‹ La provenanace des ÉvangilesChapitre 9 sur 146 · EUSÈBE, IL. c · texte numérisé non relu

EUSÈBE, IL. c

Christianisme, dont on ne saurait contester la foi profonde et motivée à la provenance apostolique des textes évangéliques.

4. Tertullien. L'activité littéraire de Tertullien remplit près d’un quart de siècle. Durant plus de vingt ans, de 197 à 220 environ, Carthage et l'Afrique retentissent des accents troublants de sa voix puissante; chaque écrit qui sort de sa plume est un événement. On connait les heureux débuts, les brillants progrès et la fin malheureuse de ce puissant esprit à qui il ne manqua, pour égaler les plus grands, que de savoir user avec modération des merveilleuses ressources qu’il tenait du ciel. Presque sur tous les points il passe sans transition d’un extrême à l’autre, toujours intransigeant ettoujours mobile. Un seul point fait exception, et c’est précisément celui qui nous intéresse ici, l'autorité des Evangiles. Sur cette question capitale, jamais il n’a varié ; jamais, même aux plus sombres heures de son existence agitée par tant d’orages, il n’a cessé de voir dans les livres du Nouveau Testament, la parole de Dieu écrite par les apôtres. Il était déjà séparé de l'Église quand il défendait contre Marcion le Nouveau Testament dela tradition catholique.

L'œuvre entière du fougueux écrivain est remplie d’allusions aux textes sacrés. À tous il fait des emprunts, et des emprunts si fréquents et si larges qu’un célèbre critique anglais a pu dire : &« Dans ce seul auteur, le Nouveau Testament est cité en plus d’endroits et avec plus d’étendue que toutes les œuvres de Cicéron ne l’ont été par tous les écrivains du monde dans

l’espace de plusieurs siècles !,»et qu’un savant d’outre- Rhin, qui en a fait le recueil, a cru devoir le publier sous ce titre significatif : Le Nouveau Testament tiré des écrits de Tertullien ?.

Et non-seulement Tertullien cite les livres inspirés, mais il en connait les auteurs et les nomme. Cela est vrai surtout de nos Évangiles. — « Ce que nous soutenons, avant tout, dit-il, c’est que le texte de l'Évangile — l'instrument évangélique — a pour auteurs les apôtres à qui Notre-Seigneur lui-même confia la mission de promulguer la bonne nouvelle. Les hommes apostoliques n’ont pu l’écrire seuls, mais avec les apôtres et d’après les apôtres. Ce que nous affirmons, c’est que, parmi les apôtres, Jean et Matthieu nous communiquent la foi; c’est que, parmi les hommes apostoliques, Luc et Marc la renouvellent $ ». Et un peuplus loin : « La tactique de Marcion, en cela très repréhensible, consiste à s’attacher de préférence à l'Évangile de saint Luc, négligeant les trois autres ; comme si ces derniers, aussi bien que Luc lui-même,

1. LARDNER, Credibility of the Gospels History, t. II, IV, 37.

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