Arch, Parl., 2esér., t. CIX, p
tranquillité de la France et au maintien LÉ ses institu-
tions.
La sécurité gouvernementale était donc assurée par le vote de la Loi, mais la question fut rouverte à l’occasion des premiers essais de la télégraphie électrique.
Nous entrons alors dans une phase où l’idée de protection va se fortifier ; car c’est précisément la préoccupation de conserver au Gouvernement un instrument sûr qui va entraîner certains esprits, et non des moindres, à se constituer les champions du télégraphe aérien qui, pour cet objet, leur donne presque entière satisfaction.
La télégraphie électrique, en effet, — comme un peu toutes les inventions à leur début, — eut ses détracteurs de tous genres ; les arguments les plus extraordinaires et les plus inattendus furent fournis contre elle, mais nous ne retiendrons bien entendu que ceux qui nous intéressent au point de vue de notre étude ; la lutte sur ce terrain ne fut pas, du reste, moins acharnée. On comprend combien il devait être difficile de concevoir un filreliant les différents postes, fil abandonné à son sort, à la merci de toutes les malveillances, pour des esprits peu enclins à admettre la sécurité là où la force publique est absente. Comment compter sur le respect d’un objet sans défense, — par ailleurs destiné principalement à réprimer les méfaits, — alors que la route était peu fréquentée et partant peu sûre ? Ces fils, dès la porte de la ville franchie, ne s’enfonçaient-ils pas dans le redoutable inconnu ?
Aussi est-ce au nom de la sûreté des communications que la télégraphie électrique fut combattue par certains, et même les plus ardents propagateurs de
l’idée nouvelle, se trouvaient fort embarrassés dès qu'il était question de protéger les installations. On va voir quelles précautions préconisait le savant Arago quand, le 2 juin 1842, estimant que les temps étaient révolus pour le télégraphe aérien, il combattait à La Chambre des Députés un projet de loi tendant à accorder un crédit de 30.000 francs pour dépenses relatives à des essais d’un télégraphe de nuit (1). Il disait (2) :
Une seule difficulté a empêché jusqu'ici l’adoption des télégraphes électriques. Il faut, pour qu’une communication se propage par de tels télégraphes, qu'il y ait un ou plusieurs fils métalliques qui aillent du point de départ au point où la dépêche doit se rendre. Il faut que ces fils ne soient pas rompus.
Il faut donc les placer dans un tube, quelle qu’en soit d’ailleurs la nature. Si on ne veut pas livrer les communications télégraphiques à la discrétion des malfaiteurs, il faut se garder d'établir des tubes à travers champs; mais lorsque les chemins de fer seront établis, qui empêchera d’enterrer les tubes et les fils à un tiers de mètre, soit entre les rails, soit à côté; tout sera alors sous la surveillance aclive et continuelle des gardiens de ces lignes.
Et le rapporteur, M. Pouillet, le collègue d’Arago à l’Académie des sciences, au contraire favorable à la demande de crédits, répondait :
.… [ faut protéger ce fil si délicat qui transmet les
1. Loi du 11 juin 1842 « qui accorde un crédit extraordinaire pour dépenses relatives aux essais d’une télégraphie de nuit». B. des L.,9 sér., 1° sem. B., n° 914, n° 10026, p. 489.