SCRIVENER, ibid., n° 9, p
dent aisée la reconstitution totale du même texte grec tel que l’avaient sous les yeux au troisième et au second siècle, les auteurs des plus anciennes versions syriaques, coptes et latines; — des citations incontestés permettent de se rendre au moins partiellement compte, jusqu'aux environs de l’an cent, de l’état des transcriptions ou des traductions en usage dans les milieux si divers où vécurent les deux cents écrivains antérieurs à saint Jérôme qui les firent passer dans leurs œuvres,
Elle est donc faite et bien faite la preuve directe de la conservation des textes évangéliques.
Inutile, à force d’être évidente, à partir du quatrième siècle ; claire et pleine pour le troisième ; très suffisante pour le second, elle ne devient incomplète que dans le voisinage du premier.
11. La preuve indirecte. Tant qu’elle est possible ei dans la mesure où elle est possible la comparaison entre les textes d'aujourd'hui et les texies d’autrefois rend évidente la ressemblance des premiers avec les seconds.Autrefois,il est vrai, provisoirement du moins, finit au début du second siècle; plus loin, c’est le désert : nulle version, pas un manuscrit, et des citations si rares. Mais en deça, quelle fortuneet quelle lumière!
Tout ce que nous connaissons confirme la thèse traditionnelle ; rien de ce qui se constate n’est de nature à troubler la foi qu’elle nous inspire. Ce n’est donc pas la critique qui fournira des arguments aux négateurs de l'intégrité des textes évangéliques.
Des preuves, de vraies preuves d’un changement, ils
n’en ont d'aucune sorte. Tout ce qu’ils savent, nous le savons aussi bien qu'eux ; et ce que nous savons les condamne. L’altération des rédactionsapostoliques, ils ne la prouvent pas, mais ils la supposent. En ontils le droit ?
Non certes. Et c’est ici qu’intervient à propos l’argument mis par nous en réserve, dès le début, sous le nom de preuve indirecte. L'intégrité des Évangiles, même antérieurement à toute recherche critique, est assurée. Nos textes sont inaltérés, parce qu'ils ne peuvent pas ne pas l'être. Leur histoire révèle à qui sait réfléchir, non seulement la difficulté et l’invraisemblance, mais l'impossibilité de tout changement à leur teneur essentielle.
De cette impossibilité les preuves abondent. C’est, tout d’abord, l’idée même qu’on a de leur provenance, la conviction unanime des chrétiens que les Évangiles sont des apôtres et viennent de Dieu : qui donc pourrait impunément toucher à une œuvre que tout le monde proclame apostolique et divine ?
C'est ensuite la susceptibilité des simples fidèles que le moindre changement, fût-il un progrès manifeste, déroute et scandalise : le remplacement d’un mot reçu par un mot nouveau, même synonyme, provoquait une émeute, et on aurait pu sans soulever de protestation altérer tout un livre ?
C'est la piété des Pères constamment soucieux de prévenir, par tous les moyens en leur pouvoir, l’altération voulue du texte sacré : quel scribe chrétien pouvait ignorer leurs recommandations, leurs supplications, leurs menaces ?
C’est la sollicitude de l’Église, toujours prompte à s’alarmer sur le « dépôt » dont elle a la garde: assisterait-elle, sans un cri, au pillage de sa fortune ; laisserait-elle, par incurie, périr son trésor ?
C’est la manière dont furent à l’origine reproduits, multipliés et répandus les textes sacrés : créer et maintenir dans des milliers de manuscrits indépendants, disséminés dans tout l’Empire, des altérations identiques, est-ce croyable, est-ce possible ?
C’est enfin le fait seul, de l’acceptation incontestée et unanime, dès la fin du second siècle, d’un texte des Évangiles pareil au nôtre : qui a pu l’établir ? qui le faire recevoir ? Si tard et si vite, séduire ou tromper toute l’Église ! Qui donc en était capable ?
12. Le culte des textes évangéliques. Quelles sont belles et touchantes les manifestations du respect et de l’amour des premiers chrétiens pour l'Évangile !
En pleine paix dit Eusèbe, à Césarée de Palestine, pour avoir confessé le nom de Jésus-Christ, un certain Marinus, d’un rang distingué, d’illustre naissance et de grande fortune, eut la tête tranchée, voici dans quelles circonstances.
Il existe chez les Romains un honneur symbolisé par la branche de vigne dont la collation donne le grade de Centenier. Une place de ce genre étant venue à vaquer, c'était le tour de Marinus d’y être promu. Mais voilà qu’à l’heure de la promotion, un homme se présente devant le tribunal, et, prenant le rôle d’accusateur, soutient que Marinus en tant que chrétien et parce qu’il refuse de sacrifier aux Empe-
reurs est, de par les lois, exclu de toute dignité romaine, et que, de plein droit, ce grade lui revient.
Troublé de cette intervention soudaine, le juge nommé Achæus, se tournant aussitôt vers Marinus lui demande quelle « opinion » il professe ; et convaincu sans retard qu'il se proclame hautement et fermement chrétien, il lui donne trois heures pour délibérer.
Juste au moment où il sortait du prétoire, Marinus rencontre Theoteknos, i’évêque de la ville, qui s’entretenant avec lui l’entraine doucement vers l’église où ils pénètrent se tenant par la main. Debout lun et l’autre près de l’autel, Theoteknos montrant au soldat d’un côté l’épée que lui donne l'Empereur et de l’autre l'Évangile que lui confie l’Évêque : choisis, dit-il, ce que tu préfères.
Sans l’ombre d’hésitation d’une main ferme et rapide le soldat saisit l'Évangile. Sois donc à Dieu, tiens à Dieu, et fort de sa vertu, gagne ce que tu as choisi. Ainsi parle l’Évêque.
À l’heure même où il sortait de l’église, le héraut le citait à la porte du prétoire. Le temps donné parle juge était passé. Et comme, conduit au tribunal, il laissait éclater une plus grande joie de croire, tout aussitôt, tel qu’il était, mené au supplice, il reçut la couronne du martyre.
Admirable, écrit Sozomène, était la gravité de cet homme de Dieu — saint Spyridion évêque, de Trimy-
1. EUSÈRE, Hist. Eccl., vtr, 15; MIGNE, t. XX, col. 676-677. — Voir id. ibid., vIr, 2, col. 745, |
thunte dans l’ile de Chypre au 1v° siècle — admirable, le zèle qu’il déployait dans ses fonctions ecclésiastiques. Une grave et pressante affaire ayant réuni tous les évêques de Chypre, notre saint était là ainsi que Triphyllus évêque de Lèdres, homme très éloquent et qui, pour étudier les lois romaines, avait longtemps séjourné à Beyrouth.
C’est à ce dernier que fut offert l’honneur, qu'il acceplia volontiers, d'adresser la parole au peuple. Or, comme la marche de son discours l’amenait à citer le mot du Sauveur au paralytique : « Prends ton grabat et marche », Triphyllus crut pouvoir substituer ‘au vocable, krabbaton, moins distingué, celui de skimpodion, plus noble et plus fin.
Mais Spyridion transporté d’indignation : Êtes-vous, s’écrie-t-1}, de condition meilleure que Celui qui a dit grabat, pour avoir honte de vous servir des termes dont il s’est servi? Et parlant ainsi il se lève, et à la vue du peuple, descend de son siège épiscopal, pour rappeler à plus de réserve, par cette leçon, un homme à qui l’éloquence faisait oublier les délicates exigences de la modestie. 1
Et les simples fidèles? Leur respect pour le texte est si profond, leur susceptibilité, à son endroit, si grande, qu'ils s’épouvantent quand on y touche et se fàächent quand on apporte à la traduction reçue les plus légères modifications. De là les difficultés qu’eut saint Jérôme à faire accepter sa Vulgate. Elles furent telles que Jérôme seul était capable de les vaincre. Saint Augustin lui-même le détournait de la lutte et