CHAPITRE PREMIER
REGLEMENTATION DE L'AFFICHAGE
De tous les maux qui contribuent à l’enlaidissement des paysages, le plus moderne et le plus redoutable aussi, est celui que M. Engerand qualifiait de « Lèpre des routes », faisant allusion à certains abus de la publicité routière particulièrement envahissante aujourd’hui. Elles n’en meurent pas toutes. certes, mais toutes sont frappées.
Particulièrement significatives, — parmi de nombreux témoignages — nous paraissent être les impressions recueillies par M. Vandervelde, au cours d'un récent voyage en France, et dont il nous fait part dans la Dépêche de Toulouse.
Partout l’ancien ministre belge déclare avoir rencontré « le même monstre, le panneau de publi- « cité. Du train où l’on va, précise-t-il, il ne faudra « pas longtemps, hélas, pour qu'en matière de défi- « guration des sites, la France atteigne et peut-être « dépasse la Belgique, ou même (je songe à la vi-
TR
sion des temps futurs de Duhamel) les Etats- Unis »..
« D'une manière générale, d’ailleurs, il semble que- par une sorte de sadisme, les entrepreneurs de publicité choisissent de propos délibéré (la seule recherche du profit maximum l'explique d’ailleurs), les sites les plus célèbres, ceux que tout le monde regarde, et qu'il devient impossible de regarder, sans avoir l'œil tiré par les réclames qui les deshonorent.
« Je songe, par exemple, à ces allées de Locmaria à Quimper où, par dessus Îles eaux calmes de l’'Odet, les deux tours de Saint-Coôrentin, fines et crises, se détachent sur le ciel comme une dentelle de pierre. C’est dans un cadre restreint toute la poésie, toute la mystique de la Bretagne. Eh bien, au beau milieu de cet ensemble rare, sur le haut pignon d’un immeuble de rapport, un malfaiteur inconnu a peint en lettres énormes, sur fonds bleu et jaune, dissonance effroyable dans cette symphonie en gris, cette réclame : X... Taïlleur ».
Soulignons dès maintenant qu’il n’est pas ques-
tion de proscrire la publicité routière, mais seulement d'enrayer des abus dont la réalité n’est que trop certaine.
Avec M. Baréty, rapporteur général du budget,
ancien Sous-Secrétaire d'Etat, député des Alpes Maritimes, nous pensons que la publicité est utile, qu’elle est même indispensable. Par la création des débouchés, par la prospection de masses sans cesse plus profondes de consommateurs, n'est-elle pas tout particulièrement de nature à permettre à la grande
A aan
production rationalisée de réduire ses prix de revient, lui procurant ainsi équilibre et vitalité. « Le « but de la publicité est avant tout d’être efficace, « déclare M. Baréty. Or, elle revêt, sous la forme de « panneaux-réclames, l’un des aspects qui rendent « son action la plus sûre » (x).
« Ge que je lui reproche, précise-t-il, et ce que lui « reprochent la plupart des usagers de la route, c’est « son caractère brutalement commercial. Son seul « idéal ? c’est de subjuguer tyranniquement l’atten- « tion par la violence de ses divers éléments, Ce qui « est blâmable, ce n’est pas le principe de cette pu- « blicité, mais sa laideur, ses outrances systémati- « ques, Et c'est au nom du bon goût français qu’il « importe avant tout de réagir ; ce qu'il faut répri- « mer, c'est l’insolence avec laquelle s’étalent cer- « tains panneaux jusqu'à endommager ou masquer « les horizons les plus dignes d’admiration, C’est sur- « tout le manque absolu d'esprit artistique qui les « distingue »,
En effet — et ici le problème apparaît sinyulièrement complexe — si le panneau-réclame est insupportable quand il masque le pont du Gard ou tout autre site fameux, à Aubervillers ou à Saint-Ouen, le joyeux placard publicitaire n'est-il pas tolérable sinon souhaitable ? On peut soutenir qu’une affiche ingénieuse, signée Paul Colin, est susceptible d’atténuer la noirceur et la monotonie des « paysages plats ».
(1) Revue Beaux-Arts. Septembre 1931.