‹ La provenanace des ÉvangilesChapitre 33 sur 146 · Ad Philad., v · texte numérisé non relu

Ad Philad., v

ni l'Évangile jusqu’à ce jour, ni les souffrances que nous endurons tous.

«€ Ils s’abstiennent de l’Eucharistie et de la prière, parce qu’ils ne connaissent pas que l’Eucharistie est la chair même de notre Sauveur Jésus-Christ qui a souffert pour nos péchés et que le Père, dans sa miséricorde, a ramené à la vie... Séparons-nous de tels hommes, c’est le devoir ; n’en parlons jamais, ni en publie ni en particulier, mais attachons-nous aux prophètes, et surtout à l'Évangile où la passion se laisse voir et où la résurrection s’achève. 1 »

8. Les trois sens du mot Évangile. Patience, voici venir la lumière.

‘vangile est un mot grec qui signifie « bonne nouveille. »

Pour un chrétien, la grande, l’incomparable, l’unique « bonne nouvelle », c’est la venue du Sauveur du monde, et par conséquent pour lui, l'Évangile c’est, avant tout et par-dessus tout, le fait de la rédemption par Jésus-Christ.

Mais le fait de la rédemption par Jésus-Christ, en raison de son importance, n’a pu s’accomplir ni dans le silence, ni dans la nuit. Prédite par les prophètes, annoncée par les apôtres et prêchée par les prêtres, la « bonne nouvelle » a fait du bruit dans le monde; et ce bruit, cette tradition, cet enseignement, a reçu, lui aussi, le nom d’Évangile.

Le bruit lui-même a donné naissance à des documents, l’enseignement a été fixé par l'écriture, la « bonne nouvelle » est entrée dans un livre; et ce livre

a fini par s’appeler purement et simplement l'Évangile.

D'où il suit que, dans le langage chrétien, Évangile est tour à tour synonyme de rédemption, de tradition et de texte sacré.

Sous la plume de saint Ignace, le glorieux vocable revêt successivement chacune de ces trois significations complémentaires. Il connaît l’Évangile-texte : « J'ai entendu des gens qui disaient : si je ne trouve pas cela dans les Archives, dans l'Évangile, je ne crois pas. Et comme je leur disais : C’est écrit, ils me répondaient : C’est à prouver. »

Il connait l’Évangile-tradition : Aimons les prophétes, parce qu’ils ont annoncé l'Évangile. Jésus les a inscrits pour l'Évangile de l’espérance commune... J’obtiendrai par miséricorde le sort qui m'attend recourant aux apôtres comme au presbyterium de l’Église, etc. »

Il connaît l’Évangile-rédemption : « Cependant l’Évangile a quelque chose de particulier : la venue du Sauveur, Notre Seigneur Jésus-Christ, sa passion et sa résurrection... Attachons-nous surtout à l'Évangile où la passion se laisse voir etoù la résurrection s'achève. »

Dans l'esprit du saint, les trois idées se succèdent avec une rapidité étonnante ; texte, tradition et rédemption se tiennent, s'appellent et se complètent mutuellement. De l'Évangile écrit à l'Évangile oral et de l'Évangile oral à l'Évangile réel, pour son cœur ardent, l’ascension est irrésistible. Ne tentez pas de retenir aux archives cette âme tout illuminée par l’enseisnement des apôtres, et tout embrasée par l’amour du divin crucifié. « Quant à moi, mes archives sont

le Christ Jésus, mes archives immaculées sont sa croix, sa mort, sa résurrection et la foi qui vient de lui». Que parlez-vous de textes, même apostoliques, à qui a eu le bonheur d'entendre les apôtres ? Que d’autres les lisent ; lui, il se souvient. Que d’autres les discutent ; lui, corps et âme il s’élance éperdument vers Jésus, évangile réel, vivant, immortel.

« Mon amour dit-il, est crucifié, et il n’y a plus en moi d’ardeur pour la matière... Je suis le froment de Dieu : il faut que je sois moulu par la dent des bêtes pour que je sois trouvé pur pain du Christ... Nulle chose visible ou invisible ne m’empêchera de jouir de Jésus-Christ. Feu et croix, troupes de bêtes, dislocation des os, mutilation des membres, broiement de tout le corps, que tous les supplices du démon tombent sur moi, pourvu que je jouisse de Jésus-Christ ! Le monde et ses royaumes ne me sont rien. Mieux vaut pour moi mourir pour Jésus-Christ que régner sur toute la terre. Je cherche celui qui pour nous est mort ; je veux celui qui pour nous est ressuscité. Faites-moi grâce, mes frères ; ne me privez pas de la vraie vie ; ne me condamnez pas à ce qui pour moi est une mort. Je veux être à Dieu ; ne mettez pas le monde entre lui et moi. Laissez-moi recevoir la pure lumière ; c’est quand j’arriverai là que je serai vraiment un homme. Laissez-moi être imitateur de Ja passion de mon Dieu. Si quelqu'un le porte en son cœur, il comprendra ce que je veux ; il compatira à ma peine en pensant aux obstacles que rencontre mon élan. 1! »

Page 1