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3. « Constituimus in primis, evangelicum instrumentum Apostolos auctores habere, quibus hoc munus Evangelii promulgandi ab ipso Domino sit impositum; si et apostolicos, non tamen solos, sed cum apostolis et post apostolos. Quoniam prædicatio discipulorum suspecta fieri posset de gloriæ studio, si non assistat illis auctoritas magistrorum, imo Christi, qui Magistros apostolos fecit. Denique nobis fidem, ex apostolis Joannes et Matthæus insinuant; ex apostolicis Lucas et Marcus instaurant... Adv. Marc.1v, 2, t. 1, col. 365. Cf. Le Præscr. t. 1, col. 51-52.
n'avaient pas existé dans l’Église dès l’origine 1 ».
Ainsi donc, pour Tertullien de Carthage comme pour Clément d'Alexandrie, comme pour Irénée de Lyon, quatre Évangiles, les nôtres, et ceux-là seulement, mais tous les quatre au même titre, sont en possession de l’usage ecclésiastique depuis les apôtres. La bonne nouvelle vient de Dieu, mais l’acte authentique, la minute qui la renferme « l'instrument évangélique » est l’œuvre des apôtres, qui l’ont formé, soit en publiant les livres qu'ils avaient composés, soit en couvrant de leur autorité ceux de leurs disciples.
Ne demandez pas à Tertullien de vous raconter longuement l’origine particulière de chaque Évangile et les circonstances de sa publication. Ces détails n’ont pour lui qu’un intérêt très secondaire. Ce qui le frappe, et ce qu’il remarque avant tout, c’est que toutes les pièces de l'instrument évangélique sont entre les mains de l’Église, dès les temps apostoliques, et ce fait capital, ce fait indéniable, qui suffit à justifier sa foi, comme il suffit à fonder la nôtre, il l’oppose comme une réponse sans réplique aux sophismes des novateurs de tous les pays et de tous les siècles. & Après tout, s’il est incontestable que le plus vrai est le plus ancien, le plus ancien ce qui vient de la source et le plus près de la source ce qui part des apôtres ; il ne
4. « Eadem auctoritas ecclesiarum apostolicarum cœteris quoque patrocinatur Evangeliis, quæ proinde per illas habemus, Joannis dico et Matthæi, licet et Marcus quod edidit, Petri affirmetur cujus interpres est Marcus... Itaque et de his Marcion flagitandus, quod omissis eis, Lucæ potius institerit ; quasi non et hæc apud ecclesias a primordio fuerint, quemadmodum et Lucæ. Atquin et hæc magis primordio fuisse credi-
l’est pas moins que cela vient des apôtres qui à été tenu pour saint et vénérable par les églises des apôtres ». Or les églises des apôtres vénéraient comme nous nos textes évangéliques aussi anciens qu’ellesmêmes. Donc nos Évangiles viennent des apôtres.
o. Tous les chrétiens du second siècle. Vit-on jamais plus vigoureuse profession de foi? Où trouver des affirmations plus catégoriques ? où lire des arguments plus décisifs ?
Une si parfaite sécurité d’esprit ne peut être l'effet que d’une conviction personnelle profonde : une si calme intrépidité de parole révèle dans le public un état d'opinion nettement favorable. On ne pense si haut, on ne parle si ferme, que lorsqu'on est également sûr et de sa science et de ses lecteurs.
Ce n’est donc pas seulement une voix que nous entendons dans le témoignage de Tertullien, une voix puissante exprimant avec éclat la pensée d’une âme solitaire, c’est encore, c’est surtout un écho, un écho sonore et fidèle de la pensée de toute une époque, de telle sorte qu’il suffit de le lire, pour apprendre du même coup ce qu’étaient, à un, moment donné, la
bile est ut priora, qua apostolica, ut cum ipsis ecclesiis dedicata ». Ibid. 1v, 5, col. 367. Et ailleurs, à propos du même Marcion et de ses préjugés contre les Évangiles: « Quis inter nos determinabit, nisi temporis ratio, ei præscribens auctoritatem, quod antiquius reperietur. » Ibid. 1v, 4, col. 365. Origène avait déjà tenu le même langage, in Luc., Hom. XXXI, t. XII, col. 1880 ; Epist. ad Afric., 4,t. x1, col. 57 ; et saint Augustin ne parlera pas différemment, De Doctr. Christi, 11, 8, t. XXXIV, col. 40 ; Contra Epist. Fund., v, t. XL1—, col. 176,
foi d’un grand esprit et la foi de l’Église. On peut en dire autant des témoignages de Clément et de saint Irénée. Eux aussi nous font entendre, avec le son très personnel de leur voix, l’écho de l’enseignement de leurs maîtres ; qui les lit sait, non seulement ce qu’ils croient et ce qu’ils enseignent, mais ce qu’ils ont appris de leurs devanciers et ce qu’ils savent professé par leur contemporains. Leur foi est celle de tous les chrétiens de leur temps ; leur enseignement est celui de l’Église entière : celui de Rome elle-même, comme le prouve d’une façon si péremptoire le célèbre fragment de Muratori ; celui des Gaules, Irénée en est garant : celui de l'Égypte, on peut en croire Clément ; celui de lAfrique, qui peut le dire avec plus d'autorité que Tertullien ? celui enfin des apôtres et de leurs disciples, qui peut mieux le savoir que l’évêque de Lyon, le docteur d'Alexandrie et l’apologiste de Carthage ?
6. Croyance dix-sept fois séculaire. Le fait est donc certain, certain jusqu’à l’évidence, les chrétiens du second siècle à son déclin croient de toute leur âme à la provenance apostolique des textes de l'Évangile.
Qu'est-ce que cela prouve, dites-vous, et où prétendez-vous nous conduire à la suite de vos chrétiens du second siècle ?
Qu'est-ce que cela prouve, mon cher lecteur ? Mais tout d’abord, que la thèse que nous défendons n’est pas nouvelle, puisque dix-sept siècles aujourd’hui nous séparent des chrétiens par nous cités, el vous avez vu si elle leur tient au cœur.
Où nous prétendons vous conduire? Mais à cons-
tater par vous-mêmes que la foi des chrétiens d’aujourd’hui est identique à celle des chrétiens de cette lointaine époque ; notre but est de mettre sous vos yeux la preuve palpable de cette vérité que la croyance à l’authenticité de nos Évangiles est, à l’heure présente, non seulement vieille de dix-sept cents ans, mais forte de l’adhésion de toutes les générations chrétiennes depuis la fin du second siècle jusqu’à nos jours.
Est-ce vraiment si peu de chose que de nous être donné cette conviction, cette vision, qu’attribuer à saint Matthieu, à saint Marc, à saint Luc et à saint Jean la paternité de nos Évangiles, c’est purement et simplement faire nôtre la croyance dix-sept fois séculaire de tous les chrétiens ?
7. Groyance fondée. Que prouvent des témoignages comme ceux d’Irénée, de Clément et de Tertullien ! — tout simplement que la thèse de l'authenticité est certaine, puisqu'elle compte de tels défenseurs. Que prétendons-nous en les reproduisant ! Permettre à nos lecteurs d’en constater par eux-mêmes la clarté souveraine, la sincérité absolue et l’incontestable vérité.
Ils ont passé sous vos yeux, ces témoignages ; vous les avez lus. Sont-ils clairs ? disent-ils en termes assez précis que les Évangiles — nos Évangiles — sont l’œuvre des Apôtres ou des hommes apostoliques dont ils portent le nom ? « Ils sont donc ignorants, audacieux et vains, ceux qui défigurent la beauté de l'Évangile et admettent plus ou moins d'Évangiles que ceux qui ont
été énumérés ». Est-ce assez ferme ? « Ce que nous soutenons avant tout, c’est que l’instrument apostolique a pour auteurs les apôtres et les hommes apostoliques .. ce que nous affirmons c’est que, parmi les apôtres, Jean et Matthieu nous communiquent la foi ; c’est que parmi les hommes apostoliques, Luc et Marc la renouvellent ». Est-ce assez explicite ?
Sont-ils sincères ? Irénée, Clément et Tertullien inventer la provenance apostolique des Évangiles et l'accréditer par une imposture ! le dernier des sectaires reculerait devant l’absurdité d’un pareil soupcon, et, si son cœur pouvait le concevoir, il en rougirait comme d’une humiliante sottise.
Ils sont si manifestement les interprètes convaincus de la pensée de leurs contemporains et les porte-voix fidèles de la tradition, nos témoins.
L'erreur, si erreur il y à, ils ne l’inventent pas, ils la subissent. De pareils hommes se trompent peutêtre, mais sûrement ils ne mentent pas. Se trompentils dans le cas présent, tout est là pour nous.
Eh bien, non, ils ne se trompent pas. Ce qu'ils disent si clairement, ce qu’ils croient si fermement, ils le savent de science certaine. Que disent-ils en effet ? qu'affirment-ils avec tant de conviction ? que soutiennent-ils avec tant d'assurance ? — Que partout et toujours les chrétiens ont vu dans nos Évangiles l’œuvre des apôtres et que cette universalité de croyance est une preuve sans réplique de la provenance apostolique de nos textes sacrés ; en d’autres termes — que l’on a toujours cru à l’authenticité des Évangiles et que nous devons y croire précisément parce qu’on y à
UNANIMITÉ DÉCISIVE a
toujours cru. Tournez et retournez leurs témoignages comme il vous plaira, vous n’en ferez jamais sortir autre chose que l'affirmation d’un fait : les chrétiens de tous les temps ont proclamé nos Évangiles apostoliques, préparant et motivant une conclusion toujours la même: donc nos Évangiles sont apostoliques.
Or, du fait en question ils peuvent témoigner en pleine connaissance de cause, et rien n’est plus facile à justifier que la conclusion qu’ils en tirent.
8. Une enquête modèle. Le fait d’abord. En réalité de quoi s'agit-il? De savoir avec certitude ce que les chrétiens, jusqu’à la fin du second siècle, ont, partout et toujours, pensé de la provenance de nos Évangiles.
« Partout, » appliqué au Christianisme, à l’époque qui nous occupe, cela veut dire — sur toute la surface du monde greco-romain, cela veut dire en Palestine, en Syrie, en Asie, en Egypte, en Afrique, en Gaule et surtout à Rome.
« Toujours » appliqué aux Évangiles, cela veut dire, pour le premier, cent trente ans au plus; pour le dernier, quatre-vingts ans à peine.
Toute la question est donc de savoir si nos témoins ont eu la facilité de mener à bonne fin une enquête sur l'opinion des chrétiens de l’Empire touchant la provenance de nos Évangiles, pendant un peu plus d’un siècle.
La réponse peut-elle être douteuse pour qui connaît seulement les grandes lignes de la vie d’Irénée, de Clément et de Tertullien ?
Né en Asie Mineure, dans le premier quart du second siècle, Irénée meurt évêque et martyr en Gaule en l’an 102. À Smyrne il a pour maître saint Polycarpe (69-155) « compagnon de nombreux fidèles qui ont vu le Christ, non seulement instruit par les apôtres mais préposé par eux, à Smyrne même au gouvernement des chrétiens d'Asie 1. » À Lyon, dontil devient évêque après la mort de saint Pothin, 177, il entretient des rapports directs et suivis avec le siège apostolique et avec tous les évêques des Gaules 2. Toute sa vie qui fut longue est une enquête doctrinale incessante ; croyances et pratiques de l’Église, artifices et variétés de l’hérésie, il a tout exploré, tout décrit $. Lisez ses œuvres.
Quels souvenirs il garde au fond de son cœur des enseignements et des exemples de son vénéré Maître Polycarpe ! Écoutez ce qu’il écrit à Florinus. « J'étais bien jeune quand je vous ai vu dans l’Asie Mineure auprès de Polycarpe. Alors, vivant avec éclat à la cour, vous faisiez tous vos efforts pour acquérir l’estime du saint évêque. Car je me souviens mieux de ce qui se passait alors que de tout ce qui est arrivé récemment. Les choses apprises dans l'enfance se nourissant et croissant en quelque sorte dans l’esprit avec l’âge, ne s’oublient jamais ; de sorte que je pourrais dire le lieu même où était assis le bienheureux