‹ La Protection Des Moyens De Communication Télégraphiques Et TéléphoniquesChapitre 8 sur 149 · OUR NV NET · texte numérisé non relu

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Le pessimisme du D' Guyot se laissait évidemment entraîner à de regrettables violences de langage ; mais les mêmes arguments se retrouvent chez un inventeur plus mesuré dans la discussion, M. Ennemond Gonon (1) :

Ces espèces de veines métalliques, parcourues parle fluide, autrement dit les fils conducteurs, sont exposés forcément, dans leur état de continuité, soit aux influences pernicieuses de l'atmosphère et des lieux circonvoisins, soit aux injures de l’ignorance et de la malignité. Qui ne prévoit pas que ce défi, porté par le pouvoir à la curiosité et à l’obéissance passive du vulgaire, tournera immanquablement à mal dans les cas de mécontentements, de sourdes menées et de révoltes?

Croit-on que les complices d’un assassin ou d’un banqueroutier laisseront transmettre l’ordre d’arrêter leur associé? Pense-t-onu que l'ennemi, en cas d’invasion, respecterait davantage le moyen de communication? Non assurément. L'intérêt des criminels et de tous les partisans de trouble étant de détruire ce qui s’oppose à leurs desseins, il est par trop imprévoyant, de la part du Gouvernement, de mettre ses moyens de correspondance à la portée des hommes dangereux. L’engouement inconsidéré du jour peut à peine expliquer ce fait.

Mais, dira-t-on, ces lignes télégraphiques seront suffisamment gardées. Oui, moyennant 190.000 hommes d’une fidélité à toute épreuve, que l’on placera en sentinelles, nuit et jour, sur un réseau de 5.000 lieues.

Quelle pusillanimité dans cette crainte des réfractaires, des banqueroutiers frauduleux, des coneussionnaires, gens évidemment plus préoccupés de se dissimuler que de chercher à couper quelque fil sans

1. Ennemond Goo. Des télégraphes aériens et électriques. Paris, 1845, p. 52.

un but certain d'utilité personnelle et dans le risque de se faire appréhender en commettant un nouvel acte répréhensible ! Redouter les atteintes des ivrognes, c’est prêter à ceux-ci des capacités d’adresse et d’agilité bien peu compatibles avec leur état ; quant aux fous, jeunes ou vieux, ils ne battent pas la campagne en si grande quantité qu’ils soient un réel danger. Restent les criminels faisant le mal par plaisir : sont-ils si nombreux ? Et si l’on songe à la multitude d'objets de toute nature dépourvus de surveillance spéciale qui ne subissent aucune atteinte malveillante, pourquoi supposer que les gens sans aveu seront frappés d’une phobie particulière vis-à-vis du télégraphe ?

Il semble, au contraire, que la rupture d’un fil pour un esprit simple, — et bien qu’il en connaisse les importantes conséquences, — ne corresponde pas à un résultat patent au point qu’il en ressente une satisfaction suffisante à déterminer l’acte destructeur. Ne voit-on pas aux colonies dans des régions éloignées, n’a-t-on pas vu parfois pendant la conquête mème, les lignes ne souffrir que rarement des atteintes des indigènes? Les auteurs des méfaits cependant seraient, en ces circonstances, à peu près sûrs, personnellement, de l'impunité.

L'événement a montré combien ces craintes étaient sans fondement sérieux et que l'on peut compter sur la sauvegarde publique, tout au moins dans un cas comme celui qui nous occupe, où le respect de la chose est facilité par ce fait qu’elle n'excite aucune convoitise.

Il demeure les ouvriers irrités contre une administration qui les congédie, les hommes que les préoccupations politiques agitent.

Voilà le seul point où le D' Guyot a montré quel-

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que clairvoyance, encore queles faits dont il craignait l’imminence n’aient commencé à se produire timidement que soixante ans plus tard. Ces faits, du reste,sont trop exceptionnels et trop récents pour que nous insistions davantage à leur sujet. L'avenir nous fera connaître si un danger réel existe de ce côté ; quoi qu'ilen soit,mèême sur ce point, les appréhensions du D' Guyot auront été vaines, puisque le Gouvernement, pour son usage personnel disposera de la télégraphie sans fil ; les fils en définitive, ne lui auront donc jamais failli; souhaitons, pour le principe d’autorité, que les ondes lui soient aussi fidèles.

Revenons aux débats parlementaires qui continuent à se produire, soulevant à nouveau la question de la protection.

La discussion du projet de loi qui devint la Loi du 3 juillet 1846 (1) « relative à l’établissement d’une ligne de télégraphie électrique de Paris à Lille et à la frontière de Belgique, et de Douai à Valenciennes » montra une fois de plus l’importance du sujet ; dans l'exposé des motifs (2) de ce projet déposé à laséance du 28 mars 1846 sur le bureau de la Chambre des Députés par le Ministre de l'Intérieur, M. Duchâtel, il était dit :

Il est vrai que pour obtenir ces avantages il faut établir un fil continu entre le lieu de départ et celui de l’arrivée, et que, suivant les meilleurs procédés, ce fil est apparent. Cette circonstance a frappé quelques esprits, et ils en ont fait une objection contre l'adoption des télégraphes électriques. Une ligne continue, visible, pourra, disent-ils, être

1::B;des L;.,9° sér., 1846, IL /B/n°1919 n°22854) 7203: 2. Mon. Univ., 29 mars 1846, p. 796 et 1* avril 1846, p. 821.

attaquée par les malveillants ; elle court le danger d’être détruite au moment où il serait le plus urgent de pouvoir s’en servir. L’objection est grave et demande à être discutée.

Des attaques contre la ligne pourraient être commises ou par des individus isolés, détruisant pour le plaisir de détruire,sans but déterminé, ou par des masses obéissant à des sentiments hostiles au pouvoir. Examinons séparément les deux hypothèses.

La ligne électrique se compose de fils à quatre mètres audessus du sol, dans un terrain clos et soigneusement gardé ; dans de pareilles conditions, on n’a point à craindre les attaques isolées et l'expérience de la ligne de Rouen, où les fils sont placés à une moindre hauteur, ne laisse aucun doute à cet égard.

Quant aux agressions plus dangereuses des masses s'abaudonnant au désordre, il ne faut pas leur donner plus d'importance qu’elles n’en ont. Les dissensionscivilessont, grâce à Dieu, de graves événements qui n’appartiennent qu'à de rares époques, dont la France s'éloigne heureusement chaque jour. Faut-il pour des dangers peu probables, se priver des avantages si importants que la télégraphie électrique peut donner? Latélégraphie aérienne échappet-elle mieux aux attaques de l’émeute que la télégraphie électrique ?... On ne pourrait le soutenir. Il est aussi facile de pénétrer dans un poste télégraphique isolé, d’enlever les lunettes ou de scier les poteaux qui soutiennent la machine, qu’il l'est de pénétrer sur la voie d’un chemin de fer. Les deux systèmes sont donc, sous ce rapport, soumis aux mêmes dangers ; seulement, les dégâts opérés dans une étendue bornée d’une ligne électrique, seraient plus facilement et plus promptement réparables.

Les lignes actuelles sont exposées à des interruptions bien autrement menaçantes que celles que l’on vient de signaler: ces lignes se composent de stations isolées, échelonnées de manière à ce que chacune d'elles aperçoive la station qui la précède et celle qui la suit. Cette condition exige que le rayon visuel, qui va d’une station à l’autre ne rencontre aucun obstacle sur son trajet. Mais il passe au-

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dessus de nombreuses propriétés sur lesquelles l’administration n’a aucun droit, aucun pouvoir ; la construction d’un bâtiment, la croissance de quelques arbres, de quelques branches, mettent à tout moment en péril la visibilité des postes. Des lignes entières sont menacées par ce danger, et on voyait arriver le moment où il aurait fallu les reconstruire. Les télégraphes électriques ne soulèveront jamais de pareils embarras Une ligne, une fois construite, est une propriété de l'État, trouvant une protection puissante dans les lois pénales particulières ; le Code à la main, l'Administration peut défendre ses appareils et con-

tinuer son service.

On voit combien, en quelques années, le télégraphe électrique avait gagné de terrain ; même en son point le plus faible, le Gouvernement le trouvait moins vulnérable que le télégraphe aérien.

Le rapporteur à la Chambre des Députés, M. Pouillet, l’ancien rapporteur de la Loi du 11 juin 1842, ne contestait plus la supériorité du télégraphe électrique, mais il se défendait néanmoins de lui accorder la préférence au point de vue de la sécurité. Il disait dans son rapport déposé le 4 juin (1):

Dans son exposé des motifs, M. le Ministre de l'Intérieur, après avoir comparé les motifs pour lesquels on peut attaquer le fil dont ils’agit, et les maisonnettes des stationnaires, prononce les paroles suivantes :

« La télégraphie aérienne échappe-t-elle mieux aux attaques de l’émeute que la télégraphie électrique ?... On ne pourrait le soutenir. »

La majorité de la Commission regrette profondément de ne pouvoir partager cette opinion, elle reste convaincue que, dans tous les cas où il y aura un intérêt quelconque à suspendre l’action du télégraphe, cet intérêt agira plus

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