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CHAPITRE IX

1. Littérature évangélique. Qu'il est aisé à comprendre chez les premiers chrétiens le désir d'écrire la vie de leur Maître ! Ce désir, immortel au cœur du fidèle, nous explique l’étonnante fécondité de la littérature évangélique à travers tous les siècles du christianisme jusqu’à nos jours.

1. Sur les Évangiles apocryphes, voir Ellie DU PIN, Proleg. sur la Bible, t. 11, p. 87-126, et Richard SIMON, Histoire critique du texte du Nouveau Testament, chap.nt, VII, VIII, XII, XIV, XV, sur le texte de Néander ; DOM CALMET, Dissertation sur les Év. apocr.,en tête du t.vrr, des Commentaires; Dissertation sur les Actes de Pilate, dans le tome des Dissertations; ISAAC DE BEAUSOBRE, Des apocr. qu'on dit avoir élé supposés ou falsifiés par les Manichéens, histoire critique, t. 1, p. 335-407, sur le texte de Fabricius; THILO, Préface de son Codex, mine très riche; TISCHENDORF, De Ev. apocryphorum origine et usu, in-8, La Haye, 1851; le même, Evangelia apocrypha, 2% édit.,in-8°, Leipzig, 1876; VARIOT, Les Évangiles apocryphes, histoire littéraire, forme primitive, transformations, in-8.Paris, 1878 ;FREPPEL, Les Pères apostoliques et leur époque, 2e édit., 1859, leçons 17 et xx; WALLON, De la croyance due à l'Évangile, p. 317, suiv.; de VAL- ROGER, Introd. aux livres du Nouveau Testament, 1861, t. I, p. 96 suiv.; Lipsius, dans Dictionary of Christ. biogr. au mot Gospels apocr.; COWPER, The apocryphal Gospels, in-&, Londres, 1867; ROBINSON, Coptic apocr. Gospels, texte et traduction, in-8° Cambridge, 1896; CORLUY, dans la Controverse, octobre, 1887, et

Le Christ vivait dans le souvenir des heureux témoins par lui officiellement chargés de prêcher sa doctrine. L'écriture, le récit authentique de ses actions et de ses discours, devait singulièrement favoriser le succès de leur ministère. Plusieurs écrivirent ; nous avons encore deux vies du Sauveur dues à des apôtres : l'Évangile de saint Matthieu et l'Évangile de saint Jean.

Les chrétiens de la seconde génération, durent recueillir avidement et conserver religieusement tout ce que leur disaient les Apôtres sur le Maitre qu'ils avaient vu. La pensée devait venir et vint à beaucoup — saint Luc l’affirme dans le prologue de son Évangile — de confier à l'écriture la garde de leurs souvenirs ; de décrire la personne et la vie du Sauveur tels qu’ils les entrevoyaient à travers la parole de ses envoyés. Il nous reste de cette époque deux biographies seulement : l'Évangile de saint Marc et l’Évangile de saint Luc. Toutes les autres et elles durent être fort nombreuses — multi conati sunt ordinare narrationem — sont malheureusement perdues sans retour.

Les chrétiens des générations suivantes héritèrent des écrits et des souvenirs vivants des apôtres et de leurs disciples. |

Plusieurs durent éprouver et suivre le désir natu-

dans le Dictionnaire apologétique de la foicatholique, par l'abbé JAUGEY, Paris, 1889. Traductions, dans MIGNE, Dictionnaire des apocryphes, 1852, souvent médiocres; BRUNET, Les Évangiles apocryphes traduits et annotés par Thilo, in-12, 1840, sérieux mais incomplet.

rel d'écrire à nouveau la vie de leur Maître, et de fondre dans un seul récit tous les renseignements fournis par les Mémoires de leurs devanciers et par les souvenirs de la Tradition.

2. Origine des Évangiles apocryphes. Les esprits judicieux se contentèrent de compléter les uns par les autres et par les données sûres de la tradition les différents récits de la vie du Sauveur qu'ils avaient sous les yeux. Le second siècle nous offre déjà des essais de concordances évangéliques — témoins le Diatessaron de Tatien etl’ Harmonie de Théphile d’Antioche.

Les esprits curieux et crédules acceptèrent ou: créèrent tout un ensemble de faits, les uns vrais, les autres légendaires, destinés à combler les lacunes des premiers récits. On leur doit la doublesérie des Évangiles de l’enfance et des Évangiles des derniers jours.

Les esprits pervertis par l’hérésie s’efforcèrent par d’habiles mensonges de rattacher leurs opinions et leur doctrine à l’histoire et aux paroles de Jésus-Christ. Dans ce but, on les vit altérer, par des interpolations perfides, la pureté des récits primitifs, pervertir les traditions, créer des légendes, et placer leurs supercheries sous le vocable d’un ou de plusieurs des personnages les plus respectés des premiers temps de l’Église.

Les sectes judéo-chrétiennes, dès le premier siècle, donnèrent l’exemple contagieux de ces profanations sacrilèges en interpolant l'Évangile de saint Matthieu ; les sectes gnostiques du second siècle se permirent,

dans un intérêt dogmatique, des manipulations, des transformations, des inventions de toutes sortes, qui altérèrent profondément les souvenirs et les récits de la vie du Sauveur ; d’autres sectes des siècles suivants et dans un même but modifièrent encore, au gré de leur caprice et au mieux de leurs intérêts, les écrits de leurs devanciers, et ainsi peu à peu se répandit dans l’Église la multitude presque innombrable des biographies du Sauveur que l’on désigne sous le nom d'Évangiles apocryphes.

3. Perdus aux neuf-dixièmes. La littérature évangélique fut donc, aux premiers siècles, abondante, mais très mêlée. Elle a péri presque en entier. L’'Église a sauvé du naufrage et préservé de toute altération sérieuse le texte de quatre de ces biographies, deux de la première et deux de la seconde génération, dont son témoignage nous garantit l’authenticité et l’inspiration, l’autorité divine et l’autorité humaine.

Tous les autres écrits de cette période sont perdus. Nous n’avons plus les mémoires que consultait saint Luc; et c’est un très grand malheur car beaucoup d’entre eux seraient une source très sûre de renseiognements sur la vie et la doctrine du Maitre. De tous les écrits des générations suivantes, il ne reste plus que quelques rares débris. Nous connaissons par les citations des écrivains ecclésiastiques le titre et quelques maigres fragments ! de plusieurs d’entre

1. Édités par NEANDER, Apocrypha, Bâle, 1564. — Les éditions anciennes jusqu'à celles de Fabricius au Xvitie siècle réunissent, bien plus qu’elles ne trient et ne classent, des docu-

eux ; nous avons le texte complet de quelques Évangiles de l'enfance, et une traduction des Actes de Pilate ; Le reste, plus des neuf-dixièmes, a péri.

4. Trois groupes distincts. Tous ces récits si divers d’origine, d’autorité, de fortune, qui circulèrent longtemps dans l’Église à côté des Évangiles canoniques racontaient, comme ces derniers, la vie du Sauveur. Les uns, les plus anciens semble-t-il et les plus nombreux, contenaient une biographie complète rédigée sur le modèle de nos quatre Évangiles, dont ils n’étaient le plus souvent qu’une interpolation et une refonte. Ils insistaient surtout sur le ministère public. Autant qu’il est permis d’en juger d’après les quelques fragments que nous en ont conservé les écrits des Pères, les altérations portaient principalement sur le récit des actions du Sauveur. Les auteurs du second

ments curieux qui mériteraient mieux le titre d’inédits que celui d’apocryphes. — FABRICIUS, Codex apocryphus N.-T. collectus castigatus testimontiisque censuris et animadvertionibus illustratus, 2 vol. in-8°. Hamb. 1704 et 1709 — première édition critique, triage intelligent, texte soigné, prolégomène insuffisant ; — THILO, Codex apocr. N.-T., t. I, Leipzig, 1832, publication sérieuse, malheureusement inachevée ; — GILES, Codex apocr. N.-T., Lond., 1852, 2 vol., donne un recueil des pièces successivement éditées par FABRICIUS, BIRCH ET THILO, son édition eut le mérite de réunir les documents épars, mais elle ne les a pas classés ; — TISCHENDORF, Evang. apocrypha, %e éd., Leipzig, 1876.1 vol. in-80. —- HILGENFELD, Novum Testamentum extra canonem receptum, 2% édit., Leipzig, 1884 ; NESTLE, Novi Testamenti græci supplementum ; Evangeliorumr deperditorum fragmenta, Leipzig, 1890.

siècle, catholiques et judéo-chrétiens, citent quelques phrases des discours qu’on lui prête. La plupart sont de simples transformations des paroles de nos Évangiles. Saint Jérôme et saint Épiphane donnent quelques échantillons des actions qu’on lui attribue : c’en est assez pour voir combien les sectes judéo-chrétiennes et gnostiques avaient profondément altéré sur ce point les traditions du Christianisme.

Les autres, qui paraissent plus récents, ne donnaient qu’une partie de la vie du divin Maitre, et s’attachaient de préférence à combler les lacunes des Évangiles canoniques et à suppléer à leur silence sur la jeunesse et les derniers jours du Sauveur. De Ià deux groupes distincts d'Évangiles spéciaux : ceux de l’esfance, et ceux derniers jours.

5. Biographies complètes. « L'existence d’un Evangile selon les Hébreux, dit l’abbé Batiffol, est attestée par saint Ignace, par Hégésippe, par Clément d’Alexandrie, par Origène, par Eusèbe, par saint Jérôme ; le catalogue de Nicéphore le mentionne comme une pièce de 2200 stiques. Il y a trace de deux éditions, sinon même de deux compositions distinctes : l’une ébionite, propre aux chrétiens non catholiques de ce nom signalés par Irénée, et grecque de texte ; l’autre nazaréenne, propre aux chrétiens de ce nom, signalée par Epiphane et redigée en araméen. Saint Jérôme a trouvé le texte araméen dans la bibliothèque de Césarée et aussi à Béroë-Alep, aux mains des Nazaréens de cette ville, et il le traduisit en grec et en la-

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