Mon. Univ., 8 juin 1842, p
tinuellement sur la totalité de leur parcours, permettent, il n'est guère possible d’en douter, l'établissement de télégraphes électriques le long de ces lignes, et le grand problème qui nous occupe recevra alors, selon toute probabilité, la solution la plus satisfaisante et la plus complète dont il soit susceptible.
Mais, bien des années peuvent s’écouler avant que le réseau de nos chemins de fer soit exécuté. En attendant, il importe de perfectionner le système télégraphique actuellement existant.
Si nous donnons la parole aux inventeurs partisans des perfectionnements dans la télégraphie aérienne, nous trouvons une extrême violence dans le débat. Ainsi le D' Jules Guyot, l’un des deux bénéficiaires du crédit dont nous venons de rapporter la discussion, s’exprimait en ces termes :
Ayez donc à soutenir une nouvelle guerre civile ou une invasion quelconque avec la seule télégraphie électrique : ayez à suivre les opérations d'une grande armée, soit qu’elle avance, soit qu’elle recule. Avec la télégraphie aérienne de jour et de nuit; vous suivez vos dépêches de clocher en clocher, de poste en poste; jamais vous ne manquerez de communication avec les foyers d’insurrection et le théâtre de la guerre. Que peut-on attendre de misérables fils dans de pareilles circonstances? Vous ignorez donc que la télégraphie n’a d'importance que dans les commotions des nations? Que lorsqu'elle ne sert que pour transmettre les dépêches administratives, elle dort pour attendre les moments d’urgence ; que, hors de ces moments, ses services sont presque nuls ? Que, quand tout est calme, le Gouvernement n’est guère plus pressé que tout le monde ? Que pour dominer les chemins de fer, il faut en être indépendant? Que si un seul train envahi apportait à l’improviste l’émeute ou l’ennemi, l'ennemi par cela même serait maître du télégraphe sur toute la ligne ?.. Non, la télégraphie électrique n’est
pas une télégraphie gouvernementale sérieuse ; elle ne sera jamais un préservatif contre les moyens terribles de transport d'hommes et d'armes; elle sera toujours à la merci des plus légères agitations et des individus les moins courageux ; elle n’est bonne réellement que pour établir une correspondance entre deu points parfaitement gardés sur toute leur distance en pleine paix, et pour transmettre des nouvelles ou des ordres qui ne peuvent blesser des tiers ou leur causer aucun préjudice. De jeunes fous, des ivrognes, des vagabonds, les réfractaires, les banqueroutiers frauduleux, les concussionnaires, les criminels de toute nature, les ouvriers irrités contre une administration qui les congédie, les hommes que des préoccupations poliliques agitent, voilà autant d’ageuts de destruction auxquels la télégraphie électrique oppose quelques mètres de fil, un terrain ouvert et une surveillance impossible, Un seul homme, en un seul jour, sans qu’on puisse l'empêcher, pourra couper tous les fils télégraphiques aboutissant à Paris, et en vingt-quatre heures, couper sur dix points tous les fils d’une même ligne sans être arrêté,sans même avoir été aperçu par des gardiens qu’une distance de deux kilomètres sépare. La télégraphie aérienne,au contraire, a ses tours, ses tourelles, ses cabanes au moins, munies d’une muraille et d’une porte gardées à l’intérieur par un homme vigoureux, armé de deux fusils de munition, etc. Sur six cents insurgés, la moitié acceplera avec une Joie secrète la mission d’aller couper les fils du télégraphe électrique ; tandis que l’attaque froide, triste et obscure d’une simple porte en chêne derrière laquelle se trouvent un ou deux hommes dont l’assassinat doit entrer dans les prévisions des assaillants, inspirera toujours un tel effroi, que sur ces mêmes six cents hommes il ne s’en trouvera pas deux qui veuillent exécuter une pareille entreprise.
La substitution à la télégraphie aérienne de la télégraphie électrique, qui réclame impérieusement pour vivre l'honnêteté, le calme, le respect de ses ennemis et même des oisifs indifférents, serait une mesure déplorable, un véritable acte d’idiotisme.