I.ÉON
Kt étes-vous sûr qu'il le puisse, monsieur? le moyen de devenir quelque chose sans conseil, sans appui? quelle route prendre? Ah ! s'il sullisait de vouloir pour s'ouvrir une carrière et conquérir par le travail son indépendance 1... DE BERCOUKT , Souriant.
Vous dites cela avec une chaleur!... Est-ce que vous auriez le désir d'une pareille conquête?
LÉON
Oh I pouvez-vous me le demander!...
DE DERCOURT.
Mais qui vous empêche alors...
LÉOX.
(Jui? vous connaissez ma position, monsieur de Bercourt. Resté orphelin, sans autre ressource que la faible fortune de ma mère, dont la liquid-Ttion n'est même point encore achevée, madame la baronne de Simiale m'a jusqu'à présent tenu lieu de famille; je lui dois tout.
DE BEKCOUIIT.
Et c'est elle qui s'oppose...
LÉON
Trop bonne et trop indulgente, elle semble s'effrayer de tout travail pour moi... et cependant, depuis deux ans que mes études sont achevées, je continue à accepter sa protection avec une sorte de honte. J ai atteint l'âge où l'on se suffit ordinairement à soi-même, où l'on prend sa place dans le monde, et je n'ai point cessé de vivre comme un enfant... Mon oisiveté me pèse, il faut que j'en sorte à tout prix, il le faut pour mon propre honneur.
.4insi vous accepteriez un emploi?
LÉON
Moi !... Ah ! quelque modeste qu'il put être, et fût-il à cent lieues de Paris.
DE BERCOURT, vivement.
-V cent lieues de Paris ! (// lui prend la main.) Vous serez placé, mon jeune ami ; je m'en charge.
LÉON
Vous !
DE BERCOURT.
Moi.
LÉON
Ah! s'il se pouvait I
UK BElltOURT.
Je m'en charge, vous dis-je. Voyons, que désirez-vous? quelle place?
LÉON
Ah! voilà la difficulté. J'ai tout appris au collège... excepté ce qui peut servir à quelque chose.
DE BERCOURT.
C'est ce qu'on nomme une belle éducation.
LÉON
Pour que je pusse remplir un emploi, il faudrait qu'il n'exigeât aucune a|)titude... aucune expérience.
Diable! je ne vois alors qu'une place dans les finances; le ministre vous connaît, il est parent de madame de Simiale... puis c'est mon ancien camarade.
LÉON
A vous?
DE BERCOURT.
CertainennMit ; c'est moi qui l'ai autrefois lancé dans les journaux... il voulait alors se faire feuilletoniste... mais on ne lui trouva point assez d'esprit, et il fut obligé de devenir homme politique. Du reste, s'il n'a rien appris, ce qui est ordinaire, il n'a rien oublié non plus, ce qui est plus rare... et s'il peut quelque chose...
LÉON
Ah ! que de remcrciemens...
DE BERCOURT.
J'entends la baronne!
LÉON
Ah! pas un mot devant elle, je vous en prie.
DE BERCOURT.
Soyez tranquille.
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