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CHAPITRE VII

Les déclarations du. drésident Wilson, « ne précisant rien, si ce n’estle sentiment », laissaient à toutes les nations et fractions de nations, des espoirs illimités.

À peine la Conférence de la Paix ‘était-elle réunie, que, de toutes parts, des délégations acconrurent vers elle, chargées de faire entendre tes revendications des diverses nalionalités, munies, pour les appuyer, d'une documentation aussi riche que variée, et parfois inattendue : géographie, statistique, ethnographie, histoire, sentiment national, économie politique, considérations stratégiques, suivant les besoins de la cause et du moment, furent invoqués.

Mais, dans l'incertitude du statut territorial qui serait établi, la plupart des nationalités ne pouvaient insister, dans leurs programmes, sur une protection des minorités sans paraître accepter par avance, comme un fait acquis, un tracé de frontières contraire à leurs vœux. Tout autre était Le cas des Juifs. Leur politique, au début de 1919,était, comme nous l'avons vu, depuis longtemps orientée dans ce sens. [ls avaient en outre sur les autres peuples, l'avantage de posséder des titres formels à l'attention des Puissances.

Aussi, tandis que les autres délégations restaient au seuil de la Conférence, les Juifs, de prime abord, eurent accès aux débats.

Une commission spéciale, dite « des Nouveaux Etats » avait été instituée à la Conférence de la Paix, en vue d'’étudier le problème des minorités et en particulier le problème juif, dans ses rapports avec les traités à intervenir. Sept

organisations juives furent en relations constantes avec cette commission (‘).

C'étaient : 1° « l'Alliance israélite française » ; 2 le « Conjoint foreign Committee », qui réunissait le « Board of deputiés of bristish Jews », fondé en 1860 et présidé par Stuart Samuel, et l'« Anglo-jewish association », présidée par Montefiore ; 3° le Comitato della comunita israelitiche italiano (Anglo Sereni) ; 4° une délégation envoyée par « l’organisation des Juifs d'Amérique », pour soutenir le programme de Philadelphie (?) ; 5° une délégation des Juifs de Salonique et une délégation lithuanienne ; 6° « l’organisation sioniste », dont le président, M. Sokolow, avait quitté Londres, siège central de cette association pour venir défendre l’idée sioniste à Paris ; 7° « la Jewish Colonization Association ».

Les organisations juives officielles des quatres grandes puissances belligérantes, ainsi que les organisalions sionistes les plus en vue, pouvaient donc exposer leurs plans. Le Judaïsme était représenté à la Conférence de la Paix, dans

sa diversité.

: Il prétendit l'être aussi dans sa synthèse. En mai 1919, une associalion se fondait dans ce but : « Le Comité des « Délégations juives à la Conférence de la Paix. »

Ce comité était composé d'hommes éminents, « des savants, des penseurs, des chefs de communautés », dit le « Jewish

1. Réponse de M. Pichon, ministre des Affaires étrangères à un groupe de députés français au sujet du rôle de la France dans la question juive :

« Dans le programme préparé par les délégués français et soumis à la Con- « férence a figuré, dès le premier jour, une Commission des Affaires juives. « Les études inaugurées à cet égard, ont été poursuivies en commun par une « Commission spéciale, dite des « Nouveaux Etats »,présidée par un français et « chargée parle Conseil des chefs de gouvernement de fixer les statuts des 4 minorités et de viser spécialement les garanties justifiées par la situation « cruelle d’inégalité et d'oppression dans laquelle les minorités juives ont été « trop longtemps maintenues dans l'Europe Orientale » (Le, Temps, 8 juillet 1919). |

2. Les délégués, chargés de porter les décisions de Philadelphie avaient été choïsis dans toutes les fractions du Judaïsme. (/étaient : Louis Marshal, de Haase, Cutler, Mack, Wynchevski (ancien socialiste).

Chronicle », élus dans des Congrès, ou autres assemblées populaires, tenus, tant dans les pays directement intéressés au problème des droits juifs, que dans ceux où règne une liberté cBmplète. Les organisations juives de France et d'Angleterre n'avaient pas concouru à sa formation. Mais le Comité comptait des représentants des Juifs des Etats-Unis, d'Italie, de Pologne, de Roumanie, d'Ukraine, de Tchéco-Slovaquie, de Yougo-Slavie, de Lithuanie, de Constantinople... Ceux des Etats-Unis y occupaient la première place : le président du Comité était le juge Julian W. Mack, chef de la délégation . américaine ; le trésorier, le colonel Harry Cutler, membre de cètte délégation.

Sa composition donnait au Comité le droit de parler « au nom de neuf millions de Juifs ». Une certaine conception de l'universel pouvait éclairer cette assemblée recrutée dans tous les pays, teintée de toutes les civilisations. Mis en présence du problème, le Comité élargit le débat : il fit sa cause de la cause de tous les opprimés, de toutes les minorités nationales.

Nous avons vu qu'en 1917, à la Conférence de Stockholm, la Poale-Sion avait agi de même. Cette tendance à considérer leur question du point de vue d’un libéralisme universel, est assez courante chez les Juifs : générosité ou habileté suprême ? Quoiqu'il en soit, en servant les autres minorités, ils se servaient eux-mêmes : leurs revendications élargies gagnaient en profondeur et en force. Peut-être touchèrent-elles davantage les hommes sensibles à l'attrait des principes.

Les premiers mémoires, qui parvinrent au Conseil Suprême furent ceux de l’A/liance israélite universelle : ils sont datés du 20 février 1919, et visent, l’un, de façon générale, les Juifs de l'Éurope orientale, l'autre, de façon particulière, les Juifs de Roumanie (”).

Deux jours plus tard, au nom du « Conjoint Foreign Gom-

1. Voir ces mémoires dans le recueil de l'Alliance israélite : « la Question juive devant la Conférence de la Païz », p. 11 et suiv.

mittee », M. Lucien Wolff faisait parvenir deux mémoires conçus dans le même esprit {‘).

L’ « Organisation des Juifs d'Amérique » avait également fait connaître les décisions du Congrès de Philadelphie.

Le 10 mai 1919, le Comité des Délégations juives adressait «à Leurs Excellences, M. le Président et MM. les Délégués à « la Conférence de la Paix », un mémorandum, dans lequel il détendait les droits des minorités qui, pour la plupart, s'ignoraient encore elles-mêmes (*).

Ce mémorandum débutait par un préambule : « Le Comité « des Délégations juives auprès de la Conférence de la Paix, « agissant au nom des différentes organisations soussignées et qui plaident pour neuf millions de Juifs, a l'honneur de « vous soumettre les propositions suivantes, dont l’objet est la protection des diverses minorités nationales, religieuses, « ethniques ou linguistiques de Bulgarie. Esthonie, Finlande, « Grèce, Lithuanie, Pologne, Roumanie, Russie, Tchéco-Slo- « vaquie, Ukraine, Yougo-Slavie, et autres pays de l'Est et « du Centre de l'Europe, et vous prie de vouloir bien les « incorporer dans les divers traités de paix qui font l’objet « de vos délibérations » (°).

Suivaient l’énumération des droits à reconnaître à ces minorités et un exposé des motifs. Le traité proposé était rédigé dans les termes les plus généraux ; un seul article visait spécialement les Juifs (*). Le nom du pays signataire était laissé en blanc ; d’ailleurs le préambule indiquait que faculté était réservée aux auteurs des traités « de proposer « telles modifications qui pourraient devenir nécessaires en

1. Voir le texte de ces mémoires dans le Recueil de Documents étrangers (Ministère des Affaires étrangères et de la guerre), n° 46 du 81 juillet 1919.

2. Nous passons sous silence d'autres mémoires, moins importants, comme, celui «des Juifs de Paris, descendants des Juifs des pays de l’Europe orientale », remis le 15 mai 1919.

3. Le texte du mémorandum a été publié par le Comité (10, rue Edouard VII à Paris).

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