SOZOMÈNE, Hist. Eccl., I, 12, MIGNE, t. LXVIT, col
pour le convaincre: « Un de nos frères, lui éerivit-il, un de nos frères dans l’épiscopat, avait entrepris de lire en son église ton interprétation. Il cita un passage de Jonas sensiblement différent de ce qui avait vieilli dans les sens et dans la mémoire, répété par tant de générations. Un tel tumulte se produisit dans le peuple, les Grecs surtout t’accusant et criant à la fausseté, que l’évêque fut contraint d’invoquer le témoignage des juifs. Soit ignorance, soit malice, ceux-ci répondirent qu’ils avaient dans l’original hébreu tout ce qui était dans le grec et le latin. L’évêque se vit réduit à faire amende honorable, s’il voulut après l'orage ne pas rester sans troupeau. 1!»
Le célèbre codex Sinaïiticus, découvert au couvent de sainte Catherine du mont Sinaï, en 1844, par Tischendorf, porte à la fin du livre d’Esther la note suivante : € Ce manuscrit à été collationné avec un exemplaire très antique, corrigé par la main du saint martyr Pamphile. ? A la fin de ce livre très ancien, qui commençait par le premier livre des Règnes—des
4. SAUGUSTIN, Epist. LXXI, n° 5, ad Hieron. MIGNE, t. XXXUI, col. 242-243.
2. Celui-là même dont saint Jérôme a dit: « Le prêtre Pamphile, ami et commensal d'Eusèbe, évêque de Césarée brüla d’un tel amour pour la « bibliothèque divine » qu’il transcrivit de sa propre main la plus grande partie des « volumes » d’Origène ». Et un peu plus loin, pour donner de la science d’Eusèbe une haute idée, il se contente de nous dire qu’il fut ?n Scripturis divinis studiosissimus, et bibliothecæ divinæ, cum Pamphilo martyre, diligentissimus pervestigator. » De vir.illustr., 79, MIGNE, t. xxIN, col. 681, 683, 685.
Rois — et se terminait à Esther, il y avait à la marge une souscription autographe du martyr lui-même, dont voici la teneur:
Ce codex a été collationné et corrigé avec les Hexaples d'Origène, revus par lui-même. Antonin confesseur—de la foi—lisait : moi, Pamphile, j’ai corrigé le livre, en prison, par la grande grâce et miséricorde de Dieu. Et, s’il est permis de le dire, il ne sera pas facile de trouver un exemplaire qui puisse être comparé à celui-ci. 1 »
Ces paroles ont été écrites de 307 à 309, pendant la persécution de Dioclétien.
« Ainsi, au moment même où cet empereur faisait rechercher partout les Livres Saints pour les brüler et les détruire, les martyrs, au fond de leurs cachots, se préparaient au supplice, en les recopiant et en les corrigeant, pour réparer le mal fait par le persécuteur, et ils considéraient ce travail comme une « grande grâce de Dieu. » Quel amour des Saintes Écritures expriment ces simples paroles, écrites dans une prison, à la veille d’une mort sanglante ! ? »
13. La foi à l'inspiration des Évangiles. C’est que, tout comme nous, Pamphile croyait à la provenance divine des textes de l'Évangile, Comme Marinus, comme Spyridion, comme les fidèles dont parle saint Augustin, comine les chrétiens de tous les pays et de tous
1. TISCHENDORF, Codex Friderico-Augustanus in-f°. Lipsiæ, 1816, fo 19, col. 2; et Novum Testamentum sinaïlicwm, in-40. Lipsiæ, 1863, p. XXXIII.
2. VIGOUROUX, Les Livres Saints et la critique, t. 1, p. 263-264.
les siècles il vénérait sous l’écorce de la lettre la parole infaillible et vivante du Verbe fait chair. Là, et là seulement, est le secret de sa religion et de son amour pour les Livres Saints. Il les croit divins.
Les premiers témoins de nos textes, c’est un fait, sous l'écriture des Apôtres vénèrent la pensée de Dieu, et leur foi à l'inspiration des Évangélistes n’est ni moins ferme ni moins explicite que leur conviction de l’authenticité des Évangiles.
Saint Ignace, on ne l’a peut-être pas oublié, rapproche dans l’unité d’un même Esprit, l’œuvre des apôtres et l’œuvre des prophètes, et compare les Évangiles aux livres inspirés de l’Ancien Testament, à la Loi et aux Prophètes.
Même rapprochement dans la pensée de l’auteur de l’Épiîlre à Dioynête et même comparaison sous sa plume. {
Saint Polycarpe, sans distinction d'aucune sorte, parle de « Lettres sacrées» et d’« Écritures » en citant saint Paul,comme il l'aurait fait en citant les Psaumes. 2
Basilide avait coutume de faire précéder de l’une où de l’autre de ces déux expressions : € .[l est écrit, » ou « l’Écriture dit, » les passages de l’Évangile qu’il jugeait à propos d’invoquer.
4. « Metus Legis decantatur, et Prophetarum gratia cognoscitur, et Evangeliorum fides stabilitur, et apostolorum traditio custoditur, et Ecclesiæ gratia exsultat ». Epist. ad Disgnetum, XI, 6. |
2. « Confido enim vos bene exercitatos esse in.sacris litteris et mhil vos latet; mihi autem non est concessum. Modo ut his scripturis dictum est : (Ps. 1V, 5, Eph., IV, 26) irascimini et nolite peccare, et sol non occidat super iracundiam vestram ». S. POLYCARPI, Epist. ad Philippenses, XI, 1.
« Il est écrit » se retrouve dans l’Épilre dite de Barnabé; 1 « lÉcriture dit, » dans la secunda Clementis, 2 et, dans les deux cas, à propos de citations de saint Matthieu.
L'auteur de la secunda Clementis va plus loin encore, puisqu'il fait précéder une citation de saint Luc de la formule si expressive: O theos legei « Dieu dit ». 8
Nous tenons de saint Justin que de son temps déjà on lisait et on commentait, dans l’assemblée des fidèles, « Les Mémoires des apôtres et les Écrits des prophètes, # » et le saint docteur comparait nos écrivains sacrés, (soumis à l'influence de l'Esprit divin, à des cithares ou à des lyres résonnant sous un archet céleste. 5 »
Théophile d’Antioche, quelques années plus tard, proclamait expressément divin, theios logos, «parole de Dieu,» le contenu des Épiîtres de saint Paul. 6
Identique est pour Clément d'Alexandrie l’autorité de la Loi, des Prophètes et de l'Évangile. 7 Celui qui
. Voir plus haut, p. 134.
WNOir p.107 . Sec. Clem., XI1, 4; LUC, VI, 32, 95.
. Voir plus haut, p. 63-64.
« Puros seipsos — sancti nostri homines, — divini Spiritus operationi præbere, ut divinum illud delapsum e eœlis plectrum velut quodam citharæ aut lvræ instrumento, ita justis bominibus utens, divinarum nobis et cœlestium rerum cognitionem recluderet.S. JUSTIN, Exhorlatio ad Græcos, 8, MIGNE, 4. vi, Col. 256-257.
6. THÉOPH. D'ANTIOCHE, Ad Autolyc., IT, 14, MIGNE, t. VI, col. 1131.
7. « Post hæc a nobis, quoad fieri potest, rerum propositarum impleta declaratione, qua de naturalibus principiis et a
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a éclairé les Évangélistes c'est l’auteur des deux Testaments, le Seigneur lui-même. Nos textes sacrés, comme ceux de la Synagogue, sont donc véritablement une « Écriture divine » 2 et nous devons y
chercher ce que « l'Esprit Saint y a mis pour notre salut.$ »
En écrivant les Évangiles, nous dit saint Irénée, les apôtres suivaient l'impulsion de la volonté divine, #
Græcis et ab aliis barbaris, prout ad nos pervenerunt opiniones, tradita sunt, oportet recensere ; et adversus præcipua eorum, quæ sunt excogitata a philosophis, argumentari. Quibus fuerit consequens, ut postquam theologiam cursim percurrerimus, ea quæ de prophetia tradita sunt tractemus ; ut etiam Scripturas, quibus credidimus, validas ac ratas esse omnipotenti auctoritate ostenderimus, serie possimus per ipsas progredi, et hinc omnibus hæresibus unum Deum ostendere, et dominum omnipotentem, qui per legem et prophetas et beatum etiam Evangelium fuit sincere prædicatus. (CLEMENS ALEX., Stromatum, IV, 1, MIGNE, t. vx, col. 1215.
4. Ç In Evangelio jam proficit gnosticus, non solum quod utatur lege tanquam gradu, sed quod eam percipiat ejusque sensum intelligat, prout tradidit apostolis qui dedit Testamenta, Dominus ». CLEMENS, Strom., lib. IV, c. XXI, MIGNE, t. VIII, col. 1342.
2. « Divina scriptura, theïa graphé, CLEMENS, ibid., lib. IT, 23, MIGNE, t. vint, Col. 1088.
3. Ea quæ a Sancto Spiritu dicta sunt salutariter ». CLEMENS Strom., VI, 25, MIGNE, t. IX, col. 346.
4. « « Non enim per alios dispositionem salutis nostræ cognovimus quam per eos per quos Evangelium pervenit ad nos : quod quidem tunc præconaverunt, postea vero per Dei voluntatem in Scripturis nobis tradiderunt, fundamentum et columnam fidei nostræ futurum... qui quidem et omnes pariter et singuli eorum habentes Evangelium Dei ». S. IRÉNÉE, Contra Hær., TI, 1. 1, MIGNE, t. vit, col. 844.
le Nouveau Testament et la loi des Juifs procèdent d’un même Dieu. 1
Nos saintes iettres, écrit Tertullien, sont les lettres mêmes de Dieu, 2 les voix de Dieu. *
Anciennes ou nouvelles, dit saint Cyprien, les Écritures sont « les rouleaux des livres spirituels, les sources de l’océan divin, # » les préceptes évangéliques ne sont que des lecons de Dieu.$ Quant à saint Paul Q il est plein de l'inspiration du Maître. »
C'est tout remplis de l'Esprit Saint lisons-nous dans Origène, que les apôtres ont écrit les Évangiles ;7 les
1. Quæ est secundum Moysem lex, et gratia Novi Testamenti utraque apta temporibus, ad utilitatem humani generis ab uno et eodem præstita Deo ». — $S. IRÉNÉE, Contra Hær., III, XI, 11, MIGNE, t. vil, col. 905.
2. TERTULLIEN, Liber de anim, 2. L'auteur pour échapper à l'erreur se propose de « communes sententias ab argumentationibus philosophorum liberare, et communes argumentationes a sententiis eorum separare, revocando quæstiones ad Dei litteras ». MIGNE, t. nt, col. 650.
3. « Qui ergo putaveris nihil nos de salute Cæsarum curare, inspice Dei voces, litteras nostras ». — TERTULLIEN, Apologeticus, 31, MIGNE, t. 1, col. 446.
4. « Scripturas veteres et novas.. librorum spiritualium volumina . divinæ plenitudinis fontes ». — S. CYPRIEN, Testimoniorum contra Judæos libri tres, Præfatio, MIGNE, t. Iv, col. 677.
5. « Evangelica præcepta nihil aliud sunt quam magist#ria divina ». — S. CYPRIEN, De Oratione dominica, 1, MIGNE, t. IV, col. 519-520.
6. «Sanctus Paulus Dominicæ inspirationis gratià plenus ». S. CYPRIEN, De oper. et Eleemosynis, 1x, MIGNE, t. 1V, col. 608.
7. « Spiritu Sancto pleni scripserunt Evangelia ». ORIGÈNE, In Lucam, hom., I, MIGNE, t. xt, col. 1803.
discours évangéliques du Maitre sont les discours de Dieu lui-même ; ! les apôtres ont eu part à la science de l’Esprit ; ils sont entrés dans le conseil divin et l'Esprit de Dieu est en eux en plénitude.?
14. Favorables dispositions et précautionssalutaires Si pour un homme simplement honnête rien n’est sacré à l’égal de ce qui, de près ou de loin, touche à l'honneur de la famille, au bien de l’âme et au respect de Dieu, de quel culte ne sera pas l’objet, de la part du chrétien, un livre où les apôtres, obéissant à une inspiration divine, ont consigné, avec le récit des miracles, le résumé des enseignements du Sauveur du monde”? — Des «lettres »3 de grâce et de salut
4. «Eloquia Domini sunt et evangelica logia Kuriou ». OnRI- GÈNE, In Matth. tomus XV, MIGNE, t. XIII, col. 1278.
2. « Socii scientiæ Spiritus.. divini consilii participes.… Spiritu divino repleti ». — ORIGÈNE, Peri-archon, IV, 1%, MIGNE, XI, Col. 372-373. Consulter, du même Origène, surtout le Contra Celsum, IV, 1 suiv. MIGNE, t, x1, col. 1028, où la question de l'inspiration est traitée ex professo.
3. « Quid est sacra Scriptura, nisi quædam epistola omnipotentis Dei ad suam creaturam ? » $S. AUGUSTIN, In Psal. XX, sermo IT, 1. Cum isti(prophetæ et apostoli) scripserunt quæ ille (Christus)ostendit ac dixit, nequaquam dicendum estquodipse non scripserit; quando quidem membra ejus id operata sunt, quod dictante capite cognoverunt. Quidquid enim ille de factis suis et dictis nos legere voluit, hoc scribendum illis, tanquam suis manibus, imperavit. Hoc unitatis consortium quisquis intellexerit, non aliteraccipiet quodnarrantibus discipulis Christi in £vangelio legerit, quam si ipsum manum Dei, quam in proprio corpore gestabat, scribentem conspexerit. — De consensu evangelistarum, 1, 54, MIGNE, t. XXXIV, col. 1070. « Imperator cœli pro vita tua tibi suas epistolas misit, stude ergo, quæso,
dictées par Dieu lui-même à ses premiers confidents, pour le plus grand bien des âmes; des écrits «où nous apprenons à connaître le Christ, où nous apprenons à connaître l’Église, 1 » pour un croyant quelle fortune ! Conçoit-on seulement malheur plus grand, à ses yeux, que celui de le perdre; plus criminelle incurie que celle qui aurait pour conséquence de l’amoindrir ; attentat plus odieux que celui qui aurait pour but de le mutiler ou de le corrompre?
Dépositaires et destinataires feront donc autour du divin trésor une garde clairvoyante et infatigable; devoir de conscience et besoin du cœur.
« Je proteste, écrit en terminant l’auteur de l'Apocalypse, je proteste à tous ceux qui entendent les paroles de la prophétie de ce livre, que si quelqu'un y ajoute, Dieu accumulera sur lui les fléaux écrits dans ce livre ; et que si quelqu'un retranche quelque parole du livre de cette prophétie, Dieu lui retranchera sa part du livre de vie, et de la cité sainte, et de ce qui est écrit dans ce livre. 2 »
Altérer les Écritures, dit saint Justin, « mais ce serait un crime plus monstrueux que d’adorer le veau d’or, que d’immoler ses propres enfants aux démons, que de faire mourir les prophètes. »
Ils ont corrompu jusqu’à mes propres lettres, écrit Denys de Corinthe, parlant des hérétiques, ils ont semé
et quotidie Creatoris tui verba meditare. » $. GRÉGOIRE LE GRAND, Epist. IV, c. 32, MIGNE, t. LXXVII, col. 706. À AUGUSTIN, Epist., CV, 14, 17, MIGNE, t. XXxIN, col. 401, suiv. 2. Apocal., xxI1, 18, 19.