cette politique, générale jusqu’à la fin du xvi siècle, & condilionné tout le développement ultérieur du problème juif. Groupés entre eux, les Juifs, bien qu’en petit nombrepar rapport à la population des différents pays, ont pu conserver leur race, leurs mœurs, leurs traditions (*). Exclus de la vie rurale et de la plupart des professions manuelles, ils: se sont spécialisés dans certaines branches de la production, dont ils détiennent parfois encore le monopole de fait ; de là, l'aspect économique du problème (*).

La question de savoir si les juifs constituent une nationalité ou une confession religieuse fut discutée pour la première fois, en France, à l’Assemblée Constituante.

Le 21 décembre 1789 le Comte de Clermont-Tonnerre: demandait que personne ne püt être privé de ses droits de: citoyen aclif à cause de sa profession ou de sa religion. Aux Juifs, en tant que nation, dit-il, nous refusons tout ; au citoyen juif, il convient de tout accorder. Les Juifs, lui répondit l’abbé Maury, ne sont pas une secte, mais une nalion avec

1. Francfort a été le type de cette vie de Ghetto. La situation des juifs était fixée par « l'ordonnance de. protection » (Judenstätigheit und Schulzordnung) de: 1616, en vigueur jusqu'aux dernières années du xvur° : Les Juifs sont des étran— gers placés sous la protection de l'Empereur ; ils paient cette protection d’un tribut annuel de 3.600 florins par an ; ils forment une commune autonome > vivent dans un quartier spécial («die Judengasse ») dontils ne peuvent franchir les portes la nuit, ni les jours de fête. Leur sont interdits parmi les professions, l’agriculture, les travaux manuels, et, dans le commerce, la vente des armes, du pain, du vin. Enfin, pour empêcher le nombre des Juifs des’accroitre, limitation du droit d'établissement et limitation des mariages.

2. La langue, employée par les Juifs dans l’Europe Centrale Orientale, le Yiddish ou jargon, n’est qu'une déformation de l'allemand, écrite en carac— ières hébraïques.

Page 1