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les déformer pour les rendre, si possible, ridicules et vils ! Oui, assurément elle était dès lors fixée jusque dans les moindres détails, cette réprésentation idéale, cette image de la vie de Jésus que nous appelons l’Évangile ; si irrévocablement fixée que notre furieux adversaire se consume sous nos yeux en efforts superflus pour en modifier les contours. Rage impuissante ! Ses blasphèmes sont des arguments ; plus il insulte, plus il affirme ; et ses ricanements deviennent des preuves ; ses grossièretés ne font que mieux ressortir la divine beauté des traits qui les provoquent, et ses sarcasmes sont un hommage à l’authenticité des faits qui en sont l’objet.
16. Celse connaît des textes Évangéliques. Elle avait donc déjà reçu, au temps de notre imposteur, sa forme définitive, la biographie du Sauveur. Ensemble et détails, tout est irrévocablement fixé dans l’exposé de la vie de Jésus. C’est ferme comme la vérité et solide comme la foi. |
D'où procède, dès cette époque, l’inébranlable solidité des cadres du saint Évangile ? des données de la Tradition ou de l’appui de l’Écriture? De l’un et de l’autre tout à la fois.
Tout entier l'Évangile vit dans les âmes, protégé contre toute altération par l’incessant contrôle de la tradition chrétienne ; c’est le moins qu’on puisse dire pour rendre compte de l'impuissance où on est déjà au milieu du second siècle, d’en déplacer les limites ou d’en modifier l’ordonnance. Et cela seul suffirait à
établir avec une absolue certitude qu’il n’y avait plus
alors, et depuis longtemps, de place possible pour l'élaboration de la légende évangélique.
Tout entier l'Évangile se lit dans des textes dont les chrétiens vénèrent l’autorité apostolique. Il est écrit. Nous pourrions déjà le conclure de la conformité parfaite des détails les plus minutieux relevés par Celse avec les détails correspondants de nos Évangiles canoniques. Une simple conversation, même prolongée, même répétée avec les dépositaires de la tradition chrétienne aurait-elle suffi à graver dans la mémoire de cet ennemi des chrétiens des circonstances aussi secondaires que celles qu'il relève avec tant de passion à propos de la généalogie, de la naissance, des miracles, des discours, des prophéties, des souffrances et de la résurrection du fondateur du Christianisme”?
Mais nous avons mieux que ces conjectures. « O lumièreet vérité! s’écrie ironiquement notre auteur fai- Sant illusion aux miracles de Jésus-Christ — desa bouche même et, en termes explicites, comme vos propres livres en témoignent, ! il annonce que d’autres se présenteront à vous, usant des mêmes pouvoirs, qui ne seront que des scélérats et des imposteurs ; et il nomme un satan, artiste achevé en semblables prodiges. N'est-ce pas déclarer qu’ils n’ont rien de divin, mais que ce sont œuvres de causes impures ? » Et ailleurs, s'exprimant par l’organe du juif qu’il met aux prises avec les chrétiens : « Sur votre Jésus, que de choses j'aurais à dire, et très vraies et très peu conformes à
1. Cont. Cels. 11, 49, col. 878. xaÜd ru Quests auyyeYpAQUTE.
celles que ses disciples ont consignées par écrit. Mais il me plaît de les passer sous silence. î » Comprenezvous, dit Origène, pareille sottise : « soutenir que les disciples n’ont écrit ces choses ? que pour trouver une excuse aux reproches qu’on fait à leur Maitre !5 » Celse alléguait donc positivement des textes écrits.
De ces textes, dont à ses yeux l’autorité est nulle et l'intégrité plus que suspecte, l’authenticité n’est pas contestable; leur contenu sans doute ne mérite aucune confiance; leur histoire est inquiétante, car aux mains des chrétiens ils ont du subir bien des atteintes; n’importe, ils sont des « Disciples. » À quoi bon d’ailleurs en contester la provenance apostolique ? Celse professe pour les disciples un si superbe mépris. Les lÉvangiles sont des disciples ? il n’en sera que plus à
| l'aise pour les accuser de folie, d’absurdité et de mensonge.
En voyant avec quelle audace il les fausse et ies altère, Origène serait tenté de croire qu’il ne les connaît pas, et il lui reproche de ne les avoir pas lus ; # comme il lui reproche de n’avoir pas lu Moïse. °
4. Cont. Cels. 11, 13, col. 820. xxi où rupurAioux Tois ÙTO TOY
uabaToy Toy Los JPAGET LI.
2, L'annonce que fait le Sauveur à la Cène, du scandale qu’à son sujet vont prendre tous ses disciples. Matth.xxv1, 81: Cont. Gels! 11,, 15; co1:826:
4. Cont. Gels. 1, 62, col. 774, « Pour tous ceux qui ont eu en mains les Évangiles que Celse paraît n'avoir pas lus, ilest clair ect. »
5. Cont. Cels. vrr, 18, col. 1448 « Si Celse avait lu la loi de Moïse, etc. »
«Mais, il le fait dit M. Wallon, ! sur le ton d’un critique qui accuse un auteur de légèreté dans ses citations. Il est trop clair, par Origène lui-même, que Celse a lu les Évangiles, bien qu’il ne garde point la lettre du texte sacré. Il les a lus et accuse même les chrétiens de les avoir altérés plusieurs fois : accusation justifiée par certains hérétiques comme Marcion, Valentin et Lucien, qui, pour Celse, étaient toujours des chrétiens ; mais Origène proteste qu’elle ne peut pas s’appliquer à d’autres.? Quant à Celse, il ne paraît pas suspecter lui-même ceux qu’il emploie, ni craindre que personne ébranle ses arguments en lui déniant cette base qu’il leur donne. Il y prend donc les faits dont il s'appuie; il proteste qu’il n’a rien avancé contre les chrétiens qu’il n’ait pris « dans leurs Écritures ; » et il affirme qu’il n’a pas eu besoin d’autre témoin : «de telle sorte, dit-il, avec la joie du triomphe que vous vous égorgez de vos propres mains. $ »
17. Les Évangiles de Celse sont les nôtres. C’est à nos textes canoniques qu'ont été empruntés les faits de l’histoire évangélique dont il est fait mention dans les fragments de Celse. Pour qui aura eu la patience de vérifier les références données ci-dessus l’évidence est faite. [Il n’aura pas pu ne pas voir que, sans négliger saint Marc ni saint Luc dont il reproduit plusieurs dé-
210p: cit. p: 60.