‹ La Protection des Sites et des PaysagesChapitre 19 sur 32 · LA · texte numérisé non relu

LA

des classements puissent être réalisés à l'amiable, sinon, ce crédit serait bien vite épuisé. Bref, s’il n’est pas sensiblement augmenté dans l’avenir, la loi du 2 mai 1930 sera fatalement aussi peu efficiente que la loi du 21 avril 1906.

Ce danger n'a point échappé à M. Locquin, rapporteur du budget aux Beaux-Arts pour l'exercice 1932. Faisant allusion aux classements prononcés d'office et aux indemnités qui peuvent en résulter, n'écrit-il pas, en effet, « les faibles crédits affectés « en 1931 et proposés pour 1932 ne permettent pas « de s'engager trop avant dans cette voie. Il est à « craindre que l’administration des Beaux-Arts ne « se trouve souvent impuissante à assurer l’applica- « tion de la loi tant qu’elle disposera de ressources « aussi limitées » (3).

Si nous examinons maintenant dans quelle mesure la loi du 2 mai 1930 a été appliquée jusqu’à ce jour, nous observons tout d’abord que les commissions des sites ont provoqué l'inscription sur la liste départementale d’un grand nombre de monuments naturels et de sites, notamment de plusieurs falaises et caps de la côte bretonne : pointe du Raz, pointe de Primel, pointe de Kermorvan. Sont inscrits également la magnifique suite de rochers qui surplombe la route de Bourdeilles à Brantôme dans la Dordogne, l'étang et le moulin à mer des grands Trouiéros à Trégastel. £

(3) Rapport de M. Locquin sur le budget des Beaux-Arts pour l'exercice 1932. N° 5831.

D'autre part, ceriaius sites où monuments naturels ont pu être classés à l’amiable : le pittoresque Pont d'Arc sur l'Ardèche, le rocher qui porte les ruines célèbres du château de Crozant, des fragments de nos côtes, tels que le rocher de la Vierge à Biarritz, la pointe des Douaniers, la presqu'île du Nessay à Saint-Briac.

En revanche l’administration des Beaux-Arts a l'intention de classer d'office une partie de la forêt de pins du cap Ferret menacée de déboisement, les rives de la Garonne dans la traversée de Toulouse, la prairie de Caen, le terrain municipal qui borde l’étang de Rosporden.

Ajoutons que la Vézère dans la traversée d’'Uzerche, et la Gorge d'Enfer aux Eydics de Tayac ont été classées, en application de la loi du 2 mai 1930.

Signalons également que la loi de 1930 permettra de conserver enfin les beautés panoramiques de la terrasse de Saint-Germain en Laye et la perspective du grand Canal à Versailles.

On ne peut imaginer, en effet, déclarait sur ce point M. Adolphe Boschot, membre de l’Institut que « la majestueuse perspective du grand Canal abou- « tisse à un palace en style moderne et muni- « chois » (4).

Cette hypothèse ne s’est point réalisée. Toutefois, la minoterie qui s’élève à gauche de la grille située

(4) Revue Beaux-Arts. Février 1931. Pour une politique de Versailles , p. 8.

FT

à l'extrémité du grand Canal est singulièrement préjudiciable à l'harmonie de la perspective (5).

D'après une interview accordée au Journal par M. Bonnefoy-Sibour, préfet de Seine et Oise, la commission des sites de ce département a proposé le classement d’une bande de terrain de 700 mètres de longueur sur le territoire de Saint-Cyr, dans le prolongement du Tapis vert jusqu’à l’extrème horizon (6).

Il convient aussi de sauver une autre perspec- « tive, celle que l’on a des Trianons lorsqu'on re- « garde vers la Ménagerie. Mais la restauration de « la Ménagerie, du bassin circulaire comblé qui se « trouve devant elle s'impose ainsi que la réparation « des berges abîmées par les pontonniers militaires « et naturellement la suppression des baraquements « du génie » (7).

Les dispositions de la loi du 2 mai 1930 ne suffiraient pas, en soi, à défendre nos sites. Des mesures complémentaires s'imposent encore à cet effet. notamment en ce qui concerne les abus de la publicité, les perspectives monumentales et la création de servitudes esthétiques.

(5) Voir la Revue Beaux-Arts. N° du 25 janvier 1932, päge 12. Voir également « Journal de Genève » du 1° avril

(6) Voir le « Journal » du 1° mars 1932.

(7) Interview de M. Bosworth, Secrétaire du Comité Rockfeller. Revue Beaux-Arts. Février 1931, page 8.

Page 1