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Bien des éléments de succès leur ont manqué. Mais, nous pouvons l’affirmer sans exagération, le télégraphe surtout leur a manqué, pour imprimer à leurs mouvements une redoutable précision. Supposez un moment, messieurs, que des signaux, partis de la capitale, eussent porté en quelques minutes et dans toutes les directions, à Marseille, à Saint-Étienne, à Grenoble, à Nîmes, à Dijon, à Strasbourg, à Nantes, les nouvelles de l’insurrection lyonnaise et l’ordre de l’appuyer en l’imitant, quel épouvantable incendie aurait menacé à la fois toutes les parties du territoire |
Le 28 février, M. Portalis déposait le rapport fait au nom de la Commission (1) et disait:
… Toutes les fois. que des troubles graves ont éclaté, l'attention des factieux s’est portée sur les postes télégraphiques et, lorsqu'il leur a été possible de le faire, ils les ont détruits, tant ils sont pénétrés de la puissance qu’une telle arme peut procurer au Gouvernement.
Que serait-ce, si les factions, au lieu de le détruire, venaient à s'emparer d’un agent aussi formidable? Si, prenant l'initiative, des ordres, des avis séditieux, transmis avec ensemble et célérité, coordonnaient l’agression ou la résistance sur tous les points du royaume avec la même rapidité et le même accord que le Gouvernement pourrait en déployer pour la répression? Sans doute la rébellion serait vaincue; mais l’effusion du sang serait prolongée, l'incertitude du succès, causée par des nouvelles contradictoires, pourrait jeter le découragement dans quelques esprits et créer de nouvelles difficultés.
En apportant le projet à la Chambre des Pairs le 21 mars, le Ministre reprenait ces arguments (2):
Arch Parl., 2° sér., t CV p ICE 2 Arche Pari. 2° sér., te CNIL D E590:
Personne n’ignore les immenses services qu’à toute époque, mais surtout dans les temps de troubles et d’émeutes, le télégraphe a rendus au Gouvernement. Durant ces crises sanglantes que nous avons eu à subir, pendant ces jours d’épreuve heureusement loin de nous, le Gouvernement, toujours en bulte à des ennemis audacieux, exaspérés mais cachés ‘dans l'ombre jusqu’au jour de l'attaque, le Gouvernement, dis-je, a dû bien des victoires à la rapidité, à la simullanéité des ordres qu’il transmettait d’un bout de la France à l’autre. On l’a vu ainsi faire avorter des complots surpris au moment d’éclater,avant le dernier ordre des chefs, et s'emparer des coupables. Compromis par leurs complices, avant d’en avoir reçu le conseil de l'attaque, ou le moyen d'échapper à la loi par la fuite, les factieux sentaient bien tout ce que cette unité de la défense donnait de force au pouvoir; ils cherchèrent dans les communications rapides et secrètes de leurs coupables associations le moyen d'échapper à l’action vigoureuse et partout présente que la police exerçait sur eux, mais ce fut en vain. Toutefois, quoique le triomphe du droit sur la force et de la nation entière contre une faction, ne pût être douleux, il est juste de dire que la victoire eût été plus chèrement achetée, si nos ennemis avaient eu en leur pouvoir les armes que nous voulons leur enlever à jamais.
D'ailleurs, messieurs, il est une considération qui nous semble devoir être puissante sur nos esprits, lorsque la question du monopole des télégraphes sera débattue devant vous. Toutes les fois que des troubles graves ont éclaté en France, toutes les fois que les ennemis de notre dynastie et de nos institutions ont paru en armes dans nos campagnes ou sur nos places publiques, leur première pensée, leur premier soin, a élé de détruire les postes, les machines télégraphiques, tous les signes représentatifs d’un langage dont ils n'avaient pas la clef, mais dont ils connaissaient la puissance. Du moins, l’arme qu'ils enlevaient au Gouvernement ne passait pas dans leurs mains. Si, au contraire, les factieux de Paris avaient pu faire savoir en quelques minutes à leurs complices de Lyon, de Saint-Étienne,
de Marseille, que le temps était venu de se lever et d’agir, s’ils avaient pu exciter l’indécision, soutenir le découragement par la fausse annonce d’un succès dont le démenti serait arrivé trop tard; alors, messieurs, la victoire serait certainement restée à la bonne cause, mais qu’elle aurait coûté cher et combien la lutte eût été plus terrible et plus sanglante!
Enfin, le duc de Plaisance, rapporteur à la Chambre des Pairs, déclarait à son tour dans la séance du 7 avril 1837 (1) :
.….. il (le monopole) ne fut contesté qu’après 1830.
Les troubles qui suivirent cette époque, et surtout cette vaste conspiration qui, de Lyon et de Paris, étendait ses ramifications sur les divers points du royaume, fit sentir
encore mieux l'importance et l'utilité du télégraphe ; par.
lui on put imprimer de l’ensemble, de la rapidité aux mesures de répression et en assurer le succès. Les factieux v'ignoraient pas tout ce qu’il donnait de force au Gouvernement : aussi, ne pouvant s’en emparer, voulaient-ils le détruire et chaque mouvement insurrectionnel fut presque toujours précédé ou suivi immédiatement de la destruction des postes télégraphiques. Réunis commeils l’étaient en associations, organisés par sections, toujours prêts à se présenter armés sur la place publique au premier appel de leur comité directeur, quel parti n’eussent-ils pas tiré d’un semblable instrument ? Des bruits habilement calculés, portant le découragement dans les rangs des amis de l’ordre, eussent enhardi ses ennemis, et l’ensemble et la simullanéité de leurs attaques, suppléant au nombre, eût prolongé une lutte dans laquelle trop de sang français a déjà coulé
C’est pour remédier aux dangers qu’il vous signale, que le Gouvernement vous demande une loi nécessaire à la