Matth.1, 23; Adv. Marc., 1, 12, col
. Adv. Marc. 1v. 21, col. 409. et De carne Christi, 2. t. 11, col.
. MATTER. Histoire du gnoticisme, 2e édit., t. 11, p. 241-272.
Il les connaît, mais il les rejette, et il les rejette parce qu'ils le gênent. Le moyen en effet de concilier nos textes sacrés avec ses rêves gnostiques ? Il y est question des humiliations du Verbe fait chair, et la chair pour lui, c’est le mal; Jésus y est montré accomplissant les prophéties de l’ancienne Loi, et l’ancienne Loi est l’œuvre du Demiurge. Manifestement, Marcion s’accommodait mal de nos Évangiles. Il en prend un parce qu'il le faliait ; où trouver en effet ailleurs que dans l'Évangile une « base possible pour un système qui se disait chrétien ? » Mais il se garde bien d’en recevoir un second, et à plus forte raison un troisième et un quatrième. À quoi bon se condamner à un travail aussi ingrat que superflu de remaniements, d’adaptation, de refonte de textes dont il n’avait que faire”? C'était bien assez de celui de saint Luc pour exercer son habileté de faussaire obstinément sacrilège.
12. Mutilations sacrilèges. Que de mutilations, que de retouches n’eût pas à subir notre troisième Évangile avant de devenir l'Évangile du marcionisme ? Tertullien, témoin de ces attentats, 1! traite dédaigneusement ces débris de saint Luc « d'Évangile non judaïque mais pontique. ? »
« O collecteur de passages, à Marcion, s’écrie Eznig, il écoute une chose et rejette l’autre ! 3 »
4. « Lucam videtur Marcion elegisse quem cœderet. » TER- TULLIEN. Adv. Marc. 1V, 2, col. 764.
2. « Transeo nunc ad Evangelii, sane non judaïci sed pontici, interim adulterati demonstrationem. » id. ibid. col. 363.
3. EZNIG. Réfutation des différentes sectes, trad. Le Vaillant
de Florival, 1v, 45, p. 497.
Ce qu'il « rejette, » c’est tout ce qui contrarie ses vues philosophiques sur la matière et sur la Loi : point d’incarnation proprement dite ! et point de contact avec le judaïsme. En conséquence, il retranche les deux premiers chapitres pour supprimer tout ce qui a rapport à la nativité et à l’enfance de Jésus-Christ, et il efface ou modifie, dans les chapitres suivants, tous les passages où le Dieu de l’Ancien Testament est appelé par Jésus-Christ : « Mon Père », et tous. ceux qui ont pour but de montrer que Jésus est le Messie annoncé par les prophètes. 2
Ce qu’il Cécoute» volontiers, c’est tout ce qui est ou favorable en apparence ou simplement indifférent à ses vues philosophiques ; ce qu’il laisse subsister, mais à regret, c’est tout ce qui, de près ou de loin, menace de porter atteinte à l’inviolable vérité de la gnose.
Manifestement tout le gêne dans l'Évangile. Comme on sent bien chez lui la résolution de n’emprunter à saint Luc que ce qu’il est impossible de ne pas con-
4. His opinor consiliis tot originalia instrumenta Christi delere Marcion ausus est, ne caro ejus probaretur. » TERTULLIEN de carne Christe, 2, t. 11, col. 755.
2, TERTULLIEN, ibid. 1. col. 254; S. IRÉNÉE Adv. Hær. I, XXVN, 2,t. vir, col. 688; saint EPIPHANE, Hær., XLIT, t. XLI, Col. 708. «Marcion, dit ce dernier, n’a que le seul Evangile de saint Luc, encore l’a-t-il mutilé dès le commencement, à cause du récit de la conception du Sauveur, et non seulement il en supprima le commencement, en se faisant plus de mal à lui-même qu'à l'Évangile, mais il rejeta encore, à la fin et au milieu, beaucoup de paroles de vérité; ilosa même y substituer d’autres paroles. »
On peut voir le détail des suppressions. et retranchements de Marcion, ibid. col. 712, et dans Matter, op. cit. t. 11, p. 245-254.
server sans supprimer, avec l'Évangile même, l’unique moyen dont il dispose pour donner à son système une apparence de système chrétien !
Tertullien qui connaît à fond ses goûts et ses tendances s'étonne parfois de ce qu’il en laisse; «J’admire, s’écrie-t-il, que cet esprit d’adultère se soit abstenu là : c’est que les voleurs ont peur aussi. 1» « Mais c’est aussi, remarque M. Wallon, quelquefois une ruse des voleurs pour dépister les investigations ; et Tertullien, en y regardant de plus près, découvre et signale cette tactique : « Marcion, dit-il, me paraît s’être à dessein abstenu d’effacer de son Évangile quelques passages qui lui sont contraires, afin que ces endroits qu’il n’a point effacés, quand il le pouvait, fassent nier qu'il ait effacé les autres ou dire qu’il l’a fait justement. Mais il n’a épargné que ceux qu’il peut détruire aussi bien en les interprétant d’une autre sorte qu’en les supprimant. 2 » Et il en donne des exemples. Toutefois, si habile qu'’ait été Marcion, il ne pouvait pas faire que ces interprétations contre nature et ces ménagements forcés ne donnassent prise contre lui. C’est ce que Tertullien montre aux sectateurs de l’hérésiar-. que en le réfutant ; etil fournit dans sa démonstration, la preuve directe que l'Évangile de Marcion était bien l'Évangile de saint Luc. 3 »
4. &« In hoc solo adulterium Marcionis manus stupuisse miror, nisi quod etiam latrones timent: » TERTULLIEN, Ad. Marc. 1v, 17, col. 401.