Apol. 1, 66, t. IV, col
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que, les chrétiens disent couramment non plus l’Évangile mais les Évangiles ; preuve manifeste qu’ils connaissent plusieurs rédactions de la &« bonne nouvelle » ; et les clercs, tous les dimanches, lisent et commentent à tour de rôle les Évangélistes et les Prophètes. L'Église avait donc officiellement reconnu vers l’an 150 la provenance divine des textes évangéliques.
Justin nous assure vingt fois que les Évangiles reproduisent fidèlement les souvenirs des apôtres ; et il sait de science certaine que ces souvenirs, ces « mémoires », ont été rédigés, les uns par des apôtres proprement dits, les autres par des disciples immédiats des apôtres. On croyait donc, vers l’an 150, à la provenance apostolique des textes de l'Évangile.
Plusieurs Évangiles, tous inspirés et tous authentiques, voilà en deux mots le témoignage de saint Justin.
7. Nos Évangiles. Or les Évangiles de saint Justin sont les nôtres.
De cette identité les preuves abondent. Plusieurs des Mémoires de l’an 150, deux au moins par conséquent, ont pour auteurs des « disciples »; or jamais Évangile apocryphe n’a été présenté au public chrétien sous un autre nom que sous celui d’un apôtre proprement dit. Les « Mémoires des disciples » ne peuvent donc être que nos Évangiles de Luc et de Marc.
La fameuse distinction des auteurs évangéliques en apôtres et en disciples, — la remarque n’est pas nou-
velle ? — se lit dans un passage qui a pour but d'introduire un récit manifestement emprunté à saint Luc, le récit de la sueur de sang au jardin des Oliviers exclusivement propre au troisième Évangile, 2 et la mention si remarquée des Mémoires de Pierre — par quoi on ne peut entendre que saint Marc — figure dans un chapitre du Dialogue où est rapporté un détail dont notre second Évangile seul a conservé le souvenir, l’imposition par le Sauveur à Jacques et à Jean du surnom de « Fils du tonnerre ». Peut-on désigner plus clairement des auteurs qu’on ne veut pas nommer ? 4
Nos Évangiles, Justin fait mieux que les désigner, il les reproduit.
Saint Matthieu lui fournit les nombreux fragments du sermon sur la montagne qu'il fait lire aux païens pour leur montrer l’excellence de la morale chrétienne ainsi que les textes de l’Ancien Testament, plus nombreux encore, dont il se sert pour prouver aux Juifs laccomplissement des prophéties messianiques en Jésus-Christ.
Saint Luc lui prête tous les détails qu’il a jugé à