‹ La Protection des Sites et des PaysagesChapitre 28 sur 32 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Parvenus au terme de notre exposé, il convient de mettre en relief les principes et les mesures essentiels que nous paraît exiger une politique rationnelle des sites et paysages.

Cette politique — nous ne saurions trop insister sur ce point — est un des éléments primordiaux de la mise en valeur touristique de nos beautés naturelles. Celles-ci ne sont-elles pas, suivant l’expression si heureuse de M. Gaston Gérard, sous-secrétaire d'Etat au Tourisme, des « valeurs d’avenir » sur lesquelles nous devons spéculer ?

Certes, il importe de se féliciter ici de voir la France enfin dotée d’un ministère du Tourisme, et d'organismes officiels de propagande touristique, dont l’activité incessante a déjà produit des résultats très remarquables.

Constatons toutefois qu'une publicité chaque jour plus envahissante, aggravée dans les grandes villes de certaines constructions, pour le moins inquiétantes du « style Entrepreneur », ne laissent pas de porter atteinte à l’intégrité de notre potentiel touristique.

« Ce n’est point pour contempler des usines, « des réservoirs et des gazomètres que les Améri-

« cains traversent la mare aux harengs », écrit M. Curnonsky (1). « Ils ont tout cela chez eux. »

« Et ils commencent à s’apercevoir que la dou- « ceur de vivre n’habite pas les « buildings », que « le « colossal » ne fait pas le bonheur et qu'il est « agréable d'oublier le vacarme assourdissant des « avenues de New-York et de Chicago dans la sainte « Paix des cités anciennes où les maisons ont des « visages et ne se ressemblent pas toutes.

« Offrons-leur ce qui leur manque, devons-nous « conclure avec M. Curnonsky, et ne saccageons « point notre jardin. »

Ainsi se pose le problème d’une politique rationnelle de nos sites et paysages. Ce problème, il est impossible de le résoudre sans recourir aux solutions essentielles dont nous allons préciser les modalités.

En ce qui concerne les classements d'office de nos sites, et l'établissement des zones de protection prévus par [a loi du 2 mai 1930, rappelons que, dans ce domaine, les considérations financières jouent un rôle si décisif que l’application de la loi risque d’en être singulièrement entravée. En effet, l'exécution de ces mesures comporte le plus souvent le paiement d'indemnités parfois très importantes, qui sont à la charge de l'Etat.

C'est la caisse nationale des monuments historiques et des sites qui dédommagera les intéressés. Elle devrait donc être en mesure de remplir efficacement cette mission, Or, en fait, la dotation très

(1) Paris-Soir, 19 mars 1932.

insuffisante dont elle dispose ne saurait lui permetire d’atteindre l'objectif qui lui est assigné.

Fel nous paraît être le point névralgique de la loi du 2 mai 1930. Ne lisons-nous pas, en effet, dans le rapport de M. Chastenet, sénateur, sur le budget des Beaux-Arts pour l'exércice 1932 :

« La loi sera difficile, sinon impossible à appli- « quer éfficacement, tant qu'une dotation plus im- « portante ne sera pas affectée à ce chapitre. »

Ce sont ces contingences d’ordré budgétaire — d'ailleurs nullément spéciales à notre matière — qui risquent fort d’atténuer les heureux effets de Ia loi de 1930. C'est sur cé point que l'attention des potvoirs publics doit être particulièrement attirée.

Quant aux excès de l'affichage, nous estimons qu'il importé dé compléter au plus tôt la loi du 20 avril 1916. Dans ce but, nous voudrions voir préciser cé qu'il faut enténdre par « agglomération ».

C'est en effet de cette qualification, objet de discüssions conitinuelles jusqu'à ce jour, que dépend, en dernière analyse, l'application de toute réglementätion de l'affichage. Nous ne pouvons donc que souhaiter le vote prochain du projet en voie d’élaboration par la Commission présidée par M. Maringer, conseiller d'Etat, vice-président du Touring Clüb de France.

Ce projet paraît devoir s'inspirer de la proposition de loi de M. Cautru et du texte préconisé par les chambres syndicalés de l’industrié de la publicité ; aussi bien, c’est au législateur qu'il appartient de décider sur ée point.

Tels Sont les problèmes dont la solution nous

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