CHAPITRE IV
1. Les Pères apostoliques. L'usage a réservé le glorieux qualificatif d’apostoliques ! à ce groupe de Pères, c'est-à-dire, d'écrivains ecclésiastiques, qui, après avoir été disciples des apôtres où du moins leurs contemporains, leur ont succédé immédiatement dans le
1. Qui dit apostolique dit évidemment en rapport avec les Apôtres. Mais un homme d’Église peut être en rapport avecles Apôtres de bien des façons : au point de vue moral, en imitant leurs vertus; au point de vue intellectuel, en se montrant leur disciple fidèle; au point de vue ministériel, en recevant d’eux sa mission; au point de vue historique, en vivant avec eux. Imitateur, disciple, collaborateur, contemporain et compagnon des Apôtres, voilà l’homme apostolique; ajoutons la qualité d'écrivain et nous;aurons le Père apostolique. Une étude compiète sur les Pèresfapostoliques comporterait donc, après des recherches préalables sur le nombre, la fécondité et les mérites des écrivains ecclésiastiques qui ont reçu ce titre glorieux, l'étude des rapports historiques, doctrinaux, ministériels et moraux, qu’ils eurent avec les Apôtres. Bien qu'il ait vieilli et soit aujourd’hui en retard, le beau travail de Mgr Freppel sur les Pères apostoliques et leur époque, cours d’éloquence sacrée fait à la Sorbonne pendant l’année 1857-1858, mérite encore d’être lu. Le meilleur éditeur catholique des Pères apostoliques est le professeur de Tubingue, Franc. Xaverius Funck: Opera Patrum Apostolicorum. Tubingæ, in libraria Henrici Laupp. 2 vol. in-8°, editio nova, 1887.
ministère de la parole et dans le gouvernement de l’Église.
Leur nombre n’est pas grand. Six noms à peine: Barnabé, Clément, Hermas, Polycarpe, Ignace, F'apias. Composés vers la fin du premier siècle et dans la première moitié du deuxième, les écrits de ces hommes vénérables — en tout une vingtaine de compositions généralement fort courtes dont plusieurs anonymes : telles l’Épiître à Diognète et la Doctrine des douze Ap6tres — viennent prendre place entre la clôture des Écritures canoniques et le commencement des apologies. [ls forment, par conséquent, le premier anneau de la chaîne patrologique et peuvent être envisagés comme les monuments les plus anciens de la littérature chrétienne, en dehors des livres inspirés. Les Pères apostoliques se rattachent donc, par un lien direct, aux apôtres dont ils prolongent le ministère. Leur parole est l’écho de cette grande prédication qui est venue réveiller le monde du sommeil profond où l'erreur avait plongé les intelligences. Ils ont vu uaître nos Évangiles. Les auteurs des textes sacrés furent ou leurs Maîtres comme Matthieu et Jean, ou leurs compagnons comme Marc et Luc. Qui, mieux que ces disciples fidèles, ces compagnons dévoués ou ces héritiers immédiats des Évangélistes, aurait pu nous raconter avec compétence, la genèse et l'apparition des Évangiles ? Ont-ils jugé à propos de nous instruire sur ce point? C’est ce qu’il nous importe d’élucider avant tout. Consultons-les, ils sont nos Maïitres ; parcourons pieusement leurs œuvres.
Pour mettre un peu d’ordre dans l’enquête que
nous allons ouvrir, nous aurons soin de tenir compte du groupement naturel des Pères apostoliques et de consulter successivement, les Romains, les Alexandrins et les Asiatiques.
2. Témoignages romains. La collection des Pères apostoliques ne contient que deux documents d’origine incontestablement romaine, la « lettre » dite de saint Clément et le « Pasteur » d’Hermas.
Le premier est un acte pontifical, le second, un roman mystique.
L'acte a été sûrement rédigé par saint Clément, l’un des premiers successeurs de saint Pierre ; le roman est d’un chrétien du nom d’Hermas. 1
La & lettre » fait entendre aux Corinthiens divisés le rappel de l’Église romaine à la concorde dans la charité ; le « Pasteur » propose à tous les fidèles une explication très imagée de la doctrine chrétienne.
L'une et l’autre, dès leur apparition, jouissent d'un crédit presque illimité : on les lit publiquement dans l’assemblée des fidèles, et les faits ne manquent pas qui permettent de supposer que la foi à leur inspiration n’était pas rare, au second siècle, en Orient surtout.
1. L'auteur et la date de l'écrit intitulé Horus « Le Pasteur » sont indiqués par le canon de Muratori : « Pastorem nuperrime, temporibus nostris in urbe Roma Hermas conscripsit, sedente in cathedra urbis Romæ ecclesiæ Pio episcopo patre ejus : et ideo legi eum quidem oportet sed publicari...,in ecclesia populo non potest. » Or Pie Ier fut évêque de Rome de 140 à 155.
2. La «prima Clementis ». Le prestigeexceptionnel de la lettre de saint Clément s'explique aisément, d’abord par son antiquité même : c’est le premier connu des écrits non canoniques, peut-être de 68, probablement de 96 ; puis par son contenu: « monument insigne, dit M. Renan, de la sagesse pratique de l’Église de Rome, de sa politique profonde, de son esprit de gouvernement ; ! » — enfin par l’autorité du pontife qui l’a rédigée : incontestablement «le plus grand des successeurs de saint Pierre dans les deux premiers siècles. 2»
Si vous l’avez lue, avec la préoccupation de découvrir la pensée de son auteur sur nos Évangiles, vous n’avez pas pu ne pas remarquer qu'il use assez souvent d'expressions évangéliques * et qu’il rapporte volontiers les paroles de Jésus-Christ.
« Surtout, dit-il, conservez religieusement le souvenir des paroles qu'a prononcées le Seigneur Jésus pour nous recommander la modération et la grandeur d'âme. Car il a dit : soyez miséricordieux pour qu’on vous fasse miséricorde ; pardonnez pour qu’il vous soit pardonné ; comme vous aurez fait, il vous sera fait, comme vous donnerez, vous recevrez: comme Vous jugerez, vous serez jugés; On en usera envers vous comme vous en userez envers les autres ; et la mesu-