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1.622 millions de dollars, soit une moyenne de 14 milliards de francs par an.
En résumé — nous ne saurions trop le souligner — le développement du tourisme est une nécescité impérieuse pour l'avenir de notre pays. Suivant l'expression de M. Bakanowski, ministre du Commerce, n'est-il pas « l’une de nos plus grandes « industries nationales, l’une de celles qui le plus « sûrement travaillent à la tenue de notre change et « à la stabilité de notre franc ? »
Il convient enfin de noter que le rôle du tourisme n’est pas exclusivement économique. Il s’exerce également — et c'est là peut-être son aspect le plus inédit — dans le domaine intellectuel. Les voyages ne forment pas seulement la jeunesse, mais encore un public de tout âge. Ils développent sa culture, sa curiosité et son désir de connaître. Ainsi envisagé, le tourisme vient parfaire très heureusement l'instruction générale. Avec le musée et le monument, le site devient un complément de l’école.
Les considérations que nous venons d'exposer en faveur de nos sites sont particulièrement décisives, et leur importance capitale nous a conduit à insister sur les problèmes très complexes qu’elles soulèvent. Mais elles ne sont pas seules en cause.
1 en est d’autres d'ordre moral ou esthétique dont l'importance ne saurait être méconnue : c’est en effet dans la contemplation de certains horizons familiers que l’on retrouvera les sources de certaines grandes idées qui mènent le monde, et par exemple,
observe Ruskin, la source même du patriotisme que M. Maurice Faure définissait ainsi :
« la représentation en quelque sorte matérielle «et visible du pays même avec ses caractères physi- « ques particuliers et ses éléments divers, avec ses « montagnes, ses forêts, ses plaines, ses fleuves, ses
« rivages, avec les aspects multiples et variés de son
« sol, tels qu'ils ont été formés et transmis par la « lente succession des siècles ». É
Il nous suffira également de rappeler quelle source d'inspiration inépuisable la nature offre à l'artiste. Si l’on protège son œuvre — dans une certaine mesure, reflet de la réalité — n'est-il pas raïisonnable de songer que l'original existe et que lui aussi doit être préservé P
Connaissant ainsi les raisons pour lesquelles il est nécessaire de défendre nos sites, nous préciserons maintenant les dangers qui les menacent et affectent les formes les plus diverses.
Partout on détruit ; il faut faire place à l’industrie, à la machine... Les progrès de la civilisation dans l’ordre matériel et social ont provoqué le développement intensif du machinisme sous toutes ses formes, ainsi que celui des voies de communication ; c’est ainsi que routes et chemins de fer sont devenus les grands ennemis du paysage.
Ajoutons que la beauté de nos paysages est trop souvent altérée par la multiplicité des panneaux -réclames, manifestation parfois excessive d’une pabli-
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cité qui constitue l’un des traits dominants de la technique commerciale d'aujourd'hui.
L'intérêt du Bittoresqué est contraint de s’effacer bien souvent devant des considérations utilitaires d'ordre économique, politique où stratégique. Cet énvahissement du rail et des cheminées d’usinés n'est d’ailleurs nullerirent Spécial à nos pays européens. Très caractéristique, ëñ effet, nous paraît être, entre beaucoup d’autres, cette page de Loti qui dépeint adihirablènierit la transformation progressive d’une ville aussi ähcienne que Jérusalem.
« Là-bas, dans le quartier que j'habite, dans la «rue des chrétiens, et dans l’odieux faubourg de « Jaffa, où fument des usines, sur la route de la « gare et dans les corridors de l’hôtel se trouve, à « la nuit tombante, un encombrement de gens nou- « veaux de tous les coins de l’Europe, vomis par le « petit chemin de fer à la côte... Tout ce quartier « de Jérusalem a pris une banalité de banlieue parisienrie » (3).
Ce danger résultant de l'emprise du progrès est singulièrement inquiétant; car il est aisé de justifier ces inévitables atteintes par des considératioris d’intérêt général dont la valeur ne saurait échapper.
Si, en effet, dans nos sites pittoresques, noùs entendions proscrire les chemins de fer, en raison de leurs ouvrages inesthétiques et des nuages de fumée qu'ils répandent sur leur passage, si rious interdisions la construction d'usines, nous affecterions à
(3) P. Loti : Jérusalem.
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l'égard de la production, ét en dernière analyse, de la richese nütionale, une attitude aussi vaine qu’injustifiée. Déjà, il est pérmis de prévoit qe bientôt les éfiplacéements qui cotiViennent à certaities indusiries Seront de plus ëli plus rares. N'edl-il pas dés entreprisés qui, de par leur nature, Sont tenues de s’établir Sur lés lieux mêmes où se trouve la matière preniièré qu'elles utilisent À
Il nous faut égaléinent teñir compte de cette téridance À là ratiohalisation des entréprises, si accuséé aujourd'hui. À proximité des gisements de fer et de houüille, se dressent des hauts fourneaux et tot l'appareil complexé des indüstries sidérurgiques. I en ést de mêtñe potr les industries qui exploitent directement les forces riaturelles, 14 hoüïillé blanche en particulier, et qui constituent dans la vie é:0nomique du pays un facteur d’une importance capitale. Il est évident qu'on ne peut, même pour des raisons très légitimes, limiter ou compromettre leur essor.
Seuls devront être réprimés les abus parfois révoltants qui sont nés de l’envahissement brutal du machinisme et apparaissent gravement dommageables à la conservation des paysages. Nous ne pouvons mieux faire que de citer à ce sujet les articles très remarqués de M. Maringer, Vice-président du Touring Club de France, conseiller d'Etat, dans lesquels il flétrit les agissements des « massacreurs » de nos sites, signalant au jour le jour les atteintes portées à l'harmonie de nos beautés naturelles.
« Nous avons révélé des faits monstrueux, véri-
à Tables actes de vandalisme, écrit M. Maringer. « Presque chaque jour, de toutes nos régions, on fait « appel au Touring Club pour le solliciter en faveur « des sites menacés ou massacrés. Ce sont des fo- « rêts saccagées, des torrents de montagne asséchés, « des gorges endommagées, des rochers détruits, de « beaux arbres inutilement abattus ou mutilés, de « hideuses constructions élevées au milieu de ma- « gnifiques sites pittoresques.»
Ayant ainsi établi qu’il existe, entre l'intérêt matériel et l'intérêt esthétique, un antagonisme, nullement irréductible d’ailleurs, nous pouvons conclure que c’est avec une grande modération qu’il devra être procédé à la conciliation de ces tendances, apparemment si opposées.