‹ La provenanace des ÉvangilesChapitre 28 sur 146 · Paul Allard, Hist. des persécutions, I, p · texte numérisé non relu

Paul Allard, Hist. des persécutions, I, p

3. Funck a relevé jusqu’à 24 passages où il est aisé de découvrir au moins des allusions aux idées et aux expressions de l'Évangile. Sur ces 24, 10 font penser à saint Matthieu, 3 à saint Marc, 4 à saint Luc, et 7 à saint Jean.

re dont vous vous serez servis à l’égard du prochain sera votre mesure. { »

Et ailleurs : « Souvenez-vous des paroles de Jésus Notre-Seigneur, car il a dit: Malheur à cet homme ! il vaudrait mieux pour lui n’être pas né que de scandaliser un de mes élus; il vaudrait mieux pour lui qu’on lui mît au col une meule et qu’on le jetât dans la mer que s’il scandalisait un de mes élus. 2 »

D'où viennent à notre auteur et les paroles qu’il rapporte etles idées qu’il rappelle ? sont-elles entrées chez lui par les yeux ou par les oreilles? Idées et paroles évangéliques sont-elles, sous sa plume, des emprunts faits à un texte ou des souvenirs reçus de la tradition ?

Il est au moins une chose que l’auteur oublie complètement : les références. Pas une seule fois il ne mentionne l'Évangile. Il le cite peut-être souvent, mais il n’y renvoie sûrement jamais.

Le cite-il ? __ textuellement, avec la préoccupation de reproduire, d’un livre qu’il a sous les yeux, un extrait mathématiquement fidèle, certainement non. S'il cite, c’est de mémoire, et sans aucun scrupule d’exactitude verbale. Connaissez-vous d’ailleurs un seul ancien qu’ait effleuré un pareil scrupule ? Pardonneriezvous même à un moderne de s’y montrer sensible jusque dans sa correspondance ? Or Clément est un ancien et il écrit une lettre, il ne faut pas l’oublier.

4. I Clem.; xt : MATTH,, V, 7; VI, 14; vu, 1-2, 19; cf. LUC, VI, 31, 37, 38: MARC, Vi, 24-95.

2, I Clem., XLvI : MATTH., XX VI, 24; XVII, 6; cf. MARC, IX, 42; LUC, XVIT, 2:

Mais, sans être textuelles, des citations peuvent être réelles. Il est des emprunts d'idées comme il en est de mots, et on peut s'inspirer d’un texte sans le transcrire. Ainsi fait Clément.

Qu'il existe un Évangile écrit, connu deses lecteurs au moment où il prend la plume, on pourrait le conjecturer rien que de ce détail incontestable qu’ «il fait allusion à la parole évangélique touchant le joug du Seigneur, de la même façon qu’un prédicateur s'inspirant d'un texte familier à son auditoire » ; on n’en saurait guère douter quand on l’a vu, en un autre endroit, reproduire un passage d’Isaïe en s’écartant des Septante et en se conformant à la leçon donnée par saint Matthieu et saint Marc ; on en est sûr quand on l’a entendu citer les paroles du Maiïtre rapportées plus haut. Rien de plus aisé que de les retrouver dans nos trois synoptiques. « Ge sont, dit M. Loisy, de simples combinaisons de textes pris, à ce qu’il semble, en divers endroits des trois premiers Évangiles et principalement de saint Matthieu avec des modifications qui s'expliquent, comme en général chez les anciens Pères, par cette raison que les citations sont faites de mémoire et sans aucun scrupule d’exactitude. Saint Irénée, Théophile d’Antioche ne se montrent pas plus minutieux, et si l’on reconnaît sans difficulté que ces écrivains n’admettent pas d’autres Évangiles que les nôtres, on n’a pas le droit d’être plus exigeant à l’égard des Pères aspotoliques. Du moment qu'un texte allégué comme parole du Seigneur se retrouve, avec quelques variantes d’expression, dans nos Évangiles canoniques, il est contraire

aux principes d’une critique sérieuse de supposer que les auteurs anciens citent textuellement en ces endroits des Évangiles qui se sont perdus. 1 »

L'auteur de la lettre à l’Église de Corinthe a donc eu sous les yeux le texte des synoptiques.Connaissait-il déjà le quatrième Évangile ? Nous l’ignorons. Jean a composé son Évangile en Asie dans les dernières années du premier siècle. Or nous sommes en 96 et à Rome; dès lors quoi d'étonnant que Clément garde sur l’œuvre de l’apôtre un silence absolu ? Il peut en ignorer l’existence, et s’il la connaît, rien ne l’oblige ni ne l’engage à s’en servir. De fait il n’en dit rien. Les quelques rapprochements ? qui ont été faits entre la lettre romaine et l'Évangile johannique « ne permettent pas de conclure àun emprunt direct. » Cependant, « les rapports d’idées et d'expression entre les deux écrits n’en sont pas moins à noter; car ils tendent à établir que le fond doctrinal du dernier Évangile appartenait en grande partie à l’enseignement commun des Apôtres. à »

4. Le Pasteur d'Hermas. Moins explicite encore est le témoignage rendu par Hermas à l’authenticité de nos Évangiles ; moins évidentes sont dans son œuvre les allusions aux scènes évangéliques ; moins fréquentes et moins formelles les citations des paroles du Maître.

1. Loisy, Histoire du canon du N. T., p, 15; ZAHN, Geschichte der Neutestamentlichen kanons, T, 916.

2. I Clem., 43: JEAN XVI, 3 ; I Clem., 60 : JEAN, xvir, 17; I Clem., 48: JEAN, x, 9.

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