‹ La provenanace des ÉvangilesChapitre 48 sur 146 · VIGOUROUX, 1. C. p. 51, suiv · texte numérisé non relu

VIGOUROUX, 1. C. p. 51, suiv

mier signifie plutôt le corps; le second, le composé humain, la vie, le moi, et le troisième, l'intelligence, la volonté, la mémoire, la conscience et généralement toutes les facultés et opérations de l’âme.

Hébraïque en est la syntaxe. On y retrouve très visibles sous leur vêtement grec les constructions caractéristiques de l’hébreu, les extraordinaires aussi bien que les ordinaires : l'habitude très judaïque d’exprimer les qualités, au moyen d’un substantif ou de plusieurs : fils de la lumière, pour « éclairé; » économe d’iniquité, pour administrateur Ginique » etc. ; l’usage d’un grand nombre d’hébraïsmes proprement dits ou. idiotismes tels que « manger de quelque chose, » aller deux à deux, etc., etc. 1

Hébraïque surtout en est la facture : peu ou point de périodes ; une phrase d’une simplicité enfantine ; pour toute liaison, la conjonction et; un vocabulaire très pauvre, et le recours fréquent au langage direct; en un mot, tout ce qui caractérise l’hébreu, et tout ce qui le distingue du grec, — du grec, à la période savante, à la phrase harmonieuse, au parler abondant et varié, riche en particules, soucieux d'équilibre, soigneux des transitions, et de préférence fidèle au style indirect.

Le contraste est si frappant, l’opposition si nette qu'un lecteur au courant des deux langues, tout en voyant du grec, s’il n’y prend garde, entend de l’hébreu, et qu’une bonne traduction hébraïque lui sem-

1. J. BUXTORF, Thesaurus granimaticus linguæ hebrææ, lib. 14 de Syntaxi.

ble très souvent le moyen tout indiqué d'éclairer les obscurités du texte sacré.

Tant il est certain que l'Évangile a gardé, sous les apparences d’une composition grecque, toutes les réalités d’une œuvre orientale et sémitique.

8. Les révélations du texte et les données de la tradition. En termes grecs, l'Évangile formule à l’hébraïque, des pensées chrétiennes. Ce premier-né de la foi nouvelle qu’anime le plus pur esprit du christianisme, sous son vêtement hellénique, garde tous les traits de la race juive.

D'où vient-il? quel ciel l’a vu naître et qui lui a donné le jour ?

Que la réponse est aisée à qui se contente de faire siennes les données de la tradition !

Matthieu, l’un des douze ; Marc, le confident de saint Pierre; Luc, le compagnon de saint Paul; Jean, le disciple que Jésus aimait ; où serait donc le pur christianisme, s’il ne se trouvait pas dans des écrits signés de tels noms”?

1. « Quand on lit le Nouveau Testament traduit en hébreu, on croit lire l'original, tandis que celui qui sait l’hébreu est portéà croire qu'il lit une traduction lorsqu'il lit l'original grec. Il y a même plus d’une locution, plus d’un passage qui ne sont intelligibles qu'au moyen de l’hébreu. Ainsi le mot rêma, «parole » est un mot grec, mais, dans plusieurs endroits, ila un sens exclusivement hébreu, qu'un Heliène ne pouvait même pas soupçonner, celui de « chose » comme däbür, qui, en hébreu, a la double signification de parole et de chose. Les Évangélistes parlent donc encore hébreu en se servant de mots grecs. » VIGOUROUX, 1. c. p. 71.

Et pourraient-elles n'être pas franchement judaïques d’accent, de couleur et d’allure, des compositions rédigées ou inspirées par des hommes aussi exclusivement juifs que le publicain Matthieu et les bateliers galiléens Jean et Pierre ?

Sans doute ils parlaient tous araméen, les compagnons de Jésus, auteurs ou inspirateurs de l’'Évangile ; mais ne durent-ils pas plus tard, devenus apôtres, se servir du grec pour prêcher aux Grecs la bonne nouvelle ?

Est-il même si difficile de dire ce que dut être sur les lèvres et sous la plume de ces illettrés l’usage de la langue grecque ? Quel accent et quel style ! Étaientils seulement capables, dans leur condition et à leur âge, de saisir l'esprit d’un idiome si différent du dialecte sémite qu’ils avaient parlé jusqu'alors ; et n’étaient-ils pas condamnés par leur éducation à ne voir dans le parler des hellènes qu’un moyen d’habiller de mots étrangers des pensées irrévocablement liées dans leur esprit à des formes juives ?

Dieu que tout serait clair si nos Évangiles étaient

authentiques !

9. Hébreux, Hellénistes et Gentils. Ce serait folie de nier le caractère essentiellement hébraïque du milieu d’où est sorti l'Évangile. Il est si manifeste que seuls des juifs ont pu le penser, que seuls des sémites ont pu l'écrire !

Il vient donc d’un pays et date d’une époque où les chrétiens pensaient à la manière juive et parlaient hébreu.

Or ce paysne peutêtrequela Palestine,et cetteépoque répond exactement à celle de nos premières origines.

Le christianisme naissant recruta ses adeptes, d’abord parmi les juifs de la Palestine, ou « hébreux » ; puis parmi les juifs de la Dispersion ou Chellénistes ; » et enfin parmi les « gentils » ou non-juifs sans distinction de pays ou de race.

Jésus, si accueillant pour les hellénistes, et, si charitable pour les gentils, de préférence s’entoure d’hébreux : l’assemblée du Cénacle ne comprend que des palestiniens.

Pierre, palestinien de race, de langue, de parentage, dès son premier sermon { convertit trois mille hommes, la plupart hellénistes, et il ouvre peu après toutes grandes aux gentils les portes de l’Église en donnant le baptême au centurion Corneille.

Paul, helléniste de naissance, mais hébreu d’éducation, sans négliger ses frères, s'occupe des étrangers avec un zèle et un succès qui lui valent le glorieux surnom d’apôtre des gentils.

De ces trois groupes de chrétiens un seul, le premier, parle une langue sémitique ; les hellénistes ne connaissent que le grec et les gentils parlent la langue de leur pays d’origine. C’est donc uniquement dans le groupe hébreu qu’il faut chercher les Évangélistes. Mais ce groupe n’a d'importance que par ses représentants de la première heure. Après la Pentecôte, même à Jérusalem, il décline ; après 70, même en Palestine, il n’est plus. C'est donc aux hommes

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