‹ La provenanace des ÉvangilesChapitre 109 sur 146 · BATIFFOL, opere citato, p · texte numérisé non relu

BATIFFOL, opere citato, p

avoir été faites sur des autorités originales aujourd’hui perdues.

Tous ces récits sont évidemment destinés à des lecteurs chrétiens qu’une louable et sainte curiosité dut souvent empêcher de se tenir suffisamment en garde contre le piège que tendaient à leur bonne foi des hérétiques crédules ou retors; car les Évangiles de l’enfance ont presque tous une origine hérétique, et s’ils ont fini par entrer dans l’Église, grâce surtout à la crédulité populaire encouragée par les imprudences de l’art chrétien, ce n’est que tard, après le rve siècle, et après les corrections nécessaires au point de vue doctrinal, et avec les hésitations et les restrictions que commandaient la vérité et la sagesse. 1

4. CI y a d’abord, dit Variot, une circonstance qui domine toutes les autres dans le fait du développement des Évangiles apocryphes, c’est la résistance continuelle dont ils ont été l’objet. En Orient comme en Occident, les Pères les plus anciens, les Papes du moyen âge, mettent tous leurs soins à indiquer la distinction qu'il faut faire entre les Évangiles apocrvphes et les Évangiles canoniques. Saint Justin et saint Irénée la rappellent, Tertullien y insiste; Origène déclare que l'usage de ces écrits n’a jamais été public. Saint Athanase, saint Cyrille de Jérusalem, Eusèbe, saint Jean Chrysostome ont une précision qui tranche toute difficulté.

Dans la première période de leur diffusion, les Papes les tolèrent comme des écrits inoffensifs qui servent quelquefois à édifier ou simplement à distraire l'esprit des fidèles; mais dès que l'erreur commença à se glisser dans ces écrits, que les premiers sectaires entreprirent de les transformer en instruments de polémique, les Papes les condamnèrent, et l'Indeæ de Damase, de Gélase et d’Hormisdas n’était qu’un catalogue de livres défendus que chaque Pape tenait au courant pour mettre les fidèles en garde contre leur doctrine.

Il nous reste de cette catégorie d’écrits six pièces principales : L'Histoire de Joseph le charpentier, en arabe et en copte, curieux récit de la vie et de la mort de saint Joseph, placé sur les lèvres de Jésus lui-mèême, très apprécié des Égyptiens depuis le rve siècle ; — l'Évangile arabe de l'Enfance, composé en syriaque, conservé en arabe, vrai catalogue, en 55 chapitres, de

miracles et de prodiges prêtés au Sauveur durant son

séjour en Palestine, en Égypte et en Galilée, jusqu’à l’âge de douze ans ; — L'Évangile du Pseudo-Matthieu, qui n’est vraisemblablement qu’une adaptation latine du texte grec du Protevangile, publiée au ve siècle sous le titre fictif de « Liber de ortu beatæ Mariæ et infantia Salvatoris a beato Matthæo evangelista hebraice scriptus et a beato [eronimo in latinum translatus ,»

avec en lête une épitre supposée de Chromatius et

d'Heliodorus à Jérôme et une réponse non moins supposée de Jérôme; — l'Évangile de la nativité de Marie, en latin, plus sobre, plus judicieux, mieux écrit que le précédent, résumé le plus raisonnable que puissent nous offrir les apocryphes de la vie de la sainte Vierge

À mesure que ces écrits se répandent et se popularisent sous toutes les formes, dans des mystères, dans des cantiques, dans

des noëls, la surveillance se fait plus sentir, et depuis les lettres

de saint Gélase jusqu’au décret de Paul IV, au xvr siècle, des mesures de rigueur sont prises contre les livres qui débitent des impertinences, qui se proposent d’accréditer des fables ridicules et absurdes et deviennent ainsi l'expression des extravagances populaires. On condamne tout ce qui est indigne de Dieu, tout ce qui est inspiré par les disciples de Satan, on fixe les limites que le peuple ne doit pas dépasser dans les caprices de son imagination ». Op. cit. p. 468-469.

jusqu'à la nativité du Sauveur — l'Évangile de Thomas l’Israélite enfin, et le Protévangile de Jacques. Mais ces derniers méritent mieux qu’une simple mention.

7. L’évangile de Thomas l’Israélite, ou « Évangile de l’enfance, » nous a été conservé en quatre recensions différentes, deux grecques, une latineet une syriaque, d’une orthodoxie à peu près irréprochable. Tout au plus pourrait-on constater par-ci par-là quelques iraces légères de docétisme. Assurément l’ensemble a été sinon rédigé, du moins expurgé, par des écrivains catholiques. Au point de départ on trouverait vraisemblablement l'Évangile gnostique selon saint Thomas du 11e siècle; mais, sous sa forme actuelle, le texte de nos recensions dont une étude critique comparée reste à faire ne remonte pas au delà du ve ou tout au plus du ive siècle. « Cette collection légendaire, dit M. Fillion, dépasse toutes les autres par la singularité des récits, la grossièreté de la forme et la barbarie du langage. Jésus nous y apparaît de cinq à huit ans, ou à douze ans, comme un véritable « enfant terrible, » capricieux, et même froidement cruel. ? » Qu’on en juge.

« L'enfant Jésus âgéde cinq ans, sur les bords d’un ruisseau, s’amusait à détourner dans de petites fosses l’eau courante qui aussitôt devenait pure et se montrait docile à sa voix.

Et ayant fait de la boue, il s’en servitpour façonner douze passereaux. C'était un jour de sabbat, et beaucoup d’autres enfants étaient là jouant avec lui.

À, FILLION, Introd. générale aux Évangiles, p.112.

Un certain Juif avant vu ce que Jésus faisait, et qu’il jouait le jour du sabbat, alla aussitôt et dit à son peére Joseph : Voilà que ton fils est au bord du ruisseau, et il faconne douze oiseaux avec de la boue, et il a profané le sabbat.

Et Joseph vint à cet endroit et voyant ce que Jésus avait fait il s’écria : Pourquoi as-tu fait, le jour du sabbat, ce qu’il est défendu de faire ? Et Jésus frappant des mains et s’adressant aux oiseaux: Allez, ditil ; et les oiseaux s’envolérent en poussant des cris.

Saisis d’admiration à la vue de ce miracle, les Juifs allèrent raconter aux notables du lieu ce qu'ils avaient vu faire à Jésus.

Mais le fils d'Anne le scribe qui était là avec Joseph, prit une branche de saule et fit écouler les eaux que Jésus avait amassées. Ce que voyant, Jésus en colère: Homme injuste, s’écria-t-il, impie et insensé, quel tort te faisaient ces fosses et ces eaux ? Voici qu’à l'instant tu vas sécher comme un arbre, et que tu ne pousseras plus ni feuilles, ni racines, ni fruits. Et aussitôt cet enfant se dessécha tout entier. Quant à Jésus, il se retira et s’en alla au logis de Joseph.

Les parents de l'enfant qui s’était desséché le prirent dans leurs bras, déplorant le malheur qui le frappait dans un âge si tendre, et le portèrent à Joseph contre lequel ils s’élevaient vivementde ce qu’il avait un fils qui faisait de semblables choses.

Une autre fois Jésus traversait un village, et un enfant en courant lui choqua l’épaule. Et Jésus furieux : Tu n’achèveras pas, dit-il, ton chemin. Et aussitôt l’enfant tomba et mourut.

Ce que voyant, des gens qui étaient là, de dire: De qui est donc né cet enfant, pour que tout ce qu’il dit se réalise aussitôt? Et les parents de l'enfant qui était mort s’approchèrent de Joseph et lui dirent :

Avec un telenfant tu ne peux pas habiter le même village que nous; ou bien apprends-lui à bénir et non à maudire, car il fait mourir nos enfants.

Et Joseph appelant à lui l’enfantet le prenant à part, l’admonestait disant : Pourquoi fais-tu ces choses ? pourquoi les faire souffrir ? ils nous prennent en haine et nous persécutent.

Jésus répondit : Les paroles que lu viens de prononcer, je le sais, ne sont pas de moi mais de toi : je me tairai pourtant à cause de toi; mais eux, ils subiront leur châtiment.

Et aussitôt ses accusateurs devinrent aveugles. Et des témoins du prodige furent saisis d’épouvante, et tout troublés, ils disaient de lui, que toute parole qu’il prononçait, bonne ou mauvaise, opérait un miracle.

Et commeils eurent vu ce dont Jésus était capable, Joseph se levant lui prit l’oreiile et la tira avec force.

Et l’enfant se fâcha et dit : qu’il te suffise de chercher et de ne pas trouver : tu as très sottement agi. Ne sais-tu pas que je suis à toi ? Laisse-moi tranquille; je t’appartiens.

Lorsqu'il eut l’âge de six ans, sa mère lui donnant une cruche l’envoya puiser de l’eau pour la rapporter à la maison ; et dans la foule la cruche s'étant heurtée contre une autre, se brisa.

Et Jésus étendit le manteau dont il était revêtu, le

LES ÉVANGILES APOCRYPHES D 4 à

remplit d’eau et le porta à sa mère. Et sa mère, voyant le miracle qu’il venait de faire, lembrassa, et elle gardait en son cœur le souvenir des merveilles qu’elle lui voyait faire.

Une autre fois, au temps des semailles, l’enfant sortit avec son père pour ensemencer leur champs de froment. Or il arriva que pendant que le père jetait la semence, lui, mit en terre un seul grain ; et l'ayant moissonné et porté sur l'aire, il en retira cent mesures. Et ayant fait venir, sur l’aire même, tous les pauvres du village il leur fit don de sa récolte. Et il avait huit ans quand il fit ce miracle.

Et Josepn considérant l'intelligence de l’enfant et son âge, il touchait à l’adolescence, prit à nouveau la résolution de lui faire apprendre les lettres et il le conduisit à un autre maitre.

Celui-ci dit à Joseph : je lui apprendrai d’abord les lettres grecques, et ensuite les lettres hébraïques. Car le maître connaissait toute l’habileté de l'enfant, et il en avait peur. Il écrivit cependant l’alphabet, et une heure durant il donna des explications sans laisser à son élève le temps de parler.

Interrogé enfin, Jésus lui dit : situ es un on maitre; et si tu as la connaissance exacte des lettres, dis-moi quelle est la force de la lettre Alpha, et je te dirai quelle est la force de la lettre Bêta. Le maître irrité le poussa et le frappa à la tête. Et l’enfant, courroucé pour ce mauvais traitement, le maudit, et aussitôt il tomba mort, la face contre terre.

Et l’enfant retourna au logis de Joseph. Et Joseph très affligé, dit à la mère : Ne le laisse pas franchir le

seuil de la maison, car ceux qui provoquent sa colère sont frappés de mort.

Quelque temps après, un autre maitre, parent et ami de Joseph, lui dit : conduis l’enfant à mon école, peut-être parviendrai-je, en le prenant par la douceur, à lui apprendre les lettres.

Et Joseph répondit : si tu en sens le courage, mon frère, prends-le avec toi. Et il l’amena, non sans crainte et sans tristesse ; quant à l’enfant, il allait gaîiment.

Et entrant résolûment à l’école il trouva un livre jeté sur une étagère, et le prenant, sans faire attention à ce qu’il contenait, ii ouvrit la bouche et docile à l’inspiration du Saint-Esprit il prêchait la loi aux assistants.

Or grand était le nombre de ceux qui étaient venus l'entendre, et ils admiraient la beauté de sa doctrine et la grâce de ses discours : un enfant, parler ainsi !

Informé de ce qui se passait, Joseph pris de peur, courut à l’école, redoutant d’avoir à faire à un maitre inexpérimenté.

Et le maître dit à Joseph : tu sais, frère, que j'a pris l’enfant comme élève ; et voilà qu’il est rempli de grâce et de sagesse : je t’en supplie, frère, reprends-le dans ta maison.

Entendant cela, l’enfant sourit au maitre et lui dit : Parce que tu as parlé avec sagesse et que tu as loyalement rendu hommage à la vérité, en ta considération, celui que j'ai dû frapper guérira. Et à l’instant l’autre maître fut guéri. Et Joseph prit l’enfant-et retourna à la maison. 1 »

4. Evangelium Thomæ Israëlitæ. 11-V, xXI-Xv, édit. Thilo, p. 281-311.

8. Le Protévangile de Jacques s’ouvre par le récit de l’annonciation de l’ange à sainte Anne et se termine au moment de la mise à mort de Zacharie par ordre d'Hérode, peu après la fuite en Égypte. Le romancier, qui fait parler saint Jacques, raconte la nativité, l'enfance, la jeunesse de la Sainte Vierge, ainsi que PAnnonciation, la Nativité et l’adoration des Mages. Nul parmi les Évangiles apocryphes n’a joui d'une popularité plus grande et plus durable. Connu déjà de Clément d'Alexandrie et d’Origène, il est fréquemment cité par les Pères grecs dans leurs homélies. Nous le possédons en grec et en latin. Le texte grec, au dire de Harnack, sous sa forme actuelle, représente une compilation du 1ve siècle, résultant ellemême, à en croire Tischendorf, de la combinaison — d’un certain livre « livre de Jacques, » concernant l'enfance et le mariage de Marie, probablement du second siècle, — d’un récit de la Nativité, attribué à Joseph, et dépendant de Matthieu, de Luc, et de Jean, peut-être du second siècle, — et d’un récit apocryphe sur Zacharie que d'anciens croient être du troisième siècle. Comparé aux autres Évangiles de l’enfance, celui-ci paraît tout à la fois moins extravagant et plus simple. A citer la page que l’auteur consacre à raconter la plainte d'Anne pleurant sa stérilité.

« Et vers la neuvième heure Anne descendit dans le jardin pour se promener, et voyant un laurier elle s’assit à son ombre, et elle adressa au Seigneur Dieu ses prières, disant :

Dieu de mes pères, bénis-moi et exauce ma prière,

ainsi que tu as béni les entrailles de Sara et que tu lui as donné pour fils Isaac.

Et regardant vers le ciel, elle vitsur le laurier un nid de passereau, et, des larmes dans la voix, elle s’écria :

Hélas ! à quoi puis-je être comparée ? De qui suis-je donc née pour être ainsi la malédiction des enfants d'Israël ? [ls m’outragent et me raillent et ils m'ont chassée du temple du Seigneur mon Dieu.

Hélas ! à quoi me comparer ? — Je ne puis me comparer aux oiseaux du ciel, car les oiseaux sont féconds devant vous, Seigneur.

Hélas ! à quoi me comparer? — Je ne puis me comparer aux animaux de la terre, car les animaux sont féconds devant vous, Seigneur.

Hélas ! à quoi me comparer ? — Je ne puis me comparer aux fleuves et à la mer, car la mer et lesfleuves ne sont pas frappés de stérilité ; ou calmes ou émues, leurs eaux remplies de poissons chantent vos louanges, Seigneur.

Hélas ! à quoi me comparer? — Je ne puis me comparer à la terre, car la terre porte son fruit en son temps, et sa fertilité te bénit, Seigneur.

Et voici que l’ange du Seigneur vole vers elle, lui disant : Anne, Dieu a entendu ta prière; tu concevras et tu enfanteras et ta race sera célèbre dans le monde entier. Et Anne de s’écrier : Vive Dieu mon Seigneur, que ce soit un fils ou une fille que j’enfante, je l’offrirai au Seigneur mon Dieu et à son divin service seront consacrés tous ses jours. » {

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