EXPOSÉ D'UN NOUVEAU PROCÉDÉ
Les déchirures de la vulve en des points autres que la commissure inférieure sont d’une excessive rareté. Le D'£hore, dans une monographie publiée en 1886, n’en à pu réunir qu'un nombre assez limité de cas. On peut pratiquement affirmer que, s’il y a éclatement du périnée, il se produira constamment à la partie inférieure de l’orifice vulvaire. Pourquoi cette constante prédilection ?
Lorsqu'une force dilatatrice agit sur un orifice circulaire, elle se décompose en forces agissant suivant les rayons, et ses forces sont entre elles comme les rayons entre eux, c’est-à-dire égales. Supposons qu’on vienne à déprimer un point de cet orifice extensible, les forces varient avec les rayons. Elles sont entre elles comme les nouveaux rayons entre eux, c’est-à-dire inégales, et la plus considérable suit le rayon qui aboutit an milieu de la dépression. C’est donc ce milieu qui offrira le moins de résistance.
En d’autres termes, lorsqu'une force dilatatrice agit à l’intérieur d’un ovoide, le point de moindre résistance se trouve à l'extrémité inférieure du grand axe de la figure posée sur son plus petit sommet.
Sans doute, à l’état normal, l’orifice vulvaire n’a pas une forme ovoide. Mais que se passe-t-il au moment de l’expulsion ? La partie supérieure et les bords latéraux se laissent peu dilater à cause des plans osseux sous-Jacents, indépressibles. La dilatation s'effectue donc tout entière aux dépens du plancher, qui, composé
PR ee de muscles et d’aponévroses, est doué, nous l’avons vu, d’une extensibilité très considérable. L’ovoide se trouvera ainsi constitué, et le point de moindre résistance sera situé à la commissure inférieure de la vulve.
En somme, le sommet inférieur de l’ovoïde est, si l’on veut, un commencement naturel de déchirure, c’est l’amorce de la lésion, la fente physiologique qui se prolongera sous l’effort de la tête. Pour citer Pajot parlant de la fissure hyménéale, c’est le coup de ciseau du commis de ñouveautés qui permet à l’étoffe de se déchirer à la moindre traction ; seulement ce coup de ciseau n’est pas ici accidentel. Tout ceci s'applique aussi bien à l'anneau hyménéal qu'à l'anneau vulvaire.
Une autre cause de localisation des déchirures est mise en jeu dans le dégagement de la tête. Lorsque l’occiput est arc-bouté sur la symphyse pubienne, le menton dans son mouvement d’ascension vient surgir au niveau de la commissure inférieure. Or, ce coin osseux est éminemment propre à faire éclater la fourchette. On comprend done facilement, toutes ces conditions étant données, et qu’une déchirure se produise, et qu'elle se situe toujours à la commissure inférieure de la vulve.
Si donc, déprimant au dernier moment l’orifice vulvaire sur un point latéral, on déforme l’ovoïde primitif de façon à transporter ailleurs que sur la fourchette le petit sommet de la figure, c’est-àdire le point de moindre résistance, la fourchette devenue à son tour bord latéral subira une pression moindre et sera sauvegardée contre les chances d’une déchirure. De plus, en vertu de la loi formulée par M. Pajot, que le conteuu tend à se mouler sur la forme d’un contenant qui le comprime, l’occiput viendra s’arcbouter non sur la symphyse, mais sur la branche pubieune, etle menton viendra faire issueau point déprimé. Ainsi le coin osseux du menton sera dévié du point faible primitif, de même que l’action du poids de la tête fœtale.
Or ce poids n’est pas une quantité négligeable, et au nombre
des causes de déchirures portant sur le périnée nous aurions pu ranger celle-là, lorsque la femme est dans le décubitus dorsal. Si les femelles d'animaux n’ont jamais d’éclatement, c'est, entre autres causes, parce que la tête porte chez elles non sur la fourchette, mais sur le clitoris, épais et charnu, protégé par le plan osseux sous-jacent ; car leur position est tout à fait différente. Ceci nous explique pourquoi les auteurs qui ont pu essayer de la position accroupie sur les genoux et les coudes donnent des statistiques relativement faibles, el ce serait bien là la position de choix pour les accouchements, s’il n’était pratiquement impossible de la faire accepter aux parturientes.
Les Anglais ont opté pour le décubitus latéral, la femme leur tournant le dos, et quelques Américains ont suivi cet exemple. Il n’y a pas là, comme le veut Joffrion, une question de pudeur, le spectacle offert n'étant pas plus décent d’un côté que de l’autre, mais une question de résultats. Les Anglaises ont, en effet, beaucoup moins de déchirures que les femmes de France ou d'Allemagne, et, même en faisant la part de l'exagération, le résultat de 3,76 pour 100 donné par Schrôder est bien au-dessous de tous les chiffres énoncés par les auteurs français ou allemands. C’est qu’en effet, dans cette position, le poids de la tête porte, non sur la fourchette, mais sur un bord latéral, et aussi que cette pression détermine au point comprimé un commencement de déformation de l’ovoide.
M. G. Rauzier a modifié le mode d’action usité par L. Dumas dans la dilatation præfæœtale. Au lieu de former avec trois doigts le cône digital, il ne fait pénétrer dans le vagin que l’index et le médius, et, les disposant de chaque côté de la fourchette à un intervalle de ? centim. environ, il force sur les parois en écartant les doigts. La fourchette, dit-il, est alors presque toujours conservée, beaucoup mieux que par la manœuvre de L. Dumas. Il croit devoir attribuer ce résultat à la formation d’une sorte de gouttière prolongeant la direction du canal pelvien, et surtout