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13. Précieux suffrage. Le seul témoignage de Marcion suffirait donc à établir avec une entière certitude l'existence du troisième Évangile dès le milieu du second siècle. Ce qu’il en conserve nous permet de constater l’identité substantielle des textes qui vinrent dans ses mains et de ceux que nous lisons encore. Les mutilations qu’il fait subir aux siens ne sauraient prouver contre l'intégrité des nôtres; la critique n’est pour rien dans ses jugements ; il fait de l’histoire, nous l’avons dit, uniquement en philosophe, affirmant ou niant au gré de son rêve. Le silence enfin qu’ilgarde sur l’auteur du récit qu’il adopte, dans ses grandes lignes, laisse absolument intacte la question de l’authenticité de notre Évangile. Un nom trop connu ne peut-être qu’un embarras pour les faussaires ; ajoutez qu’un nom apostolique, pour Marcion, était si peu une autorité, qu'une œuvre lui devenait suspecte, semblet-il, par cela seul qu’elle était signée d’un apôtre. { Il y avait donc tout à gagner et rien à perdre à effacer le nom de saint Luc.
La question d'authenticité n’avait d’ailleurs aux yeux de l’auteur des Antithèses qu’une importance très secondaire. Ce n’est pas parce qu'il est de tel ou tel auteur qu'un livre doit trouver place dans son canon, mais bien parce qu’il est fidèle au véritable esprit du christianisme, tel qu’il lui plait de le définir. Or Marcion ne tenait qu’en médiocre estime le christianisme des Apôtres ; les hommes de la première génération chrétienne, en général, lui sont suspects comme entachés de
4. Saint IRÉNÉE. Contra Hoœr., I. xxvI1, 2 et III. xx, 12, t. Vu, col. 688 et 906.
judaïsme. Avec quelle complaisance il leur oppose saint Paul, quand saint Paul les reprend, et accuse de faux apôtres d’altérer, par des opinions judaïques, l’Évangile de Jésus-Christ ! avec qu’elle effusion ses disciples le remercient d’avoir rétabli la & règle » véritable que n’ont su conserver ni Pierre ni les autres « colonnes de l’apostolat ! 2 »
Qui désormais, oserait prétendre que le silence de Marcion sur nos textes évangéliques est une preuve qu'il ne les croyait pas authentiques ? Ne devait-il pas au contraire se sentir d'autant plus porté à les rejeter qu'il était moins possible de douter de leur provenance apostolique? En sorte que son silence sur nos Évangiles et la réprobation même dont ils sont l’objet de sa part, loin de porter atteinte à leur autorité, fournissent à qui sait les comprendre une preuve nouvelle, non seulement de leur existence au milieu du second siècle, mais de la persuasion légitime où on
4. « Marcion nactus epistolam Pauli ad Galatas etiam ipsos Apostolos suggillantes, ut non recto pede incedentes ad veritatem Evangelii, simul et accusantis pseudoapostolos quosdam pervertentes Evangelium Christi, connititur ad destruendum, statum eorum Evangeliorum, quæ proprio et sub apostolorum nomime eduntur vel etiam apostolicorum, ut scilicet fidem, quam illis adimit, suo conferat. » TERTULLIEN. Adv. Marc. IV, 3, col. 364.
2. « Aiunt enim Marcionem non tam innovasse regulam separatione Legis et Evangelii, quam retro adulteratam recurasse. 0 Christe patientissime Domine ! quitot annis interventionem prædicationis tuæ sustinuisti donec tibi scilicet Marcion subveniret. Nam et ipsum Petrum, cæterosque, columnas apostolatus, a Paulo reprehensos opponunt, quod non recto pede incederent ad Evangelii veritatem. » TERTULLIEN. A dv. Marc.,1, 20, col. 268.
était déjà qu'ils sont incontestablement l’œuvre des apôtres.
14. Le « Contre Celse » d’Origène. Celse était mort « depuis longtemps déjà 1 » lorsque Origène se décida, vers 249, à réfuter ses sophismes. De la vie de cet implacable ennemi des chrétiens, plus un souvenir. Il a vécu au «temps d'Hadrien (117-138) et au delà; 2» et on peut conclure de ses paroles qu'il a visité la Phénicie et la Palestine ; 3 c’est tout.
Tellement inapperçue a passé, à Alexandrie, l’œuvre de celui qu’on a appelé le Vollaire 4 du second siècle qu’Origène plus que sexagénaire n’en a jamais encore entendu parler. C’est son ami Ambroise qui lui révèle l’existence du «Discours véritable » en lui proposant de le réfuter ; et il ne semble pas qu’il ait jamais eu l’occasion de lire les autres écrits de GCelse dont le ütre revient plusieurs fois sous sa plume: deux livres contre les chrétiens, 5 plusieurs livres contre la magie et les magiciens 6 et un « second discours » 7 servant de complément au « Discours véritable. »
Réfuter Celse, mais à quoi bon ? «Jésus attaqué et calomnié garda le silence. Encore aujourd’hui on le calomnie et on l'attaque, et il se défend seulement par la viè et la conduite de ses vrais disciples, ce qui