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vre du sauveur Jésus ? c’est de préférence « le royaume de Dieu » ou « des cieux. » Est-il question des chrétiens ? toujours les « disciples ». Au royaume de Dieu ou des cieux, sur lequel tout a été dit dans l’Évangile, les autres livres du Nouveau Testament préfèrent des appellations différentes, « Église, corps du Christ etc... »y Au qualificatif de « disciples » si constamment appliqué aux fidèles par l'Évangile et par les Actes, les autres livres invariablement substituent celui de «frère » ou celui de « saint.»
11. Avant les Actes et les Épîtres. Les écrits du Nouveau Testament distincts de l'Évangile révèlenten leurs
auteurs une manière très personnelle de concevoir et
de dire. Le livre des Actes est l’œuvre d’un helléniste de grand talent; les Épîtres joanniques et l’Apocalypse développent sur Dieu et surle monde des vues très hautes en un style où l'originalité et le sublime se rencontrent à un degré presque égal; les Épiîtres pauliniennes, en une langue inimitable, condensent et harmonisent les plus fécondes donnéesde la révélation chrétienne. Des œuvres de cette valeur en tout temps font
4. « Disciples », uabnrñs, Se lit cent-soixante fois dans les synoptiques, soixante dix-huit fois dans saint Jean, vingt-deux dans les Actes, et pas une fois dans les autres livres qui disent toujours &delvot «les frères » ou &yror «les saints ». La raison de ce changement estobvie. Disciple exprime le rapport des chrétiens avec Jésus leur Maître; saint,celui des croyants avec Dieu ; frère, celui des fidèles entre eux et avec l’Église. Or, après l'Évangile, Jésus n’est plus là: plus de disciples; mais Dieu et l'Église demeurent: des saints et des frères.
époque ; des esprits capables de les produire ne pouvaient pas ne pas marquer toutes leurs créations au coin de leur génie, et ne pas exercer sur leurs contemporains une influence profonde et visible. Créé par eux, conçu et arrêté par eux, ou après eux par un de leurs disciples, l'Évangile, aurait certainement été coulé dans le moule de leurs écrits antérieurs et rien ne serait plus aisé que d’y retrouver la reproduction de leur pensée et l’imitation de leur style.
Or ni pour le fonds ni pour la forme nos Évangiles n’imitent les Actes, l’Apocalypse ou les Épiîtres. Entre le troisième Évangile et les Actes, œuvres pourtant du même saint Luc, disciple de Paul, sensible est la différence. Dans les Actes l’auteur raconte ce qu’il a vu, dans l'Évangile il reproduit ce qu’il a lu ou entendu. Ici, il traduit ; là, il compose. Grec avant tout dans le premier, il est surtout juif dans le second; tant il est manifeste que l’auteur n’a pas créé l'Évangile.
Le style de Jean l’Évangéliste ne ressemble guère à celui de l’auteur de l’Apocalypse et des Épitres. La doctrine du Verbe si chère à l’auteur ne figure que dans le Prologue. Dans le corps de l’ouvrage le mot « Logos » ne revient plus.
Entre les Évangiles et les Épitres de Paul la différence est si profonde qu’on en est à se demander en quoi ces deux espèces d’écrits se ressemblent, et que la pensée ne peut même pas venir à un lecteur intelligent d’un emprunt de quelque importance, fait par les Évangélistes, au vocabulaire ou à la manière de l’auteur des LEE |
Nos récits évangéliques sont donc, parleur fonds et
leur substance, antérieurs, et à l’Apocalypse, et au livre des Actes, et aux Épitres de saint Paul. Dés le milieu du second siècle, — la première Épiître de Paul est de l’an 47, — ils forment comme une sorte de € jardin fermé » garanti, semble-t-il, par d’inviolables clôtures contre la pénétration des influences extérieures, et où se conserve, à l’abri de toute altération, avec le type du langage le type des idées exclusivement propres à la courte période du ministère public du Sauveur.
Et c’est ainsi que l’étude du contenu de l'Évangile, à quelque point de vue qu’on l’envisage, nous ramène toujours vers ce monde palestinien dont la disparition totale et définitive, en 70, marque à sa création une limite infranchissable. Inutile de chercher ailleurs dans l’espace et en deçà dans la durée, le milieu où aurait pu s’élaborer l’histoire évangélique; car là et alors seulement ont pu être vues les choses dont cette histoire nous conserve l’image ; passée cette date et loin de ces lieux toutes les voix se taisent dont elle apporte l’écho.
Impossible par conséquent de reculer au delà de quarante ans après les événements évangéliques l’élaboration des récits qui en transmettent le souvenir. Fixés par écritou burinés dansles mémoires, avec leurs formes caractéristiques, leur contenu essentiel, leurs limites, leurs divisions, leurs lacunes, à la fin de cette
4. Voir SANDAY, Inspiration, Bempton-Lectures, 1893, Lecture VI; The Genesis of the New-Testament. Gospel and acts. p. 287-291. Londres, 1896.
période, et depuis longtemps déjà, ces récits sont arrêtés. Le fonds commun de toutes les biographies du Sauveur est créé, l'Évangile existe.
Telle est la réponse de la critique interne appliquée à la détermination du lieu d’origine et de la date d’élaboration du texte sacré. Reste la question des Évangélistes. Est-elle en mesure de la résoudre, et n’est-ce pas trop présumer de ses forces que de lui demander de découvrir dans chacun de nos textes, la marque de l’auteur dont il se réclame ? Au lecteur d’en juger en parcourant ce qui suit.