CHAPITRE II
Expression de la chirurgie de son temps, la collection hippocratique écrite plus de quatre siècles avant notre ère, nous montre que dans ces lointains de l’histoire l’art dentaire existait déjà. Les instruments destinés à l’arrachement des dents étaient déjà créés car l’écrivain grec nous dit : « quant aux instruments pour arracher » les dents, le premier venu peut s’en servir, car » l’emploi en est simple. »
La thérapeutique dentaire était née car Hippocrate dit au traité des affections § 7 : « quant » aux maux de dents, si elles sont gâtées, ou si » elles tremblent, on doit les arracher. Lors- » qu’elles ne sont ni gâtées ni tremblantes et » qu’on y sent des douleurs, il faut les dessécher
» en y appliquant le feu. Les masticatoires y sont bons aussi. »
Il semblerait en lisant ce passage d’Hippocrate que l’art de raffermir les dents vacillantes en les ligaturant, au mo}'en de fils d’or ou de lin, aux dents voisines encore fermes, fut inconnu de l’école grecque. Ce serait une erreur. Ce procédé, inappliqué peut-être aux dents spontanément branlantes, s’employait dans les cas où un traumatisme leur enlevait toute fermeté. Nous lisons au Traité des articles §. 17. Continuation des luxations de la mâchoire, accidents qui les suivent et fractures de cet os. « Si les dents du » lieu de la lésion sont déviées et déplacées, il » faut après la coaptation des fragments de la » mâchoire, les joindre l’une à l’autre, non seule- » ment deux, mais encore plusieurs jusqu’à la » consolidation avec un fil d’or de préférence, » sinon avec un fil de lin. (Traduction de Littré t. IV p. 14'].)
Mais ces connaissances sur la thérapeutique dentaire sont sans doute bien antérieures à l’époque où Hippocrate écrivait, car nulle part dans la collection Hippocratique les auteurs ne se targuent d’être les premiers à écrire sur l’art médical ou d’être les inventeurs des procédés qu’ils décrivent. Tous rendent justice à leurs
devanciers et citent des livres qui ne sont pas arrivés jusqu’à nous. Dans le chapitre qu’il consacre à l’ancienne médecine, Hippocrate rendant justice à ses prédécesseurs dit avec une modestie que je signale à l’attention de beaucoup de modernes. « Mais la médecine est dès longtemps en » possession d’un principe et d’une méthode » qu’elle a trouvés. Avec ces guides de nombreu- » ses et excellentes découvertes ont été faites » dans le long cours des siècles et le reste se » découvrira, si des hommes capables, instruits » des découvertes anciennes, les prennent pour » point de départ de leurs recherches. »
Et après cela, beaucoup de braves gens croient encore qu’Hippocrate est le Père de la médecine. Peut-être sera-t-il encore bon de leur rappeler qu’au moment où naissait ce singulier Père, les Écoles médicales de Cos, de Cnide, de de Rhodes, de Crotone et de Cyrène étaient depuis longtemps célèbres.
L’œuvre Hippocratique ne fut pas comme on le pense trop souvent un éclair qui illumine la nuit noire, ce n’est pas une œuvre isolée, c’est une des assises d’une science dont les origines se perdent dans d’inaccessibles lointains.
Peut-être les connaissances des grecs en fait de prothèse dentaire étaient-elles plus gran-
des que la lecture d’Hippocrate ne semble l’indiquer. M'" le D'" Lambros m’écrit qu’il possède dans sa riche collection une pièce dentaire qui mérite de fixer l’attention. Notre savant confrère bien connu par ses travaux sur la chirurgie antique a recueilli en Grèce, dans les îles voisines et jusqu’en Asie tous les instruments et appareils de la chirurgie des grecs anciens et en a formé une collection unique en son genre. C’est l’histoire de la chirurgie grecque par ses instruments.
On trouve dans le trésor de AH Lambros un dentier bien curieux. On l’exhuma d’une tombe fouillée à %A,êyL6 iroTaapï l’ancienne Tanagra, près Thêbes.
Sa conservation laisse à désirer ; avant que AL Lambros ne put l’acheter à grand prix, il faisait partie à Thêbes d’une collection privée où l’on n’avait pas pour elle le respect qu’elle méritait. On la livrait sans défense à l’examen des touristes avides de curiosités archéologiques et leurs mains profanes l’ont détériorée.
Cette pièce dentaire est constituée par une bandelette d’un or très pur, très malléable mesurant environ cinq millim. de hauteur et qui se replie sur elle même pour former un anneau elliptique. Elle devait fixer deux incisives vacil-
lantes médianes, en les serrant entre ses deux lamelles qui prenaient leur point d’appui sur les deux incisives externes bien fermes. Les quatre dents incisives étaient donc enserrées entre les deux lamelles d’or qui tapissaient leur base en avant et en arrière. Tel que ce dentier se présente aujourd’hui, il ne contient plus qu’une seule incisive, mais son ancien propriétaire a fait connaître à M'’ le Lambros qu’autrefois les quatre incisives étaient renfermées dans l’anneau d’or. Il n’existe sur cette pièce aucune cloison destinée à séparer les dents les unes des autres, aucune trace de rivet qui aurait perforé et fixé une dent artificielle. C’est un simple appareil de contention tel que Celse le décrit pour la fixation des dents vacillantes.
Cette pièce remarquable a été trouvée dans un tombeau à Tanagra et près d’elle se trouvaient plusieurs de ces petites statuettes dont la beauté artistique a rendu célèbre la vieille cité. Or les poupées de Tanagra étant généralement rapportées du IIL au IV^ siècle avant J.-C. il est infiniment probable que notre dentier date de cette époque et fut à peu près le contemporain d’Hippocrate.
La prothèse dentaire a dû être cultivée longtemps et avec soin dans l’antiquité grecque.
car elle s’est infiltrée de temps immémorial dans les populations les plus ignorantes et les plus grossières de la Grèce chez lesquelles on la retrouve aujourd’hui.
Sans que le dentiste intervienne dans cette délicate opération, on voit les gens du peuple fixer une dent branlante à une dent saine au moyen d’un fil de soie ou de lin.
Quand une dent a disparu on la remplace par un artifice très ingénieux. En Orient les femmes mâchent volontiers certaines substances dans le but de fortifier et d’assainir les dents. Une des plus employées est le mastix qui provient de la plante nommée Pistacia Lentiscus. L. Le meilleur provient de Chio. En Turquie dans les classes inférieures l’habitude de mâcher le mastix est générale, elle se rencontre fréquemment aussi en Grèce et dans les îles. Par la mastication le mastix prend la forme d’une masse compacte, blanche et molle. Introduite par la langue et les doigts dans la plaie laissée vide par une dent tombée ou arrachée, elle la comble et fait disparaître d’une façon agréable à la vue la malencontreuse trouée. A Athènes les prostituées de bas étage qui habitent au Pirée les maisons fréquentées par les marins employent fréquemment cette méthode aussi commode que
peu dispendieuse pour masquer les brèches que les accidents et la carie ont fait dans leur denture.
Nulle part m’écrit M'" le D'' Lambros on ne retrouve les origines de cette coutume très répandue, elles se perdent dans les lointains des âges et nous arrivent des profondeurs des siècles comme les légendes qui bercent l’enfance des peuples.
Après Hippocrate la médecine passa de Grèce en Egypte. Les Ptolémées qui sont d’origine grecque fondent l’École et la bibliothèque d’Alexandrie 320 ans avant J. - C. L’École d’Alexandrie fut et resta une école grecque dont l’enseignement reposait sur ces deux bases scientifiques : l’anatomie et la physiologie. C’est la médecine d’Alexandrie qu’Asclépiade apportait à Rome quand il vint s’y établir deux siècles avant J.-C.
Si les travaux scientifiques antérieurs à l’époque Hippocratique ne sont pas parvenus jusqu’à nous, les œuvres inspirées par l’École d’Alexandrie, nous restent aussi inconnues, elles ont péri dans des incendies successifs, dont les premiers remontent à l’an 40 avant notre ère, après la bataille de Pharsale. Quelques rares fragments mutilés et parfois d’une authenticité douteuse, voilà tout ce que nous possédons de
cette grande école dont le souvenir est resté vivant à travers les siècles.
Mais si nous ne pouvons étudier dans ses manuscrits, dans ses travaux originaux l’œuvre de l’école d’Alexandrie, nous pouvons cependant apprécier dans le traité « de re medica » écrit sous le règne d’Auguste par le latin Celse les progrès que cet institut célèbre avait fait réaliser à la science pendant les quatre siècles qui séparent Hippocrate d’Auguste. C’est de cette école que s’inspire l’immortel traité de Celse sur la médecine.
L’auteur latin nous entretient en deux endroits de la prothèse dentaire.
Dans le chapitre qu’il consacre à la fracture de la mâchoire inférieure ; « quelque maltraité » que soit l’os, les fragments ont toujours entre » eux quelque point de contact. Il faut donc, » avec deux doigts qui pressent de chaque côté » en dedans et en dehors de la bouche, refouler » les os à leur place, puis si la fracture est M transversale, cas dans lequel une dent dépasse » ordinairement sa voisine, réduire le maxillaire » et attacher ensemble avec de la soie, les deux » dents les plus proches, ou si elles vacillent, » les suivantes. »
Mais dans ce passage Celse semble bien
moins s’occuper de raffermir des dents ébranlées par le traumatisme que de maintenir en leur place par des ligatures dentaires, les fragments du maxillaire brisé. (Liv. VIII. Chap. VII).
Mais il est un autre chapitre (liv. VII chap. XII ^ I) ou l’auteur latin est plus explicite et nous montre que la prothèse dentaire s’était développée depuis l’époque Hippocratique.
Quatre siècles auparavant, l’écrivain grec n’applique des ligatures que sur des dents mobilisées par un traumatisme de la mâchoire inférieure. Celce consacre un chapitre tout entier aux dents qui remuent, soit à la suite d’un coup, soit à cause de la faiblesse des racines ou de l’altération et de la sécheresse des gencives. Il indique comme remède à cette situation : la cautérisation des gencives au moyen d’un cautère incandescent, l’arrachement des dents et enfin si « par suite d’un coup ou d’autre cause des dents » vacillent, on doit à l’aide d’un fil d’or les » attacher à celles qui tiennent bien » « at si » ex ictu vel alio casu aliqui labant dentes, auro » cum iis qui bene hærent, vinciendi sunt. »
Beaucoup de traducteurs ont rendu le mot « auro » par fil d’or, nous verrons plus tard que c’est surtout de lamelles d’or dont on se servait.
Les deux procédés étaient en usage et l’auteur latin en disant que les dents vacillantes doivent être attachées par de l’or à celles qui tiennent bien, ne distingue pas entre fil et lamelle.
Les connaissances des anciens en thérapeutique ne se bornaient pas à la prothèse et à ses divers procédés. Lisez Hippocrate, Celse, Galien, Aétius, Paul d’Égine et vous verrez combien ils sont féconds en remèdes pour calmer les douleurs dentaires, arrêter la carie, obturer les cavités qu’elle a provoquées. « On a trouvé, m’écrit » le Lambros, bien des fois dans des » tombes antiques grecques des dents aurifiées » et plombées. » La coutume d’obturer la cavité causée par la carie au moyen de pâtes qui se durcissaient avec le temps, s’était propagée jusque dans la Gaule. Eugène Toulouze, l’archéologue qui a le plus fouillé le sol de la vieille Latèce, m’écrivait il y a quelque temps « étudiant une » sépulture Gallo-Romaine, je vis entre deux » molaires une sorte de croûte jaunâtre adhérant » à leur base. Elle était très dure, je la pris » d’abord pour du tartre. Elle était formée d’une » sorte de mastic très fin et très adhérent ; je » l’enlevai par éclats au moyen de mon canif, » dont le tranchant fut émoussé. Elle comblait » une cavité creusée dans la dent, elle y avait
» été poussée et enfoncée fortement, une partie » excédente était restée entre les deux molaires » et s’y était durcie. »
S’agissait-il d’arracher une dent cariée et de n’en point briser avec les instruments la fragile couronne. Celse conseillait d’emplir la cavité avec de la charpie ou du plomb bien préparé.
« antè id foramen vel linamento, vel bene acco- » modato plumbo replendum est, ne sub forcipe » confringatur. » Celse liv. F// § XI 1.
Se trouvait-on en présence de dents dont les aspérités pointues ulcéraient la langue Celse faisait ce que nous faisons aujourd’hui, il limait la dent « quand il existe un ulcère des bords de » la langue, il faut examiner s’il n’existe pas » vis-à-vis de lui quelque dent un peu pointue, » qui empêche souvent l’ulcère de se guérir et » s’il y en a, on la lime. Celse liv. VI § XII. Galien et Aétius se servent aussi de la lime.
La civilisation latine dut accueillir avec faveur la prothèse dentaire qui servait si bien la coquetterie des décadents de la république, comme elle servit plus tard celle des efféminés de l’empire. Quand Plaute écrivait au 11^ siècle avant notre ère, les raffinements de la toilette féminine montraient bien que les jours austères de la république avaient disparu.
Ecoutez lés réflexions que le grand comique latin met dans la bouche d’Adelphasie, fille d’Hannon « depuis l’aurore jusqu’à l’heure qu’il » est, nous n’avons eu ma sœur et moi qu’une » seule occupation sans relâche, nous laver, » nous frotter, nous essuyer, nous arranger, » nous polir, nous repolir, nous farder, nous » pomponner et nous avions encore avec nous » chacune deux servantes qui nous aidaient dans » tous les soins de toilette et de propreté et » nous avons lassé deux hommes à nous appor- » ter de l’eau. » (Le Carthaginois).
Et dans une autre comédie « Le Brutal » Plaute complète ce tableau :
Stratilax.
Si tu ne dépêches d’allonger le pas pour t’en aller, cette crinière peignée, pomponnée, frisée, bouclée, parfumée, je l’arracherai de ton crâne.
Astaphie.
Pour quelle raison ?
Stratilax.
Pour oser t’approcher de notre logis, parfumée de la sorte et pour avoir le museau si joliment fardé.
Astaphie.
C’est ta criaillerie, par Castor, qui me fait monter le rouge à la figure.
Stratilax.
Oui da ! le rouge te monte coquine ? Comme s’il te restait encore sur la peau une place à teindre. N’es tu pas barbouillée de vermillon sur les joues et de craie sur toute ta personne ?
Les satyriques de l’empire ont souvent mis en scène et criblé de leur persifflage toute cette population qui passait son temps à s’épiler, à se farder, à se ponçer, à se couronner de fleurs, à s’imprégner de parfums.
Ils nous montrent les femmes se maquillant, se couvrant la tête de perruques blondes ou noires, se faisant épiler les bras, les jambes, les aisselles, les parties génitales elles mêmes. S’allongeant les sourcils, se teignant les cils avec une aiguille noircie de fumée. Elles se mettaient des mouches sur la figure, elles s’appliquaient des emplâtres pour effaçer les rides. « C’est en vain, dit Martial à Polla, que tu tentes » d’effaçer avec de la farine de fèves les rides de » ton ventre.
Juvénal nous en trace un tableau peint sur le vif dans sa satyre VI.
« Est-il rien de plus insupportable qu’une » femme riche, qui ne rirait en voyant son visage » hideusement empâté, exhalant l’odeur des » essences employées autrefois par Poppée et » graissé de pommades ou vont se coller les » lèvres du mari? Mais a-t-elle un rendez vous, » elle se lavera la visage. Au logis, elle est tou- « jours assez belle ! C’est pour son amant qu’elle » réserve le nard odoriférant, c’est pour lui » qu’elle achètera tous les parfums de l’Inde. » Enfin elle se découvre la figure, elle lève le » premier appareil, on commence à la reconnaî- » tre, elle s’étuve ensuite avec un lait pour le- » quel elle traînerait à sa suite un troupeau » d’ânesses, si on l’exilait sous le pôle du nord. » Je demanderais volontiers en voyant une face » couverte de tant de préparations et enduite » d’un cataplasme si épais : est- ce un visage, » est-ce un ulcère ?
Beaucoup d’hommes étaient dignes de ces femmes et si les Romains durent attendre que le second Scipion l’Africain leur apprit à se raser chaque jour, ils abusèrent plus tard de cette leçon de propreté, par les soins excessifs qu’ils donnèrent à leur toilette.
Le satyrique Lucilius dit de lui même : « je » me rase, je m’épile, je me décrasse, je me
» ponce, je me bichonne, je me polis, je me » farde. »
« Ta poitrine, tes bras, tes cuisses, tu les » épiles, dit Martial, (Epigr. IL 62) et tes parties » génitales tondues ne sont couvertes que de » poils courts. »
« Un beau, dit Martial, (Epigr. III. 63) est » un homme qui donne à ses bras épilés mille » gracieux mouvements.
Il dit encore (Epigr. II. 2g) Et dont brillent » les bras épilés et polis. »
« Il n’étale pas ses aisselles non épilées » dit Juvénal satyre XI.
En sa satyre II Juvénal dit encore : « celui - » ci levant ses yeux qui clignotent, se peint les » sourcils avec une aiguille trempée dans la suie. »
Ovide nous raconte : « les femmes remplis- » sent les sourcils aux endroits dégarnis de poils, » elles n’ont point honte de se farder les yeux » avec une cendre fine ou avec le safran de Cili- » cie. »
Antiphile, poète du I^^ siècle, nous a laissé l’épigramme suivante qu’on trouve dans l’anthologie grecque : « bien que tu tendes la vieille » peau de tes joues ridées, que tu dessines au » charbon tes sourcils absents et que tu colores
» en noir tes cheveux blancs, tout cela ne t’em- » bellira pas. »
D’après Aetius écrivain du V® siècle les hommes de son temps préféraient les yeux noirs aux } eux bleus et pour leur plaire les femmes se faisaient des yeux noirs en s’introduisant entre les paupières des substances capables de dilater la pupille. Elles diminuaient ainsi la surface bleue de l’iris au profit du champ pupillaire noir qui grandissait. L’œil paraissait plus noir, c’était tout ce qu’il fallait. La vision était amoindrie momentanément, mais le visage plaisait mieux.
Voilà à quels soins, aux plus beaux jours de l’Empire, les femmes et les efféminés de Rome consacraient leurs loisirs.
On conçoit combien la denture devait être chère à des gens si soucieux de leur beauté et quel prix ils devaient attacher à son intégrité.
Aussi y avait-il à Rome des dentistes fameux, Martial nous en cite un des plus connus. (Liv. X. Épigr. LVI.)
Cascellius arrache ou guérit une dent qui fait mal.
Eximit aut refecit dentem Cascellius ægruin.
Et ce n’étaient pas de vulgaires arracheurs de dents, ces dentistes, ils connaissaient autre chose que cet ultima ratio de leur art, Martial
nous le dit, ils guérissaient aussi les dents malades.
On donnait aux dents des soins analogues à ceux dont on entourait les autres organes. Au temps de Celse et surtout de Galien on faisait un très grand usage des poudres dentifrices.
« Quand les dents étaient noires et malpro- » près, Celse dit liv. vu. chap. xii., il faut les » racler et les frotter avec des fleurs de roses » pilées, additionnées d’un quart de noix de » galle, d’un autre de myrrhe et se rincer fré- » quemment la bouche avec du vin pur. »
Parmi les soins que l’on prenait de la denture pour lui conserver sa blancheur, Catulle (1) nous en indique un bien singulier dans son épigramme contre Egnatius qui avait de très belles dents et une bouche toujours ouverte pour les montrer.
« Tu n’es cependant, lui dit-il, ni un Romain, » ni un Sabin, ni un Etrurien, ni un citoyen d’un » pays quelconque de l’Italie où l’on se rince » la bouche avec de l’eau pure. Mais tu es un » Celtibérien, tu es de ce pays dont les habitants » enlèvent chaque matin le tartre de leurs dents » roussâtres avec le liquide que tout le monde « pisse. Aussi plus tes dents sont blanches, plus
(i) Catulle vivait à l’époque de Cicéron.
» leur éclat trahit la dégoûtante recette que tu » puises dans ton vase de nuit. »
La bêtise humaine est éternelle, La civilité d’Erasme publiée en 1530 nous apprend qu’on employait comme odontalgique différentes poudres, que l’on frottait les dents avec du sel et de l’alun et que beaucoup de personnes avaient l’étrange coutume de les nettoyer avec de l’urine.
Dans une « Dissertation sur les dents » publiée en 1079 par Martin, ce chirurgien préconise contre la carie dentaire deux remarquables spécifiques : l’urine et les crottes de chat. Deux docteurs régents de la Faculté de Paris ont donné leur approbation à cette œuvre.
Et je suis bien convaincu qu’à l’heure où j’écris, l’urine sert encore à nettoyer bien des dents.