Vie de Jésus, p. xxI
a donc nul concert possible. Or il est impossible qu’un texte, si diversement altéré dans les copies, ait été ramené à l’unité sans concert ; et par conséquent il faut conclure que le texte n’a point élé altéré. 1
« Mais supposez ce concert. Quand on expliquerait comment toute trace en a été effacée de l’histoire, il resterait à dire comment on aurait pu perdre jusqu’au dernier de ces textes indépendants, rejetés pour faire place au texte unique de l’Église. En effet, les copies des Évangiles devaient être fort nombreuses à la fin du deuxième siècle. Au cinquième, dans le seul diocèse de Théodoret, évêque de Cyr, il y en avait deux cents au moins: c’est le nombre qu’il dit avoir substitué aux exemplaires de l'Évangile altéré de Tatien. 2 Au deuxième siècle, il y en avait moins, sans doute; mais en évaluant comme le fait Norton, d’après Gibbon, la population du monde romain à 120 millions, et les chrétiens non pas encore à la vingtième partie, comme il le suppose pour la fin du troisième siècle, mais seulement à la quarantième partie, ce serait en-
4. Voy. le développement de cette argumentation dans Norton. I, 1, p. 33 et Suiv.
2, Hic (Tatianus) Evangelium quod Diatessaron dicitur composuit, amputatis genealogiis, et aliis omnibus, quæ Dominum ex semine Davidis secundum carnem natum ostendunt. Eoque usi sunt non modo qui ejus erant sectæ, sed ii etiam qui apostolica dogmata sequebantur,compositionis fraudem non agnoscentes, sed simplicius tamquam compendiario libro utentes. Nactus sum etiam ipse libros hujusmodi supra ducentos in honore habitos in ecclesiis nostris, quos omnes in usum congestos seposui, et prohis quatuor Evangelistarum Evangelia introduxi. THEODORET. Hæreticar. fabular. compendium, 1, 20. MIGNE, 83, col. 371.
core, à compter un exemplaire par mille chrétiens, environ 3,000 copies. 1 Qu’on en rabatte ce que l’on veut, en raison des bases nécessairement très hypothétiques de ce calcul, il reste toujours certain que les copies devaient être fort nombreuses. Et comment serait-il possible que pas une d'elles ne se trouvât reproduite dans quelqu'un des manuscrits existants aujourd’hui? Car l’Église les eût-elle supprimées dans son sein, elle ne les aurait pu détruire chez les sectes dissidentes. Au moins accordera-t-on que cette proscription, prononcée à la fin du deuxième siècle contre tous les textes non reçus, n’eût pas empêché qu’il n’en restât encore bien des copies au milieu du siècle suivant, ? » c’est-à-dire, à l'heure même où Origène s’occupait avec tant de zèle de réunir tous les éléments d’une révision des textes sacrés, et trente ans à peine avant que saint Jérôme n’entreprit en Orient le voyage pieux qui devait exercer sur la critique de nos Livres saints une influence si décisive. Or ni Origène ni saint Jérôme n’ont rencontré sur leur route, au terme de leurs iaborieuses recherches un reste quelconque, pas même un souvenir de ces rédactions abandonnées. Toujours et partout, dans leurs mains et dans celles de leurs adversaires, quatre Évangiles, les nôtres ; quatre rédactions, pour le fond semblables à celles que lisaient leurs contemporains, identiques elles-mêmes, tout le monde en convient, à celles que nous lisons aujourd’hui.
1. NORTON, ibid., p. 45 et suiv.Il en compte un par cent chrétiens.