‹ La provenanace des ÉvangilesChapitre 103 sur 146 · Dans EUSÈBE, Hist. Eccl., v, 20, MIGNE, t. XX, col · texte numérisé non relu

Dans EUSÈBE, Hist. Eccl., v, 20, MIGNE, t. XX, col

15. Précieuses constatations. On ne saurait trop surtout remarquer l’assurance avec laquelle Origène et saint Jérôme ont rendu témoignage à la substantielle fidélité des copies qui placaient sous leurs veux les écrits des apôtres. Négligents,téméraires, insuffisants, malgré les adjurations des auteurs, malgré les exhortations de l’Église, certes, des copistes même chrétiens peuvent l’être ; peuvent-ils même ne pas l’être ?transcrire sans faute, même aux plus habiles, est si difficile ! Une lettre mal vue, un son mal saisi, un mot oublié,une expression incomprise, que de causes d’erreur, que de changements inévitables, d’altérations fatales ! I] faut payer tribut à l’humaine faiblesse. Pas plus que les autres nos transcripteurs n’en furent exempts ; leur œuvre eut des imperfections notables ; incurie des uns, mauvais vouloir des autres, témérité de ceux-ci, caprice de ceux-là, tout a contribué à donner aux divers manuscrits cette physionomie diverse quifrappe, sans les troubler, les regards d’Origène à Alexandrie et de saint Jérôme en Palestine. La loyauté avec laquelle ils reconnaissent l’existence, dans nos textes sacrés, de fautes nombreuses et variées, n’est surpassée chez ces deux grands hommes que par l’ardeur qu’ils déploient pour les effacer. Origène transerivit, dit-on, jusqu’à deux fois, de sa main, le texte du nous

4 « Nunc autem sive propter scriptorum quorumdam indiligentiam, sive propter aliquorum scripturas emendantiun audaciam, seu propter eos qui dum emendant, pro arbitrio addunt vel detrahunt, magna enimvero exemplarium exsistit differentia. » ORIGÈNE, Comment. in Matthæum, tomus XV, 14, MIGNE, t, XI, Col. 1274.

veau Testament tout entier ; 1 les travaux critiques de saint Jérôme sur les Évangiles sont trop connus pour qu’il soit nécessaire d’en donner ici même une simple énumération.

Et leur œuvre accomplie, œuvre merveilleuse de savoir, de bon sens, d’éloquence, l’un et l’autre restent convaincus que l'Évangile est sauf, et que nous possédons, pure de toute altération sérieuse, la substance même des écrits apostoliques.

« Je ne connais, quant à moi, en dehors des sectateurs de Marcion, de Valentin et peut-être de ceux de Lucain, je ne connais personne qui ait changé le texte de l'Évangile. 2 » C’est la réponse d’Origène à la calomnie de Celse que tous les chrétiens avaient altéré, souvent et gravement, leurs livres sacrés.

« Pour toi, écrit saint Jérôme à Helvidius, c’est en poussant la sottise jusqu’à ses plus extrêmes limites que tu as réussi à te persuader que nos manuscrits grecs ont été altérés. 3 »

1. REDEPENNING, Origenes, 2 in-8, Bonn, t. 11, p. 18%. — Voir S. JÉROME, In Matth., t. XXIV, 36, MIGNE, t. XXVI, col. 181.

2. « Equidem non novi alios, qui Evangelii textum mutaverint, nisi Marcionis, Valentini, fortasse et Lucani sectatores. Id vero non Evangelio crimini imputandum est, sed iis tantum, qui Evangelium depravare audent. Et sicut non philosophiæ crimini datur, quod aliqui sunt Sophistæ vel Epicuræi. vel Peripatetici, vel si qui alii falsum systema sequuntur, ita quod nonnulli Evangelia depravarunt et sectas ab Jesu doctrina alienas introducunt, vero christianismo crimini dari nequit ». ORI- GÈNE, Contra Cels., 11, 27, MIGNE, t, x, col. 848.

3. « Stultissime persuasisti tibi græcos codices esse falsatos». S. JÉROME, Contra Helvid., de perpetua B. M. virginitate, 16, MIGNE, xxIH, col. 281.

16. Impossibilité manifeste. La preuve de la conservation des Évangiles, les contemporains d’Origène et de saint Jérôme l’avaient et la prenaient dans le double fait alors si notoire de l’admission, par toute l’Église, de quatre Évangiles seulement, les nôtres ; et de la conformité des textes alors reçus avec les textes transcrits, cités ou traduits, les plus voisins des origines.

De temps immémorial, dès le rrr° siècle, les chrétiens orthodoxes lisaient saint Matthieu, saint Luc, saint Marc, et saint Jean.

Pour si haut et pour si loin qu’on pût aller à la recherche des plus anciens Évangiles, on ne retrouvait que des textes semblables à ceux qu’on lisait alors dans l’assemblée des fidèles.

C’est assurément plus qu’il n’en fallait pour leur permettre de proclamer non seulement invraisemblable mais absurde toute hypothèse d’altération des rédactions évangéliques. Voulue ou involontaire, crime ou malheur, il n'importe, une première altération des Évangiles avait deux conséquences fatales : d’une part, elle rendait possibles, faciles et même inévitables, des altérations ultérieures ; d’autre part, elle multipliait indéfiniment, par le seul fait de sa reproduction, les preuves de sonexistence. Essayez de calculer au temps d’Origène l'effet d’une première modification des textes sacrés remontant aux temps apostoliques. Quelle interminable série de types créés par des modifications ultérieures! quelle innombrable multitude de copies multipliant ces diverses formes du faux et de l’arbitraire ! Ces types, qui n’ont pas pu ne

pas se produire, où sont-ils ? Ces copies, qui n’ont pas pu ne pas se répandre, où sont-elles ? Qui donc était en mesure d'établir ou de rétablir, à l’exclusion de tous autres, les quatre Évangiles de la tradition ? qui donc était capable d’anéantir jusqu’au dernier tous les manuscrits non conformes à ces quatre types?

« Supposons, dit M. Wallon, que, contre toute vraisemblance, les copistes aient pu prendre toute licence à l'égard des textes sacrés. Chaque copiste ayant un droit égal, le texte, altéré dans une première copie, pourra l’être encore dans la suivante, de telle sorte que, les divergences s’accroissant à mesure qu’on s’éloignera de l’origine, avant la fin du deuxième siècle on aura presque autant d'ouvrages divers qu'ilexistera de manuscrits. Tels eussent été à coup sûr «ces petits livrets » dont parle M. Renan. Or s’il en eût été ainsi, comment de cette diversité serait-on jamais revenu au texte de nos quatre Évangiles? car à la fin du 11° siècle, au temps de saint [Irénée et de Clément d'Alexandrie, on ne peut nier que les quatre Évangiles aient existé dans une forme parfaitement arrêtée et reçue. Dira-t-on avec Eichhorn que ce dut être l’effet d’une convention ? Mais où en est la preuve, et, je dis plus, la possibilité? Où voit-on, avant le concile de Nicée, un concile assez puissant qui la sanctionne ? et quand cela se serait fait dans un concile, croit-on qu’on l’eût souffert sans réclamations et que tant de secies, accusées elles-mêmes de corrompre le texte sacré, eussent fermé la bouche ? Il n’y

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